Le Canada offre 300 millions pour aider les Rohingyas

Des réfugiés rohingyas entassés dans le «no man's land» derrière la frontière du Myanmar bordée de barbelés, le 25 avril dernier.
Photo: Ye Aung Thu Agence France-Presse Des réfugiés rohingyas entassés dans le «no man's land» derrière la frontière du Myanmar bordée de barbelés, le 25 avril dernier.

Le gouvernement Trudeau répond, en partie, aux appels à l’aide pour les Rohingyas du Myanmar. Le Canada doublera son aide humanitaire pour la région, mais l’accueil de réfugiés devra attendre compte tenu de la complexité de la situation sur le terrain. L’ancien chef libéral Bob Rae, que le gouvernement avait dépêché au Myanmar à titre de conseiller spécial, prévient cependant qu’il leur faudra inévitablement faire plus.

Les libéraux présentaient mercredi leur réponse à la crise qui a mené des centaines de milliers de Rohingyas à fuir les violences au Myanmar : une enveloppe de 300 millions de dollars sur trois ans en aide humanitaire ; la promesse d’accueillir des réfugiés « lorsque les conditions dans la région le permettront » ; et l’appui du Canada à un renvoi de ce dossier à la Cour pénale internationale, de même que la création d’un groupe de travail international qui se penchera sur la crise.

« Il est important que les gens qui sont responsables de ces atrocités — et les gens qui continuent ces atrocités — comprennent qu’ils vont faire face à la justice », a martelé la ministre des Affaires étrangères, Chrystia Freeland.

Il y a deux mois, Bob Rae revenait du Myanmar et recommandait au fédéral d’accueillir des réfugiés comme il l’a fait en réponse à d’autres crises humanitaires. Il sommait aussi Ottawa d’accorder 600 millions en aide humanitaire sur quatre ans. La ministre Freeland a fait valoir, mercredi, que les 300 millions promis étaient « une somme importante », d’autant plus que l’aide sera pluriannuelle — ce qu’ont d’ailleurs salué des organismes d’aide internationale. « Ce qu’on a fait, et ce qu’on pourra faire encore plus dorénavant, c’est de souligner notre contribution à nos partenaires internationaux et de leur dire : “On a besoin que vous fassiez une contribution vous aussi.” C’est comme ça qu’on va amasser l’aide dont les Rohingyas ont besoin. »

Il est important que les gens qui sont responsables de ces atrocités — et les gens qui continuent ces atrocités — comprennent qu’ils vont faire face à la justice

 

M. Rae a reconnu, en entrevue avec Le Devoir, que l’enveloppe était importante. « Mais à mon avis, il y aura un effort encore plus important à faire au cours des prochaines années. C’est un bon début, mais je pense que le monde en général et les gouvernements devront faire plus. »

L’aide canadienne demeurera en deçà de celle des États-Unis ou du Royaume-Uni, a en outre noté Alexandre Pelletier, étudiant au doctorat en sciences politiques à l’Université de Toronto. « C’est le double de ce qui a été versé par année. Mais ça reste dans la perspective où le Canada a toujours été, par rapport aux pays de l’OCDE, un pays qui contribue peu à l’aide internationale. »

Mme Freeland n’a pas voulu chiffrer le nombre de réfugiés qui pourraient éventuellement refaire leur vie au Canada. Ottawa misera d’abord sur la réunification familiale. Près de 300 Rohingyas du Bangladesh ont trouvé refuge au Canada entre 2006 et 2010. Mais depuis 2009, le pays voisin du Myanmar — où plus de 700 000 Rohingyas ont fui vers des camps de fortune — ne délivre plus de visas de sortie. Ce qui fait que le Canada ne peut pas dire quand il pourrait accueillir certains d’entre eux.

Le professeur de droit de l’Université d’Ottawa John Packer était déçu de l’annonce canadienne. « Ce n’est pas grand-chose de neuf. Et rien de neuf qui n’aurait pas pu être annoncé il y a neuf mois », soit au début de la crise, a déploré cet ancien employé des Nations unies.

Ottawa devrait d’abord « appeler un chat un chat » et statuer que la minorité musulmane rohingya est victime d’un génocide de la part du gouvernement du Myanmar, a-t-il martelé. Mme Freeland a dénoncé mercredi des « crimes contre l’humanité » et un « nettoyage ethnique ».

M. Packer somme en outre Ottawa de mener la charge diplomatique de façon plus proactive, en coordonnant des recours internationaux qui auraient de réelles chances d’aboutir. Ce qui ne sera pas le cas d’un renvoi devant la Cour pénale internationale, selon lui.

La ministre Freeland et M. Rae se sont tous deux dits optimistes quant à la possibilité que la CPI se penche sur les violences, les viols et l’expulsion forcée qu’ont subis les Rohingyas.

Mais M. Packer note que le Myanmar n’est pas sous la juridiction du tribunal international, que le cas du Bangladesh demeure incertain et que, même si la CPI se penchait sur la crise, il lui faudrait des années pour le faire et un blâme ne mènerait pas à une réparation pour les victimes.

La néodémocrate Hélène Laverdière a salué l’aide humanitaire — même si elle l’aurait souhaitée plus importante — et le soutien promis pour les femmes et les filles victimes de violences sexuelles quasi systématiques dans ce conflit. Elle aurait toutefois elle aussi préféré « un engagement plus ferme pour ce qui est de confier le dossier à la Cour pénale internationale ».