La mobilisation citoyenne n’y est pas

Les résidents de la ville de Québec devront s’habituer à une forte présence policière pour les prochains jours.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Les résidents de la ville de Québec devront s’habituer à une forte présence policière pour les prochains jours.

De nombreuses manifestations sont attendues à Québec en marge du G7 et plusieurs craignent une répétition des perturbations monstres du Sommet des Amériques en 2001. Mais le contexte a bien changé, et le G7 suscite beaucoup moins d’engouement qu’à l’époque, constatent plusieurs organismes qui avouent avoir de la difficulté à mobiliser les troupes pour aller manifester à Québec.

Même le très controversé président des États-Unis, Donald Trump, qui sera pour la première fois en sol québécois, ne réussit pas à galvaniser la résistance. « C’est vrai qu’on s’attendait à ce que ce président, qui est tellement impopulaire, soulève des manifestations assez importantes, mais ça ne semble pas être le cas », constate Claude Vaillancourt, président d’Attac-Québec et porte-parole pour la Coalition pour un Forum alternatif au G7.

À la Coalition, l’opposition se prépare depuis octobre dans le but de regrouper tous les gens prêts à organiser des activités pendant le G7. « Le mouvement social est pris avec des soucis financiers. On n’avait pas les ressources pour mettre des gens là-dessus à temps plein, mais on trouvait ça quand même important de manifester une opposition au G7. »

Plusieurs groupes se sont contentés de fournir un appui financier à la Coalition alors que d’autres optent pour une présence symbolique. « Les troupes ne sont pas très nombreuses, pour être bien honnête, avoue d’emblée Alain Marois, vice-président à la vie politique à la Fédération autonome de l’enseignement (FAE). Nous avons une quarantaine de membres qui vont descendre à Québec et ça se rajoute au compte-gouttes. Il y a 55 places dans l’autobus, on espère qu’on va réussir à le remplir. »

C’est vrai qu’on s’attendait à ce que ce président, qui est tellement impopulaire, soulève des manifestations

Dominique Daigneault, du conseil central métropolitain de la CSN, fait le même constat. « Le contexte n’est pas le même que pour le Sommet des Amériques en 2001. On a regardé l’état des troupes et on a décidé de se concentrer sur la seule journée du samedi. La mobilisation est toujours là, mais les gens sont occupés à se battre sur des enjeux au niveau local. » Comme plusieurs, elle constate que les mesures d’austérité ont affaibli les troupes, les forçant à choisir leurs batailles.

L’Association québécoise des organismes de coopération internationale, par exemple, a choisi de faire entendre une voix alternative en misant uniquement sur les réseaux sociaux. « C’est notre modeste contribution, il y a tellement de gens qui ne peuvent pas se déplacer », explique Michèle Asselin, qui participera à une table ronde pour discuter notamment des inégalités sociales devant le parlement samedi.

Des cibles moins claires

Contrairement au Sommet des Amériques de 2001, où l’on s’apprêtait à signer un accord économique majeur (ZLEA) qui aurait eu des impacts significatifs sur l’ensemble des pays de l’Amérique, les politiques défendues par le G7 sont aujourd’hui moins claires qu’elles ne l’étaient auparavant, estime Claude Vaillancourt d’ATTAC-Québec.

De plus, du fait que les sommets du G7 se déroulent sur une base annuelle dans un lieu isolé — des « forteresses » comme à La Malbaie —, ces rencontres « mobilisent moins qu’avant », les militants préférant garder leurs énergies pour les sommets du G20, qui, eux, se tiennent généralement dans de grandes villes, rappelle le militant.

« Par expérience, je sais que lorsqu’on organise des manifestations loin du lieu de l’action et qu’on n’a pas cette proximité avec les chefs d’État, on n’a pas la même effervescence, tout simplement parce qu’on n’a pas l’impression d’être entendus. Si Donald Trump était venu à Québec et qu’on le savait présent au Château Frontenac, par exemple, je pense qu’il y aurait effectivement eu plus de réactions. »

Climat de peur

Plusieurs ont également dénoncé le « climat de peur » entourant la sécurité et la répression policière. « On ne cesse de nous répéter à quel point la surveillance policière va être gigantesque, affirme Claude Vaillancourt. Ça aussi, c’est un obstacle lorsqu’il s’agit de mobiliser les gens. Et même si nous prônons des événements non violents, plusieurs personnes ont peur des débordements. En plus, pour plusieurs, le sommet de 2001 a été perçu comme une sorte de traumatisme. Ils y voient un deuxième 2001, alors que ce ne sont pas du tout les mêmes circonstances. »

D’autres groupes sont également attendus à Québec, notamment le Réseau de résistance au G7, qui dénonce l’« hypocrisie flagrante » des leaders mondiaux. Le Réseau Résistance Anti-G7 organise une « marche unitaire festive » jeudi soir dans la capitale de même qu’une « journée de perturbations des activités du G7 » vendredi à Beauport.

Selon la police de Québec, c’est la seule manifestation prévue pour laquelle les organisateurs n’ont pas encore donné l’itinéraire, comme prévu au règlement municipal. « On va être présent et visible sur le terrain », affirme Cyndi Paré du Service de police de la Ville de Québec, qui répète qu’aucune violence ou entrave au règlement municipal ne sera tolérée.

Bouleversements législatifs

La colline Parlementaire sera paralysée pendant deux jours en raison des manifestations annoncées jeudi et vendredi. Quelque 10 000 employés de la fonction publique, qui travaillent dans un périmètre s’étalant sur plus de quatre kilomètres, se retrouvent en congé (payé) forcé. Écoles et centres de la petite enfance sont aussi fermés. La suspension des travaux de l’Assemblée nationale, dès 13 h 15 ce jeudi, pousse aussi les élus à travailler à un rythme accéléré. Ils sont tous convoqués au Parlement dès lundi après-midi pour entamer la dernière ligne droite de la session parlementaire, qui se termine le 15 juin. À la Ville de Québec, aucune fermeture, en dépit des inquiétudes du Syndicat des fonctionnaires municipaux, qui craint que l’on expose les employés « au chaos potentiel appréhendé ».