Jean-Marc Fournier fait la leçon à Doug Ford

Le premier ministre néo-brunswickois, Brian Gallant
Photo: Stephen MacGillivray Archives La Presse canadienne Le premier ministre néo-brunswickois, Brian Gallant

Le premier ministre de l’Ontario, Doug Ford, a raté son entrée en scène, est d’avis l’élu québécois Jean-Marc Fournier.

Le ministre responsable de la Francophonie canadienne regrette que le discours du Trône du nouveau chef de gouvernement progressiste-conservateur n’ait contenu aucun passage en français. « Le français, plus il est utilisé, [plus] c’est à l’avantage de tous les Canadiens. Je pense qu’on doit l’utiliser au plus haut niveau et, évidemment, dans des moments symboliques, comme un discours du Trône », a-t-il déclaré lors d’un entretien téléphonique avec Le Devoir mardi soir.

M. Fournier invite les acteurs politiques canadiens, y compris M. Ford, à « ouvrir toute grande [la] fenêtre sur le monde francophone » — quelque 250 millions de locuteurs actuellement, mais 700 millions en 2050, selon l’organisation internationale de la Francophonie (OIF) —, ce qui leur procurerait à coup sûr un « avantage énorme » sur le front diplomatique, mais aussi économique. « Cet avantage-là n’est pas une question de langue : il est bon aussi pour des anglophones ; il est bon aussi pour des premiers ministres ; il est bon aussi pour des lieutenants-gouverneurs, qui lisent des discours du Trône », soutient-il à quelques heures de la rencontre estivale 2018 des premiers ministres provinciaux et territoriaux.

Le ministre québécois ne se formalise toutefois pas de l’absence de mention du projet de l’Université de l’Ontario français dans la « feuille de route » du gouvernement Ford. « Il n’est pas mentionné : il se continue, je prends cela comme ça », dit-il au téléphone.

En revanche, la sortie de la « bourse du carbone » y apparaissait, à la déception du Québec. M. Fournier a perdu tout espoir de convaincre M. Ford d’y renoncer. Le dossier est clos. « On souhaite être respectés lorsqu’on est divergents. C’est normal que les autres le souhaitent aussi », a dit M. Fournier, qui est également ministre responsable des Relations canadiennes.

Le « Canada central » — expression chère à Philippe Couillard et Kathleen Wynne — est-il aussi fort aujourd’hui qu’il l’était avant l’élection de M. Ford à la tête de l’Ontario ? « Ouf ! Ça, je laisse ça aux commentateurs », a répondu M. Fournier, rappelant que les deux provinces renferment la 4e économie en importance en Amérique du Nord.

Le Conseil de la fédération s’ouvrira officiellement sur fond de tensions jeudi à Saint-Andrews, après une rencontre avec des dirigeants d’organisations autochtones nationales mercredi à Bouctouche, au Pays de la Sagouine.

Développer l’« axe est-ouest »

Face à la guerre commerciale d’usure menée par le gouvernement Trump, les premiers ministres des provinces et des territoires s’affaireront « à améliorer le commerce intérieur dans notre pays, à renforcer le commerce avec les États-Unis et à diversifier nos marchés d’exportation », a promis l’hôte de la rencontre, Brian Gallant, mardi.

Aux yeux de M. Fournier, « la question la plus intéressante » qui se retrouvera au coeur des discussions est « comment peut-on revoir notre chaîne d’approvisionnement — enfin, pas au complet, on ne peut pas tout refaire — dans un axe est-ouest, le plus possible hors tarif ? ». Les entraves au commerce interprovincial — « les normes, les règlements qui peuvent compliquer l’affaire » — se trouveront dans le viseur des premiers ministres cette semaine, indique-t-il.

La tâche ne sera pas aisée, d’autant plus que certaines provinces sont à couteaux tirés. La première ministre de l’Alberta, Rachel Notley, est en froid avec son homologue de la Colombie-Britannique, John Horgan, qui s’est vigoureusement opposé à l’expansion de l’oléoduc Trans Mountain de Kinder Morgan. En guise de représailles, Mme Notley avait annoncé en février dernier que l’Alberta n’importerait plus de vin de la Colombie-Britannique. Elle s’est ravisée par la suite. Le rachat de l’oléoduc par le gouvernement fédéral le 29 mai dernier a quelque peu apaisé la tension entre les deux provinces, mais il y a fort à parier qu’elles ne concluront pas d’ententes commerciales cette semaine à Saint-Andrews.

Les provinces promeuvent des accords internationaux de libre-échange comme l’ALENA, mais multiplient les mesures protectionnistes entre elles : Justin Trudeau n’a pas manqué de souligner cette contradiction dans laquelle sont empêtrées, selon lui, les provinces. « C’est frustrant, pas seulement pour les Canadiens, mais pour moi, de voir des obstacles permanents au commerce intérieur au Canada », a déclaré le premier ministre fédéral lors de son passage en Nouvelle-Écosse, mardi.

Il a appelé ses homologues provinciaux et territoriaux à défendre avec la même énergie le libre-échange d’une côte à l’autre (« from coast to coast ») et celui entre le Canada et les États-Unis. « Si nous voulons continuer à démontrer que le libre-échange est bon pour les citoyens, bon pour les travailleurs, bon pour les consommateurs, bon pour notre économie, alors nous devons faire un meilleur travail ici, au Canada », a-t-il insisté.

Assurance médicaments

Par ailleurs, l’ex-directeur parlementaire du budget à Ottawa Kevin Page esquissera vendredi les impacts découlant d’un éventuel programme d’assurance médicaments par Ottawa : une proposition qui pourrait constituer le noyau de la plateforme électorale du Parti libéral du Canada en 2019.

« L’estimation des coûts qui a été faite par le directeur parlementaire du budget [près de 20 milliards de dollars] à Ottawa semble sous-évaluée », souligne d’emblée Catherine W. Audet. L’attachée de presse du ministre québécois de la Santé rappelle que le régime public d’assurance médicaments québécois, qui couvre seulement les personnes qui ne sont pas admissibles à un régime privé, coûte à lui seul 4,3 milliards de dollars. « Si on couvrait 100 % des gens, on estime que ça coûterait entre 6 et 7 milliards de dollars. Si on extrapole au reste du Canada, on est entre 25 et 30 milliards », avance-t-elle.

Cela dit, si Ottawa va de l’avant, le régime public d’assurance médicaments québécois subsistera, avertit le gouvernement du Québec. « Nous demanderons compensation pleine et entière. Rappelons que nous conserverons l’administration de notre régime », conclut Mme Audet.

7 commentaires
  • Yves Côté - Abonné 18 juillet 2018 03 h 06

    Le Festival...

    Voilà, c''est enfin fait : un nouveau festival canadien est ouvert et tout le monde, lire partout dans le monde aussi, peut y pendre sa place.
    Il s'agit du "International Festival Just for laught of them all/ le Festival International qui Sert Juste à Rire d'eux-z'ots".
    Allez-y mes amis, le président de l'édition 2018 a maintenant ouvert les participations dans le plus meilleur bilingue pays du monde et d'ailleurs...
    "Let's go ! And Hurray for him !"

    J'arrête ici mon commentaire, je suis trop mort de rire pour continuer. Même, pour simplement essayer d'y réfléchir.
    Oui, suis de plus en plus "trop mort" pour faire quoi que ce soit...

    Tourlou quand même.

  • Stephen Aird - Abonné 18 juillet 2018 04 h 44

    Les lunettes roses de J M Fournier et de Marco

    Que le Devoir accorde autant d'espace à un discours aussi vide sens me renverse. Henri Bourassa doit se retourner dans sa tombe.

  • Michel Thériault - Inscrit 18 juillet 2018 06 h 01

    Risible

    “Le ministre responsable de la Francophonie canadienne regrette que le discours du Trône du nouveau chef de gouvernement progressiste-conservateur n’ait contenu aucun passage en français.” -Le Devoir

    M. Fournier se désole qu’un premier ministre de l’Ontario ne s’exprime pas en français ? Non mais, peut-il y avoir un ministre encore plus déconnecté de la réalité ? M. Fournier, il est grand temps d’enlever vos lunettes roses et de vous retirer de la vie politique. Je vous promet qu’on ne s’ennuiera pas de vous.

  • Jean-Pierre Martel - Abonné 18 juillet 2018 07 h 15

    Du vent

    Si je comprends bien, ce texte est le fruit d’une entrevue téléphonique exclusive avec Jean-Marc Fournier.

    Je me demande ce que vous trouvez d’intéressant à ce que dit ce pauvre type ?

    Celui-ci, à quelques mois du dévoilement des données catastrophiques du dernier recensement effectué par Statistique Canada, prétendait que la langue française faisait des grands progrès au pays.

    Ce gars a demandé à ses fonctionnaires de passer des mois à rédiger le document « Canadien, notre manière d’être Québécois » (ou quelque chose du genre) qui a été accueilli dans la plus totale indifférence.

    Bref, c’est un politicien qui n’a plus rien à dire de pertinent.

    • Jean-Pierre Martel - Abonné 18 juillet 2018 11 h 31

      J’ai utilisé l’expression ‘pauvre type’ parce que c’est quelqu’un qui a fait de la politique pendant des années, qui a occupé d’importantes charges ministérielles et qui, pourtant, ne laisse rien derrière lui.

      Au delà des détails insignifiants, il n’y a rien dans la vie concrète de chacun d’entre nous qui a changé grâce à Jean-Marc Fournier. Comme par exemple, le réseau des garderies par Mme Marois. La nationalisation de l’électricité par René Lévesque. Ou la création de la Caisse de dépôts et de placement par Parizeau.

      Non, rien. Il a gâché d’importantes années de sa vie à n’être qu’un simple petit soldat de la politicaillerie libérale.

  • Jean Lapointe - Abonné 18 juillet 2018 07 h 34

    Il y a bien des gens au Québec qui se contredisent sans le savoir.

    « Le français, plus il est utilisé, [plus] c’est à l’avantage de tous les Canadiens.» Jean-Marc Fournier)

    Les Québécois qui acceptent d'être des ministres du gouvernement Trudeau ou du gouvernment Couillard ne sont plus des Québécois au sens où beaucoup d'entre nous l'entendons mais des Canadiens originaires du Québec ou des Canadiens résidant au Québec.Ce sont des Canadiens qui doivent nécessairement vouloir construire le Canada parce qu'autrement ils auraient refusé l'offre qui leur a été faite. Les Québécois qui se considèrent comme comme étant de nationalité québécoise et qui ne veulent construire que le Québec et qui ne se considèrent pas alors comme des Canadiens du Québec n'acceptent sûrement pas de telles propositions parce que pour eux leur pays c'est le Québec et non pas le Canada. Et leur désir le plus cher c'est de faire du Québec un pays et non plus une simple province comme les autres.Ils se considèrent comme une nation et non pas comme une simple minorité parmi d'autres et ils en sont fiers.

    Malheureusement je pense qu'il y a beaucoup de gens au Québec qui se disent québécois mais qui »croient» plutôt au Canada sans le savoir, dans un Canada dans lequel le Québec n'est qu'une province comme les autres et dans lequel les gens de langue française ne sont qu' une minorité parmi d'autres. Ils ne se rendent pas compte qu'ils se contredisent en pensant qu' en encourageant l'utilisation du français dans tout le Canada ils défendent les intérêts Québécois alors qu'en fait ils acceptent de cesser d'être un peuple de langue française parce qu'ils sont dépossédés de la langue qui constitue leur identité étant donné que le français devient au Canada qu'un simple outil de communication et non plus la langue d'un peuple.


    J'espère qu'il y en aura de plus en plus qui prendront conscience qu'ils se contredisent.