Demandeurs d’asile: l’Ontario opte pour la politique de la chaise vide

Le ministre fédéral de l’Immigration, Ahmed Hussen
Photo: Patrick Doyle La Presse canadienne Le ministre fédéral de l’Immigration, Ahmed Hussen

Les libéraux dénoncent la politique de « division et de peur » et la campagne de « désinformation » que mènent selon eux les conservateurs — ontariens comme fédéraux — dans le dossier des demandeurs d’asile qui franchissent la frontière canado-américaine de façon irrégulière.

Et si le nouveau gouvernement à Queen’s Park souhaite pratiquer la politique de la chaise vide lors des rencontres interprovinciales, celui de Justin Trudeau à Ottawa se tournera vers les joueurs qui souhaitent régler l’enjeu, a soutenu lundi le député libéral Serge Cormier.

« Nous on est prêts à discuter avec le gouvernement Ford, mais qu’il vienne, et qu’il s’assoie à la table avec nous […] Le Québec est à la table avec nous », a tranché en point de presse le secrétaire parlementaire du ministre de l’Immigration.

« Si l’Ontario veut rester sur les lignes de côté, qu’ils restent sur les lignes de côté. Il y a d’autres partenaires en Ontario comme la municipalité de Toronto et [son] maire [John] Tory », a ajouté le député Cormier.

« On veut que les partis politiques comme le Parti conservateur, que ce soit fédéral ou provincial en Ontario, cessent cette campagne de division, de peur, de fausse information », a-t-il affirmé.

Comité parlementaire

L’élu a tenu ces propos à l’issue d’une rencontre extraordinaire d’un comité parlementaire lors de laquelle les députés ont unanimement adopté une motion invitant le ministre fédéral de l’Immigration, Ahmed Hussen, à comparaître d’ici trois semaines.

Le député conservateur Pierre Paul-Hus, dont la formation avait forcé la tenue de cette réunion estivale, s’est dit « très heureux d’avoir réussi à forcer le gouvernement à tenir des rencontres dans les prochaines semaines afin de faire le point sur la situation ».

Le ministre Hussen a rapidement accepté l’invitation des parlementaires. Sur Twitter, lundi, il s’est dit « impatient » de s’y présenter afin de « réitérer notre plan d’action clair pour continuer à gérer la migration irrégulière et lutter contre la désinformation ».

Invitation

La députée conservatrice Michelle Rempel a confirmé que sa formation avait l’intention d’envoyer un carton d’invitation à la ministre ontarienne Lisa MacLeod, laquelle s’est engagée dans une guerre de mots avec le ministre Hussen, vendredi passé, sur la question des demandeurs d’asile.

La représentante de Queen’s Park a claqué la porte d’une rencontre des ministres canadiens de l’Immigration à Winnipeg, vendredi passé. Lors du point de presse de clôture, son homologue fédéral lui a reproché son approche « contraire aux valeurs canadiennes ».

La ministre MacLeod a mal digéré ces propos, et l’escarmouche entre les deux a alimenté les débats sur les réseaux sociaux pendant la fin de semaine. La députée Rempel, comme à son habitude, a été particulièrement active sur son compte Twitter.

L’élue a assuré ne pas vouloir faire de politique partisane avec cet enjeu et plaidé qu’il était « très raisonnable » de la part du gouvernement Ford, « de demander […] au gouvernement fédéral comment il prévoit payer » pour les dépenses liées à l’accueil des demandeurs d’asile.

« Il y a en Ontario un nouveau gouvernement qui a reçu de la population ontarienne le mandat de ramener la province à une situation plus fiscalement responsable que celle du précédent gouvernement », a-t-elle argué après la rencontre du comité.

Août

Selon la motion qui a été adoptée lundi, le comité parlementaire tiendra au moins deux réunions d’ici le 3 août, au plus tard. Les ministres Ralph Goodale, à la Sécurité publique, et Jean-Yves Duclos, à la Famille et au Développement social, ont aussi été invités à y témoigner.

La députée néodémocrate Jenny Kwan espère que le ministre Hussen en profitera pour clarifier le vocable entourant la désignation de ces personnes qui arrivent des États-Unis et traversent la frontière à des points d’entrée non officiels.

À la table du comité permanent de la citoyenneté et de l’immigration, lundi, elle a plaidé que l’emploi du terme « illégal » ou « passages illégaux » (au lieu de « passages irréguliers ») était dangereux pour le débat de société et potentiellement aussi pour les demandeurs d’asile.