Toronto: réduction alléguée du conseil municipal par le gouvernement Ford

Le nouveau premier ministre Doug Ford estime que cette mesure augmentera l’efficacité du gouvernement et réduira le gaspillage.
Photo: Christopher Katsarov La Presse canadienne Le nouveau premier ministre Doug Ford estime que cette mesure augmentera l’efficacité du gouvernement et réduira le gaspillage.

Le gouvernement de l’Ontario a l’intention de réduire de manière draconienne la taille du conseil municipal de la Ville de Toronto, quelques mois seulement avant les prochaines élections municipales.

Le nouveau premier ministre Doug Ford estime que cette mesure augmentera l’efficacité du gouvernement et réduira le gaspillage.

Le gouvernement Ford a l’intention de présenter un projet de loi qui ferait passer le nombre de sièges au conseil municipal de 47 à 25, alignant ainsi les nombres de sièges municipaux et provinciaux.

La date butoir pour devenir candidat municipal était vendredi après-midi, mais le gouvernement a dit que la période serait prolongée jusqu’au mois de septembre.

M. Ford affirme que cela « améliorera de façon importante le processus de décision à l’Hôtel de Ville de Toronto » et permettra aux contribuables d’économiser 25 millions.

25
C’est le nouveau nombre de conseillers municipaux prévus par le gouvernement Ford. À ce jour, ils sont 47.

Consultation publique inutile

Interrogé à savoir pourquoi il n’avait pas fait campagne ou tenu de consultations publiques sur le sujet, Doug Ford a rétorqué en avoir entendu parler par des milliers de personnes lorsqu’il a effectué du porte-à-porte. Selon lui, les citoyens veulent moins d’élus.

« Il n’y a pas beaucoup de personnes que je connais qui ne voudraient pas échanger un groupe de politiciens contre 25 millions, a affirmé M. Ford. Les gens ne s’en font pas pour les politiciens ; ce qu’ils veulent, c’est que le travail soit fait. »

Le maire de Toronto, John Tory, s’oppose avec véhémence aux intentions de M. Ford. Il prévoit de proposer un référendum sur l’idée, qu’il a qualifiée d’« absolument incorrecte ».

« Il s’agit d’une décision gigantesque au sujet du futur de Toronto, a dit le maire Tory. Ce que je n’ai pas besoin et ce que je ne peux supporter, c’est qu’on nous force à changer sans que la population ait été consultée une seule seconde. »

La nouvelle a provoqué une levée de boucliers jusqu’au sein du gouvernement fédéral. Le député libéral Adam Vaughan, qui représente une circonscription torontoise, a reproché à Doug Ford de vouloir faire sombrer la Ville Reine dans le chaos.

Également secrétaire parlementaire aux Affaires urbaines, M. Vaughan a fait valoir que Toronto, aux prises avec une flambée de violence armée et le délicat dossier des demandeurs d’asile, a plus que jamais besoin de stabilité.

Ottawa ne restera pas les bras croisés, a-t-il avancé.

« Si nous devons contourner Queen’s Park, nous contournerons Queen’s Park. Parce qu’ultimement, les Torontois sont aussi des Canadiens, et le gouvernement canadien a la responsabilité de protéger les Canadiens, surtout quand des gens font des gestes aussi vindicatifs et destructeurs contre eux », s’est-il indigné.

Quelques conseillers municipaux ont également laissé sentir leur opposition au projet provincial et dit souhaiter que le maire le repousse.

Qualifiant le plan Ford d’« affront à la démocratie », la conseillère Kristyn Wong-Tam exige que le maire s’adresse aux tribunaux.

« Je crois que le maire doit défendre notre ville et notre démocratie, c’est ce à quoi je m’attends de sa part, » a-t-elle ajouté.

Son homologue John Campbell est d’avis que la réduction du conseil de près de la moitié réduirait le niveau de surveillance des conseils et commissions municipaux.

« Si on réduit le conseil à vingt-cinq élus, on perd rapidement le pouls de l’électorat et, à la fin, c’est le public qui est perdant. Il le sentira aussitôt », d’après lui.

D’autres ont exprimé leur appui pour un appareil municipal plus modeste, leurs arguments étant les économies dans les coûts et une prise de décision plus rapide par le conseil.

« La seule chose que l’on fait dans cette chambre est que tout le monde se lève et désire parler. Quand vous avez vingt-cinq personnes, il y a plus de cohésion, vous pouvez faire avancer les choses plus rapidement. C’est pourquoi je suis pour cette proposition, » a argué le conseiller Jim Karygiannis.

Le premier ministre Ford a déjà exécuté un mandat à titre de conseiller municipal de Toronto, en plus d’avoir brigué la mairie sans succès.