La nomination de Dominic LeBlanc est bien accueillie au Conseil de la fédération

Dominic LeBlanc, élu du Nouveau-Brunswick, arrive en poste dans un moment de reconfiguration des forces politiques canadiennes.
Photo: Andrew Vaughan La Presse canadienne Dominic LeBlanc, élu du Nouveau-Brunswick, arrive en poste dans un moment de reconfiguration des forces politiques canadiennes.

Dominic LeBlanc s’est vu confier mercredi une tâche délicate : rapiécer la fédération canadienne déchirée par des querelles.

Philippe Couillard a qualifié de « bonne nouvelle » la création d’un poste de ministre des Affaires intergouvernementales au sein du gouvernement Trudeau. « Dans une fédération, c’est une fonction nécessaire », a fait valoir le premier ministre québécois à quelques heures du coup d’envoi des travaux du Conseil de la fédération, à Saint-Andrews au Nouveau-Brunswick.

M. LeBlanc doit veiller, selon lui, à « entret[enir] le dialogue et l’esprit du fédéralisme coopératif » entre les acteurs politiques canadiens. « Outre la personne, le message envoyé [par Ottawa], c’est celui du fédéralisme coopératif », a-t-il souligné dans un impromptu de presse. « Pour moi, c’est ce qui compte. »

M. LeBlanc, élu du Nouveau-Brunswick, arrive en poste dans un moment de reconfiguration des forces politiques canadiennes.

Il ne faut ne pas sous-estimer le virage (« shift ») entamé par l’électorat canadien au fil des derniers mois, soutient un conseiller politique des Prairies croisé en marge de la rencontre estivale des premiers ministres. Celui-ci a porté au pouvoir Doug Ford en Ontario, a-t-il rappelé. Celui-ci portera au pouvoir Jason Kenney en Alberta, est-il convaincu. Bref, le visage du Canada sera différent dans un an, selon lui. Des consensus éclateront à coup sûr, comme celui d’attribuer un prix au carbone.

La Saskatchewan, qui menait la charge contre la « taxe sur le carbone » du gouvernement Trudeau, compte désormais un allié de taille : l’Ontario. Du coup, l’opposition à la fixation d’un prix sur le carbone s’affiche, cette année, sans complexe au Conseil de la fédération.

L’Île-du-Prince-Édouard demeure signataire du Cadre pancanadien sur la croissance propre et les changements climatiques, dont la tarification de la pollution par le carbone est un élément central, conclu en décembre 2016, a indiqué le premier ministre Wade MacLauchlan. « Mais nous avons une “approche Île-du-Prince-Édouard” qui consiste à diminuer le prix des énergies renouvelables. C’est très intéressant pour motiver les personnes à honorer nos engagements dans la lutte contre le changement climatique », a-t-il ajouté.

Un « allié » à Ottawa

Le premier ministre du Nouveau-Brunswick, Brian Gallant, s’est réjoui de voir son « ami » Dominic LeBlanc — un homme « très capable » — assumer les responsabilités de ministre des Affaires intergouvernementales. Les provinces et les territoires comptent désormais un « allié » à Ottawa qui, contrairement au premier ministre fédéral, pourra « concentrer beaucoup de son temps, sinon tout son temps à travailler avec les provinces et les territoires », a fait valoir l’hôte du Conseil de la fédération. « Il va bien faire cela. […] Ça va nous aider à avancer les dossiers. »

Pas de lieutenant québécois

M. Trudeau s’est toutefois gardé de nommer un lieutenant politique au Québec. Son homologue québécois ne s’en est pas formalisé, du moins pas publiquement, mercredi. « Je n’irais pas jusqu’à dire à M. Trudeau quoi faire [avec] son cabinet. Je vous l’ai déjà dit : [former son Conseil des ministres], c’est l’une des choses les plus difficiles qu’on ait à faire lorsqu’on est premier ministre. »

M. Couillard a également salué l’arrivée de Pablo Rodriguez — « un Montréalais », a-t-il précisé — au Conseil des ministres, « Ça ajoute à la représentation du Québec », s’est-il réjoui. Il ignore cependant si le nouveau ministre du Patrimoine canadien assujettira Netflix à l’obligation de payer la taxe de vente sur les produits et services (TPS) au même titre que la taxe de vente québécoise (TVQ). « On a pris cette initiative et on en est très fiers. Je pense que la population du Québec et une bonne partie de la population canadienne appuient cela », s’est contenté de dire M. Couillard.

Le ton adopté par M. Couillard mercredi tranchait nettement avec celui de la ministre Lucie Charlebois, qui a récemment qualifié de « fédéralisme de guerre » l’intransigeance d’Ottawa sur la culture de plants de cannabis à domicile, ou encore celui du ministre Gaétan Barrette, qui a accusé le gouvernement Trudeau de pratiquer un « fédéralisme prédateur » durant la renégociation du transfert canadien en matière de santé.

Le premier ministre québécois demeure convaincu que « le régime fédéral » auquel ont souscrit les élites politiques il y a quelque 150 ans est « la meilleure façon de faire coexister des peuples ». « Mais comme dans n’importe quelle organisation politique, c’est certain qu’il y a des conflits, des différences de perspective, des discussions sur les juridictions… » a-t-il affirmé avant l’arrivée du premier ministre ontarien, Doug Ford, mercredi.

Celui-ci s’est présenté à l’hôtel de villégiature The Algonquin St. Andrews by-the-Sea à temps pour le cocktail. Résigné à l’idée de ne pas s’entendre avec son homologue sur tout, Philippe Couillard est allé à sa rencontre. Les deux hommes ont échangé une poignée de main, ont bavardé quelques minutes, puis ont rejoint leurs proches. « On s’est mis d’accord qu’on ne serait pas d’accord sur certains éléments. Par exemple, sur les enjeux climatiques, je ne vois pas comment on peut se rapprocher », avait averti M. Couillard durant la journée. « Je ne lui parlerai pas de cela. »

Une rencontre peu utile

Philippe Couillard se dit favorable à l’abolition de la rencontre avec les dirigeants d’organisations autotochtones qui précède le Conseil de la fédération. Il invite toutefois Ottawa à réunir de nouveau le Forum fédéral, provincial, territorial et autochtone (FFPTA). Celui-ci regroupe les ministres fédéraux, provinciaux et territoriaux responsables des Affaires autochtones et les dirigeants de l’Assemblée des Premières Nations, du Ralliement national des Métis, de l’Inuit Tapiriit Kanatami, du Congrès des peuples autochtones et de l’Association des femmes autochtones du Canada. « On peut parler de philosophie pendant des siècles, mais on peut également parler de choses qui améliorent les conditions de vie sur les territoires autochtones », a-t-il dit