Les appels d’offres rédigés en mauvais français, déplore le commissaire aux langues officielles

Le commissaire aux langues officielles, Raymond Théberge
Photo: Sean Kilpatrick La Presse canadienne Le commissaire aux langues officielles, Raymond Théberge

Le commissaire aux langues officielles demande au gouvernement fédéral d’accorder le même soin au français qu’à l’anglais lorsqu’il publie ses appels d’offres, dénonçant un problème « répandu » et « systémique ».

L’agent indépendant du Parlement s’est penché sur la question des traductions bancales de ces avis publiés sur la version française du site achatsetventes.ca, qui est sous la responsabilité de Services publics et Approvisionnement Canada (SPAC).

Dans un rapport préliminaire publié en juin, le commissaire Raymond Théberge formule trois recommandations à l’intention du ministère, auquel il reproche de n’avoir pas pris les mesures nécessaires face à l’« ampleur » du problème.

« De toute évidence, la problématique du non-respect de la Loi [sur les langues officielles] sur la plateforme achatsetventes.ca est répandue et systémique, comme l’admet SPAC », écrit-il dans ce document qu’a pu consulter La Presse canadienne.

« Ainsi, les mesures que doit prendre SPAC doivent elles aussi être systémiques ; les rappels à eux seuls n’assurent visiblement pas un respect de la Loi de la part des utilisateurs de la plateforme », poursuit M. Théberge.

Le commissaire recommande donc notamment au ministère de mettre en place, dans les six mois suivant la réception du rapport final, « un mécanisme » pour assurer la publication des appels d’offres « dans les deux langues officielles, simultanément et de qualité égale ».

Il propose aussi de prendre la même période pour modifier le Guide des approvisionnements et y inscrire l’importance de procéder ainsi pour la publication d’appels d’offres afin de respecter la Loi sur les langues officielles.

L’enquête du commissaire a été déclenchée après le dépôt d’une plainte par Chantal Carey, ex-employée politique du Nouveau Parti démocratique maintenant étudiante en droit à l’Université d’Ottawa, qui collectionne les échantillons de bourdes linguistiques du site achatsetventes.ca.

« Tissues » et « caminon »

En mars dernier, lorsque La Presse canadienne avait consacré un article à ces traductions inadéquates, le cabinet de la ministre de SPAC, Carla Qualtrough, avait qualifié la situation d’« inacceptable » et avait dit vouloir la corriger promptement.

Force est toutefois de constater que la situation n’a guère évolué depuis le printemps.

Le gouvernement cherchait toujours ainsi, jeudi, un fournisseur de « tissues enduis indechirables », un de « caminon-benne à grains » ainsi que le « soumissionnaire le moins-disant » (c’est-à-dire le plus bas soumissionnaire) pour « un logiciel de formation » (traduction de « french language training »).

Par contre, le contrat pour des « equipements d’approvisionnement en oxygen et equipements de lutte » avait déjà été octroyé, tout comme celui pour des « services d’integration aux sistemes », apprend-on en consultant le site achatsetventes.ca.

Chez SPAC, on assure avoir agi depuis mars dernier, notamment en révisant les titres des appels d’offres et en envoyant aux employés de la haute direction « un communiqué réitérant l’importance de faire traduire et réviser leurs documents par le Bureau de la traduction ».

L’opposition conservatrice s’était inquiétée, en mars dernier, des potentielles conséquences légales de ces accrocs linguistiques — un fournisseur pourrait vouloir contester le résultat d’un appel d’offres en se basant sur un argument linguistique.

« Un appel d’offres, quand même, c’est quelque chose qui est important, et qui donne des directives à des groupes ou des compagnies. Il faudrait que les appels d’offres soient exemplaires. Chaque mot compte », avait argué le député Alupa Clarke.

Au bureau de Raymond Théberge, on n’a pas voulu commenter le rapport de juin, puisque celui-ci n’est pas encore définitif.