Protectionnisme américain: patience, demande Bill Morneau

Le ministre fédéral des Finances, Bill Morneau, entouré de ses homologues provinciaux, notamment Karen Casey, de la Nouvelle-Écosse, et Carlos Leitão, du Québec, a tenu à rassurer le monde canadien des affaires face à la montée du protectionnisme américain.
Photo: Patrick Doyle La Presse canadienne Le ministre fédéral des Finances, Bill Morneau, entouré de ses homologues provinciaux, notamment Karen Casey, de la Nouvelle-Écosse, et Carlos Leitão, du Québec, a tenu à rassurer le monde canadien des affaires face à la montée du protectionnisme américain.

Le gouvernement fédéral prend acte de la nervosité grandissante du monde des affaires face au protectionnisme américain. Il y aura de l’aide, a promis le ministre des Finances Bill Morneau au terme de sa rencontre semestrielle avec ses homologues provinciaux. Mais il faudra encore s’armer d’un peu de patience, car le plan de sauvetage ne sera connu que d’ici « quelques jours ».

« Nous soutiendrons nos entreprises canadiennes qui sont éprouvées par ces tarifs et nous soutiendrons les Canadiens oeuvrant dans l’industrie de l’acier et les Canadiens affectés par ces tarifs, a promis M. Morneau en point de presse en fin de journée mardi. On va expliquer nos mesures dans les prochains jours. »

Pourquoi faut-il encore attendre ? « Nous sommes sur le point de terminer nos délibérations », a expliqué le ministre.

Les États-Unis ont imposé des tarifs sur les importations d’acier (25 %) et d’aluminium (10 %), tarifs dont le Canada, le Mexique et l’Europe ne sont plus exemptés. Ottawa a l’intention de répliquer, à compter de dimanche, par des tarifs totalisant une somme équivalant à ce que percevra Washington, soit 16,6 milliards. La liste des biens américains visés, qui a fait l’objet de consultations, sera finalisée au cours des prochains jours.

Selon le ministre québécois des Finances, Carlos Leitão, c’est pour cette raison qu’Ottawa n’annonce pas immédiatement son aide. « Ils sont encore en train de finaliser cette liste. Ça va dépendre de la version finale de cette liste de produits pour que le gouvernement fédéral puisse lui aussi considérer des mesures de compensation », signale-t-il.

Le ministre Morneau n’a offert aucun avant-goût de l’aide qu’il envisage. Il n’a pas écarté la possibilité d’adapter le programme d’assurance-emploi pour faciliter l’accès aux prestations ou encore de multiplier les occasions de travail partagé. De telles mesures ont été préconisées par les leaders syndicaux qui étaient de passage, en compagnie d’industriels, devant le Comité permanent du commerce international pour exposer leurs attentes envers Ottawa.

Signe du sentiment d’urgence, le comité siégeait de façon exceptionnelle mardi bien que les travaux parlementaires aient été suspendus pour la relâche estivale. « Nous pourrons financer ces nouveaux investissements avec les revenus générés par les contre-tarifs proposés », a fait valoir Jerry Dias, le président du syndicat Unifor.

Mesures de Québec

Québec a pour sa part déjà annoncé ses couleurs il y a deux semaines en promettant « un premier montant » de 100 millions de dollars en garanties de prêt pour les plus petits joueurs de l’industrie de l’acier et de l’aluminium.

« Ce serait bien sûr beaucoup plus efficace d’avoir des programmes similaires avec le gouvernement fédéral », a reconnu M. Leitão. Il ne s’offusque néanmoins pas que l’aide fédérale n’ait pas été annoncée au terme de la rencontre des ministres.

« Il faut éviter aussi de se précipiter, a plaidé le ministre québécois. Annoncer un programme aujourd’hui ou la semaine prochaine ou dans deux semaines, ce n’est pas ça qui va mettre à terre l’économie canadienne. Il faut qu’on soit conscient que oui, les enjeux sont très sérieux et importants […] mais qu’on n’est pas dans une situation où il faut absolument aujourd’hui, maintenant, tout de suite annoncer de très grands programmes. Il faut prendre le temps de bien structurer notre intervention. »

Les tarifs sont des taxes imposées à l’entrée d’un bien à la frontière. Les recettes sont empochées par l’État qui les impose. Il a pour but de faire augmenter le prix du bien importé et d’ainsi pousser l’acheteur à lui préférer une version locale. Mais les acheteurs américains peuvent utiliser leur rapport de force pour exiger des vendeurs canadiens d’acier et d’aluminium qu’ils ajustent leurs prix à la baisse pour compenser.

Les vendeurs canadiens peuvent choisir de vendre leurs produits ailleurs dans le monde, d’encaisser la baisse de prix ou encore de réclamer de l’aide du gouvernement pour absorber la perte de revenus.

Les ministres des Finances se sont entendus sur la nécessité d’aider les entreprises canadiennes à trouver de nouveaux débouchés pour leurs produits.

Avec Éric Desrosiers et La Presse canadienne