La police de Québec n’écarte pas la possibilité de procéder à des arrestations de masse

Amnistie internationale et la Ligue des droits et libertés disent avoir eu l’assurance des forces policières qu’il n’y aurait pas d’arrestations de masse en «souricière» à Québec.
Photo: Jacques Nadeau Archives Le Devoir Amnistie internationale et la Ligue des droits et libertés disent avoir eu l’assurance des forces policières qu’il n’y aurait pas d’arrestations de masse en «souricière» à Québec.

La police de Québec ne peut pas garantir qu’il n’y aura pas d’arrestations de masse pendant les manifestations des prochains jours. Pourtant, Amnistie internationale et la Ligue des droits et libertés, qui mènent une mission d’observation pour assurer que les droits des manifestants seront respectés, disent avoir eu l’assurance qu’il n’y aurait pas d’arrestations de masse pour vider les rues des manifestants, comme ça s’est vu lors de grands rassemblements passés.

« Vu qu’on n’est pas en mesure de spéculer sur les actions que les manifestants vont prendre, ainsi que la police en réaction, on ne peut confirmer qu’il n’y aura pas d’arrestations de masse », affirme Cyndi Paré, de la police de Québec.

« C’est certain que les droits et libertés vont être respectés. On va encadrer les manifestations qui sont pacifiques en respectant la liberté d’expression des personnes qui vont être présentes, c’est certain, et on va s’assurer du bon déroulement de la manifestation. Mais évidemment qu’on est prêts à faire face à toute éventualité », ajoute-t-elle.

Mission d’observation

Quelques minutes plus tôt, en point de presse à Québec, Amnistie internationale et la Ligue des droits et libertés affirmaient avoir eu l’assurance des forces policières qu’il n’y aurait pas d’arrestation en « souricière », une technique souvent utilisée qui mène à l’arrestation de tout les individus présents dans un périmètre précis.

« On reconnaît les efforts de coopération des forces policières, on a eu plusieurs rencontres avec elles au cours des dernières semaines et on a un canal de communication pour s’assurer qu’on peut rester en contact tout au long de la mission d’observation », affirme Geneviève Paul, directrice générale d’Aministie internationale Canada francophone.

« Mais on reste inquiet parce que, d’une part, on nous assure qu’il n’y aura pas d’arrestations de masse, on nous dit qu’ils ont appris des erreurs du passé qui ont été commises en violation des droits de la personne dans des sommets similaires précédents, mais de l’autre côté, on voit les mesures de sécurité affichées, les places que le centre de détention de Québec a dû libérer, notamment, et l’ajout de centres de détention temporaire. Tout ça nous fait craindre qu’il puisse y avoir un écart entre le discours et la réalité. »

Nicole Filion, de la Ligue des droits et libertés, rappelle que lors du sommet du G20 à Toronto « plus de 1100 personnes ont été arrêtées et détenues dans des conditions inhumaines » et que seulement 330 d’entres elles ont fait l’objet d’accusations, dont plus de 200 ont bénéficié d’un arrêt des procédures. « La grande majorité de ces arrestations se sont avérées abusives et sans fondement. On a privé les gens de leur droit de manifester et on leur a de surcroît imposé une punition collective et des conditions de détention humiliantes et dégradantes. »

Cette fois-ci, dans le cadre de leur mission d’observation, les deux organismes ont pu avoir un certain nombre d’assurances quant aux conditions de détention dans les centres qu’ils ont pu visiter ces derniers jours. Ils ont notamment fait ajouter un certain nombre de toilettes dans les centres de détention temporaires et ont des laissez-passer pour observer les conditions de détention en temps réel.

Armes

Les deux organismes se disent par ailleurs « vivement préoccupés » par l’utilisation de certaines armes, dont les grenades assourdissantes de type RBBG (Rubber Ball Blast Grenade) et les projectiles à impact contondant (Blunt Impact Projectile, BIP), qui sont « potentiellement mortelles », affirment-ils.

« On a dû insister pour avoir de l’information sur le type d’armes qui allaient être utilisées, mais on n’a aucune indication sur le protocole d’engagement, à savoir quand on va décider d’utiliser telle arme plutôt que telle autre », déplore Mme Filion.

« Dans un contexte de contrôle de foule, il faut se rappeler qu’on est devant plusieurs manifestants, ça bouge, et pour avoir un tir plus précis, il faut que l’on soit proche de la personne que l’on vise. Or, à cette distance, ça peut être mortel, alors que si l’on s’éloigne, on perd en précision et on peut atteindre d’autres personnes qui n’étaient pas visées ou atteindre des parties vulnérables du corps. On veut que les forces policières cessent d’utiliser ces armes et qu’on laisse les manifestants pacifiques mener leurs manifestations et que l’on procède [uniquement] à l’arrestation des personnes qui commettent des délits. »

Climat de peur

Nicole Filion espère que la mission d’observation commune d’Amnistie internationale et de la Ligue des droits et libertés aura un « effet dissuasif » sur les policiers. Elle se réjouit par ailleurs du fait que le gouvernement ait lui-même mandaté trois observateurs indépendants pour surveiller le travail des policiers. « Ça fera une voix de plus », a-t-elle répondu.

Enfin, comme plusieurs autres organismes, Amnistie internationale et la Ligue des droits et libertés ont dénoncé le « climat de peur » qui s’est installé autour du sommet du G7.

« Nous sommes inquiets de certaines déclarations qui sont faites dans l’espace public et qui alimentent une peur des manifestants, a soutenu Geneviève Paul. On prend des actes marginaux — il faut le rappeler, les actes de violence dans les sommets précédents sont des actes marginaux — et on les transforme en généralités et on utilise ça pour alimenter la peur des citoyens. C’est quelque chose qu’on a constaté : les gens ont peur. Et on comprend les craintes, parce que si on entend à répétition qu’il faut se barricader, on peut comprendre que ça alimente une certaine peur de manifester. Et ça, c’est déplorable. C’est une situation qui doit être changée dans une démocratie comme le Québec, on ne peut pas avoir peur d’aller manifester au Québec ! »