Les démissionnaires bloquistes encore divisés

Rhéal Fortin assumera la chefferie du nouveau parti baptisé Québec debout, en attendant un congrès de fondation, lors duquel un chef permanent sera choisi.
Photo: Sean Kilpatrick La Presse canadienne Rhéal Fortin assumera la chefferie du nouveau parti baptisé Québec debout, en attendant un congrès de fondation, lors duquel un chef permanent sera choisi.

Même s’ils ont obtenu la tête de Martine Ouellet, cinq des démissionnaires bloquistes ne reviendront pas au bercail. Ils gardent le cap et formeront leur propre parti. Mais certaines de leurs associations de circonscription pensent qu’ils devraient plutôt retourner au Bloc québécois.

« Le Bloc québécois qu’on a quitté est encore là », a tranché Rhéal Fortin mercredi. Bien que ses collègues et lui aient critiqué le leadership de Martine Ouellet, ils lui reprochaient aussi la direction dans laquelle elle souhaitait mener le parti. Et ce second enjeu n’a pas changé, à leurs yeux.

Les démissionnaires déplorent que le Bloc d’aujourd’hui veuille faire la promotion de la souveraineté avant tout, sur toutes les tribunes, alors qu’eux souhaitent d’abord défendre les intérêts du Québec à Ottawa.

« L’orientation qu’elle a donnée au Bloc québécois est toujours là. Et les raisons qui nous ont amenés à fonder notre parti politique, elles sont toujours présentes. Nous souhaitons répondre à cette nécessité de défendre sans compromis les Québécois », a fait valoir M. Fortin, qui était accompagné de ses quatre collègues qui ont tourné le dos pour de bon, comme lui, au Bloc québécois.

Pas l’appui des circonscriptions

Rhéal Fortin, Monique Pauzé, Louis Plamondon, Gabriel Ste-Marie et Luc Thériault fonderont donc leur parti, Québec debout. M. Fortin en assumera la chefferie en attendant un congrès de fondation, lors duquel un chef permanent sera choisi.

Or, les associations bloquistes de leurs cinq circonscriptions n’appuient pas toutes leur décision. C’est le cas de membres des associations de Bécancour — chez Louis Plamondon — et de Repentigny — chez Monique Pauzé.

« Je ne vois pas l’idée de Québec debout, étant donné que Martine n’est plus au Bloc québécois », a indiqué au Devoir le président de l’association de Bécancour, Martin Lajeunesse.

« Pour moi, ça demeure le Bloc. Le Bloc, c’est le parti. Québec debout, c’était l’option du moindre mal », a pour sa part affirmé France L’Hérault, de l’association de Repentigny.

Une collègue de son association espérerait elle aussi que les démissionnaires retournent au Bloc, « parce que ça fait un petit peu quétaine, Québec debout ».

Aucune de ces trois personnes ne savait que son député avait confirmé qu’il reniait définitivement le Bloc québécois.

À Joliette, chez Gabriel Ste-Marie, le président Thomas Grégoire a avoué qu’il aurait préféré que les démissionnaires reviennent tous au Bloc à la suite du départ de Mme Ouellet. Mais il se dit prêt à donner une chance à Québec debout. « À défaut d’avoir une proposition claire de Québec debout, on reste au Bloc pour l’instant. »

À l’inverse, le député Rhéal Fortin profite de l’appui de son association à Rivière-du-Nord. « Je trouve bonne l’idée de défendre les intérêts [du Québec] à Ottawa, parce que c’est sûr qu’on ne fera pas l’indépendance là. On sera toujours minoritaires. L’indépendance se fera à Québec », a affirmé au Devoir le conseiller Jérôme Filiatrault.

Monique Gagné, dans Montcalm, chez le député Luc Thériault, tire la même conclusion. « Si c’est encore toujours l’indépendance en avant, ce sera très difficile de rallier les membres du conseil exécutif [à un retour au Bloc]. »

Deux retours au Bloc

Les démissionnaires Michel Boudrias et Simon Marcil ont toutefois décidé, eux, de regagner la famille bloquiste. « Parce que Martine est partie. C’est simple, c’est elle, le gros problème », a expliqué M. Marcil.

Les deux élus désirent maintenant que leurs cinq anciens collègues les rejoignent à leur tour. « Il n’y a pas de place pour deux partis politiques. C’est une évidence », a tranché M. Boudrias.

Un constat d’ailleurs partagé par le président de l’association de Joliette, Thomas Grégoire, dont le député, Gabriel Ste-Marie, tient à lancer Québec debout. « C’est officiel que deux partis souverainistes à Ottawa, ça peut juste être mauvais. »

M. Boudrias prédit que les deux camps finiront par se réunir. « J’ai bon espoir que tous les souverainistes seront réunis en 2019, pour l’élection générale. »

Pour l’instant, les cinq futurs fondateurs de Québec debout le nient catégoriquement. « Ce que la population souhaite, ce n’est pas de se faire vendre l’indépendance du Québec, a scandé M. Fortin. C’est de se faire représenter à Ottawa par des politiciens qui ont ses intérêts à coeur, sans compromis. »

Le leader parlementaire du Bloc, Xavier Barsalou-Duval, rejette cette analyse. « On ne tord le bras de personne. On ne les oblige pas à dire le mot “indépendance” à chaque phrase. Ce n’est pas ça, l’objectif. L’objectif, c’est que le parti et ses porte-parole travaillent à la promotion de l’indépendance quand les occasions se présentent. »