Doug Ford demande à ses détracteurs de lui laisser une chance

Doug Ford, le frère du feu controversé maire de Toronto, est maintenant premier ministre de l’Ontario.
Photo: Tijana Martin La Presse canadienne Doug Ford, le frère du feu controversé maire de Toronto, est maintenant premier ministre de l’Ontario.

C’est maintenant officiel : Doug Ford, le frère du feu controversé maire de Toronto adepte de crack, est maintenant premier ministre de l’Ontario. Mais, conscient qu’il ne fait pas l’unanimité, il a humblement demandé à ceux qui n’avaient pas voté pour lui de lui donner une chance de faire ses preuves et a promis qu’il gouvernerait au-delà des lignes partisanes.

M. Ford ne voulait pas faire les choses comme les autres. Aussi ne s’en est-il pas tenu à une cérémonie d’assermentation intérieure se déroulant devant proches et amis. Il a demandé que soit organisé un événement extérieur, sur les marches de Queen’s Park, pour que le public puisse y prendre part. Quelques centaines de personnes ont répondu à l’appel par ce radieux vendredi.

« J’ai choisi de rompre avec la tradition et de refaire mon serment ici, avec vous, devant le peuple, pour donner le ton d’un gouvernement qui vous rendra toujours des comptes et qui n’en rendra qu’à vous », a-t-il lancé d’une voix de prédicateur enrouée. « En votant, vous avez donné une nouvelle orientation à l’Ontario. Vous avez voté en nombre record et vous avez fait l’histoire », s’est réjoui le nouveau premier ministre.

L’équipe Ford avait expliqué au cours des derniers jours qu’elle organisait cette cérémonie publique afin d’inciter les Ontariens à prendre part au processus démocratique en plus grand nombre. À l’élection de 2018, le taux de participation a été d’à peine 58 %, ce qui constituait néanmoins pour la province un sommet depuis 1999. À titre de comparaison, le taux de participation a été de 71 % au Québec en 2014 et de 82 % en 2015 à l’Île-du-Prince-Édouard, la province canadienne championne à ce chapitre.

Dans son discours de 15 minutes, M. Ford a réitéré ses mantras électoraux, à savoir qu’il remettra l’Ontario sur les rails en assainissant les finances publiques, qu’il rendra la vie « plus facile, meilleure et plus abordable », qu’il gouvernera pour tous et pas seulement pour « les quelques privilégiés », le tout en gardant toujours à l’esprit que « chaque dollar que le gouvernement dépense est un dollar qui vous appartient ».

« À ceux qui n’ont pas voté pour moi, tout ce que je demande, c’est la chance de montrer que la vie sera meilleure avec un gouvernement au service de tous, que la vie sera plus abordable et que, pour être une province unie, nous devons aller au-delà des lignes partisanes. Nous devons mettre de côté les divisions politiques, qu’elles soient rouges, bleues, vertes ou orange. Cela importe peu, car il faut gouverner pour les gens de tous les horizons, de toutes les régions, de toutes les races, religions, couleurs ou croyances, et se rallier à un but unique, une vision unifiée. »

Taxe sur le carbone

Comme promis, Doug Ford a annoncé qu’il retirera l’Ontario du système de plafonnement et d’échange de crédits d’émissions de gaz à effet de serre, « première étape pour réduire le coût de l’essence ». Il n’a pas indiqué comment il s’y prendra.

La participation ontarienne au système dont font aussi partie le Québec et la Californie est régie par une loi, qui devra être abrogée par le Parlement. L’entente liant les parties prévoit également qu’un préavis de retrait d’un an doit être donné.

Enfin, Doug Ford n’a pas pipé mot de ce que cela signifierait pour les finances publiques : depuis son entrée dans le système en 2017, l’Ontario a vendu à ses entreprises des droits d’émissions d’une valeur de 2,9 milliards de dollars.

Ces droits n’ont plus cours depuis le 15 juin au Québec et en Californie, où ils ne sont plus reconnus. Tous les analystes s’entendent pour prédire une demande de remboursement qui pourrait se solder par une poursuite judiciaire.

M. Ford a par ailleurs pris acte de la précarité économique créée par les attaques protectionnistes du gouvernement de Donald Trump. « À propos de l’ALENA, la planète sait que l’Ontario sera solidaire de tous les Canadiens et que nous protégerons les bons emplois en Ontario, les communautés rurales, notre industrie des ressources et nos industries agricoles et manufacturières. »

Pas de parité

Doug Ford n’aura par ailleurs pas été influencé par Justin Trudeau. Le cabinet qu’il a dévoilé ne compte qu’un tiers de femmes, soit 7 sur 21 personnes.

Après son dernier remaniement, Kathleen Wynne comptait 13 femmes dans son cabinet sur 29 personnes (45 %). Cette proportion est cependant à l’image du caucus conservateur, qui compte 25 femmes sur un total de 76 députés.

Les anciennes rivales de M. Ford à la chefferie ont décroché des postes. Caroline Mulroney devient ministre de la Justice tandis que Christine Elliott prend les rênes du ministère de la Santé. Les cinq autres femmes occupent des postes traditionnellement réservés aux femmes, soit la Formation et l’Éducation supérieure, la Culture, l’Enfance et les Services sociaux, l’Éducation et le Travail.

Mulroney aux Affaires francophones… rétrogradées

En plus de devenir ministre de la Justice, Caroline Mulroney a hérité du poste de ministre responsable des Affaires francophones. Mais ce poste a perdu du lustre : le ministère redevient l’Office des affaires francophones qu’il a été de 1985 à 2017. Au cabinet de Doug Ford, on explique que ce changement découle du désir d’avoir un plus petit cabinet (21 ministres contre 29 sous Kathleen Wynne). « Le Bureau des Affaires francophones comprendra le même nombre d’employés dédiés qui sont en place depuis plusieurs années », indique le porte-parole Simon Jefferies. Mme Wynne avait transformé l’Office en ministère en 2017, mais ce changement ne s’était pas accompagné d’une augmentation de ressources, ce qui avait fait dire à plusieurs observateurs que cela relevait du symbole et de l’électoralisme à neuf mois du scrutin. L’Assemblée de la francophonie de l’Ontario s’est dite « déçue » de ce changement et fera des représentations auprès de Mme Mulroney pour restaurer le ministère.
1 commentaire
  • Nicole Delisle - Abonné 30 juin 2018 07 h 54

    « Il gouvernera pour tous » dit-il.....

    Mais il n’a pas cru bon de conserver un ministère pour les francophones, les autochtones et aucun digne de ce nom pour l’environnement. Quant à la condition féminine, n’en parlons même pas! Une seule minorité visible dans son choix de ministres et très peu de femmes, alors pour la représentativité on repassera.
    Les Ontariens doivent s’attendre à des coupures et à de l’austérité pour rétablir les finances mais en aucun temps M. Ford a exprimé comment il allait le faire. Alors, ils ont voté pour de l’incertitude et de l’inconnu!
    Les Ontariens voulaient du changement, ils vont en avoir! L’avenir dira si c’est celui qu’ils attendent. Avec un tel conservateur très à droite, le scepticisme demeure. Et dire que le Québec semble vouloir suivre cette voie de changement avec M. Legault. Le progressisme en politique ne semble plus avoir la cote! L’individualisme et l’économie sont à l’honneur! On est prêts à oublier la collectivité pour assainir les dépenses. Alors dans cet esprit, certains écopent et sont laissés pour compte. Les plus « fragiles »de la société souffrent et on ne s’en offusque plus!