À Québec, un jeu de chat et de souris entre policiers et manifestants

Les militants étaient largement surpassés en nombre par les forces policières.
Photo: Paul Chiasson La Presse canadienne Les militants étaient largement surpassés en nombre par les forces policières.

Les manifestants opposés à la tenue du sommet du G7 ont pris de surprise les policiers en envahissant les plaines d’Abraham en début de soirée vendredi.

Le point de rencontre avait été donné au parc de l’Amérique française, où un fort contingent policier les attendait, mais une quarantaine d’entre eux se sont rejoints derrière l’hôtel Concorde.

« On peut courir vers le Parlement, mais je ne pense pas que ça va marcher, sinon on va faire du tourisme sur les Plaines pour fatiguer les policiers. Mais on va attendre qu’ils se rendent compte qu’on est ici avant de partir », a lancé l’un des dirigeants au groupe qui a pris la direction des Plaines.

Des centaines de policiers se sont alors lancés à leur trousse et ont bloqué toutes les issues.

Une voiture de police s’est embourbée devant les manifestants et les policiers ont abandonné le véhicule rapidement encerclé par les manifestants qui rigolaient, mais qui n’ont pas fait même une égratignure au véhicule. Rapidement, l’antiémeute est venue à leur rencontre pour les éloigner du véhicule et les forcer à se regrouper entre la citadelle et les falaises du cap Diamand.

Quelques manifestants ont pris à partie les policiers, leur rappelant leur droit de manifester et les raisons de leur opposition au G7. « Nous ne sommes pas des casseurs, nous sommes des gens respectables » a lancé une militante cagoulée au visage des policiers impassibles.

Alors que les manifestants étaient convaincus d’être arrêtés, les policiers les ont laissé sortir sans autre formalité.

Jeu de chat et de souris dans le quartier Saint-Jean-Baptiste

Le quartier pentu de Saint-Jean-Baptiste, au cœur de la ville de Québec, avait servi en début d'après-midi de terrain à un jeu du chat et de la souris entre policiers et manifestants opposés à la tenue du sommet du G7.

Une poignée d’arrestations a été effectuée à ce moment, mais le Service de police de la Ville de Québec (SPVQ) refuse encore de fournir un bilan officiel aux médias.

Une cinquantaine de manifestants, qui avaient pour premier lieu de rendez-vous le carré d’Youville, a pris d’assaut l’avenue Honoré-Mercier, et bloqué par le fait même l’un des accès à l’autoroute Dufferin.

Les agents du SPVQ ont eu tôt fait de déclarer le rassemblement illégal, puisqu’ils n’avaient pas reçu d’itinéraire au préalable.

Les manifestants se sont rapidement dispersés vers le quartier Saint-Jean-Baptiste. Dans l’air: Back in Black de AC/DC joué par une manifestant à la guitare électrique, et le son puissant de quelques sirènes de policiers.

Pour encadrer les manifestants en mouvement, les membres de l’escouade anti-émeute – qui s’étaient résolus la veille à garder leurs positions – ont cette fois-ci choisi d’avancer vers les manifestants pour libérer les rues.

Un large périmètre prenant des airs de souricière a été formé dans le quartier Saint-Jean-Baptiste, non loin de l’endroit où il rejoint le secteur Montcalm, en haute-ville.

Dans les ruelles, et loin des membres du groupe d'observateurs civils à qui ils ont interdit l’entrée dans le périmètre, les policiers ont effectué une poignée d’arrestations. Déjà, d’autres marcheurs avaient pris la route d’un parc, pour se ressourcer avant d’entamer la suite de cette « journée de perturbations ».

Manifestation illégale à Beauport

Plus tôt dans la journée, à Beauport, les militants anti-G7 qui espéraient bloquer l’autoroute Dufferin n’ont pas réussi à aller au bout de leur action, étant largement surpassés en nombre par les forces policières.

Les manifestants se sont rencontrés vers 7 h 30 dans le stationnement du Normandin, situé sur la rue Sainte-Anne à Beauport. Le restaurant avait fermé ses portes en prévision de ce rassemblement. Ils étaient plusieurs dizaines de militants, certains habillés de noir et masqués.

Du stationnement, un petit champ, bloqué par deux clôtures, donne sur l’autoroute Dufferin, route qui mène à Charlevoix. De nombreux policiers érigeaient une clôture humaine supplémentaire. Les accès par la route étaient également bloqués par les forces de l’ordre.

« Nous sommes ici à Beauport, en ce petit matin, pour couper les ponts avec le cirque qui se déroule en ce moment à La Malbaie, a expliqué Mathieu, l’un des organisateurs du Réseau de résistance anti-G7, avant le départ de la manifestation. Nous espérons bloquer ou, du moins, ralentir le transport des délégués et ainsi nuire aux activités du G7. Nous ne nous faisons pourtant pas d’illusions, cette action ne peut être que symbolique. »

Les manifestants ont entamé leur marche sur le boulevard Sainte-Anne, complètement bloqué à la circulation par les forces policières. Ils se sont arrêtés quelques instants devant la bretelle de l’autoroute, mais ont rapidement fait demi-tour devant le mur policier qui s’érigeait devant eux.

« On tourne en rond, comme le G7 », scandaient les manifestants. Les policiers ont rapidement déclaré la manifestation « illégale », étant donné que les organisateurs n’avaient pas donné leur itinéraire, comme cela est prévu au règlement municipal.

Rapide dispersion

Les manifestants ont été avisés qu’ils devaient libérer la rue, et la majorité d’entre eux ont obtempéré rapidement. Plusieurs ont quitté les lieux à ce moment. « Évidemment, ils sont plus nombreux que nous, mais ça ne diminue pas l’importance et la pertinence de notre présence ici ce matin », a scandé un organisateur, qui a invité les manifestants à faire demi-tour et à se diriger vers le prochain point de rassemblement.

La police a lancé un deuxième avertissement dans un porte-voix avant de s’approcher pour forcer la vingtaine de manifestants qui restaient dans la rue à gagner le trottoir. La tension a monté d’un cran, mais la manifestation s’est terminée vers 9 h sans qu’aucun incident soit survenu.

« Même si on n’a pas pu faire notre action, on a quand même réussi à bloquer une route significative pour un petit bout et à perturber la ville », a lancé l’une des organisatrices en guise de réconfort.

« Ils ont décidé de fermer plusieurs centres de la petite enfance [CPE] et plusieurs écoles. Vous savez que l’Assemblée nationale est fermée et qu’il y a plus de 10 000 fonctionnaires qui sont restés à la maison. Je pense que la perturbation est déjà bien commencée! » a également renchéri Mathieu du Réseau de résistance anti-G7.

« Notre devoir est de faire tout notre possible pour perturber ce sommet, dont le seul objectif est de maintenir le pouvoir d’une minorité de privilégiés pour quelques mois de plus. Maintenir un pouvoir insoutenable sur une planète à bout de souffle et sur le bord de l’éclatement, que ce soit par une catastrophe climatique, économique ou militaire », a-t-il ajouté.