Le ministre Hussen promet d’accélérer le traitement

Le ministre Ahmed Hussen s’est adressé aux médias après avoir prononcé une conférence au Conseil des relations internationales de Montréal (CORIM) vendredi midi.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Le ministre Ahmed Hussen s’est adressé aux médias après avoir prononcé une conférence au Conseil des relations internationales de Montréal (CORIM) vendredi midi.

Le ministre canadien de l’Immigration, Ahmed Hussen, a promis d’accélérer le traitement des demandes d’asile des migrants qui entrent de manière irrégulière au Québec en provenance des États-Unis.

Grâce à un financement supplémentaire de 74 millions annoncé dans le dernier budget, l’ajout de 64 commissaires devrait permettre à la Commission de l’immigration et du statut de réfugié (CISR) de traiter les demandes en 12 mois.

« [Cela permettra] de finaliser 17 000 dossiers de demandeurs d’asile entrés de manière irrégulière [d’ici deux ans] », a déclaré le ministre aux médias en marge d’une conférence donnée au Conseil des relations internationales de Montréal (CORIM) vendredi midi.

Le ministre a également laissé entendre que la CISR va traiter en priorité les dossiers des demandeurs d’asile qui arrivent ces jours-ci par le chemin de Roxham, tout près du poste douanier de Lacolle.

« [La CISR] va adopter l’approche du “dernier entré, premier sorti” [“lastin first out”] pour cette cohorte », a déclaré le ministre Hussen, lui-même venu au Canada comme réfugié.

Or, cette déclaration a d’abord semé la confusion dans l’entourage de la CISR, car elle laissait entendre que les migrants d’origine nigériane qui arrivent ces jours-ci vont désormais avoir préséance sur les personnes, surtout d’origine haïtienne, arrivées en grand nombre l’été dernier.

Vérification faite, la CISR sera appelée, comme elle le fait actuellement, à s’occuper en premier des dossiers de ceux qui sont arrivés l’été dernier lors de la vague qui a culminé au mois d’août. Les cas antérieurs aux Haïtiens passeront toutefois après.

« C’est pour qu’on puisse envoyer un message clair qui dit qu’entrer au Canada de manière irrégulière n’est pas un laissez-passer automatique », a dit un porte-parole au cabinet du ministre de l’Immigration.

La CISR devrait consacrer plus de la moitié de ses effectifs aux cas « irréguliers ». Des 64 nouveaux commissaires, une trentaine devraient s’occuper de ces dossiers à Montréal, dont 10 commenceront dès juin.

À l’heure actuelle, environ 15 dossiers par mois par commissaire seraient traités.

Un mauvais message

L’avocat en immigration Stéphane Handfield soutient que le ministre envoie un bien mauvais message lorsqu’il dit que les demandeurs d’asile passés par le chemin Roxham doivent être traités en priorité, pour être les premiers expulsés le cas échéant (« last in, first out »).

« Je trouve très dangereux que le ministre fasse de telles déclarations. Encore une fois, le ministre véhicule le message que ceux qui passent de façon irrégulière sont tous de faux réfugiés », s’est-il indigné. « Si on continue, le tribunal [la CISR] va capter que si tu es passé par Roxham Road, tu dois nécessairement être renvoyé. On va expulser des gens qui méritent vraiment la protection du Canada. »

La directrice du Conseil canadien sur les réfugiés s’est inquiétée de cette tendance à l’accélération à tout prix. « Si on traite les dossiers trop vite, on risque de ne pas bien écouter les personnes et de ne pas prendre les bonnes décisions », a-t-elle dit.

Elle croit toutefois que le délai de 12 mois visé par le ministre est un « bon objectif » à atteindre, mais encore faut-il que le gouvernement donne les ressources suffisantes à la CISR, ce dont elle doute à l’heure actuelle étant donné la possibilité d’une seconde vague de demandeurs d’asile cet été.

Endiguer à la source

Pour endiguer le flot de migrants à la source, Ahmed Hussen a dit avoir confiance dans les séances d’information que lui-même et des députés, comme Emmanuel Dubourg, auprès de la communauté haïtienne, et Pablo Rodriguez, auprès des communautés latinos, ont menées aux États-Unis et ailleurs dans le monde.

M. Hussen rentre d’un séjour au Nigeria, où il a rencontré les autorités gouvernementales, les médias et la société civile pour les informer de la situation au Canada.

Il a aussi sensibilisé les autorités américaines au Nigeria au fait que la plupart des ressortissants à qui ils délivrent des visas ont comme intention d’immigrer au Canada. Ces discussions auraient déjà mené à une réduction de 10 % du nombre de visas délivrés à ces Nigérians, selon le ministre.

Ottawa a également discuté avec Plattsburgh Cares, un organisme d’aide aux réfugiés qui distribue des dépliants expliquant aux migrants quoi faire pour entrer au Canada. En ne mentionnant pas que leur demande d’asile peut être refusée, « ils induisent les gens en erreur », a indiqué le ministre.

Quant à l’Entente des tiers pays sûrs qui lie le Canada et les États-Unis, aucune négociation formelle n’est en cours. Ahmed Hussen prétend toutefois qu’il serait « irresponsable » de la suspendre, laissant entendre qu’elle permet actuellement aux deux pays de contrôler l’afflux de réfugiés de manière ordonnée.