Armes d’assaut: pas d’interdit à court terme

Le ministre fédéral de la Sécurité publique, Ralph Goodale
Photo: Justin Tang La Presse canadienne Le ministre fédéral de la Sécurité publique, Ralph Goodale

Le ministre fédéral de la Sécurité publique n’a pas l’intention d’interdire dans un avenir rapproché la possession d’armes d’assaut comme le lui demandent des victimes de la fusillade de la grande mosquée de Québec. Ralph Goodale fait valoir qu’il s’agirait d’une initiative « complexe » à mener, bien qu’il dise rester ouvert à toute proposition.

« Je ne pense pas que ce serait faisable d’aller dans cette direction dans le contexte [du projet de loi] C-71 », a expliqué M. Goodale mardi. Il a indiqué qu’il faudrait dans un premier temps définir ce qu’on entend par « arme d’assaut ». Au Canada, les trois classes d’armes sont plutôt « sans restriction », « à autorisation restreinte » et « prohibée ».

« Ce qui est proposé est une refonte complète du système de classification contenu dans le Code criminel et c’est une initiative immense, plaide M. Goodale. Je suis prêt à regarder les propositions crédibles, mais on doit comprendre à quel point cela est complexe. »

Lettre à Trudeau

Dans une lettre envoyée au premier ministre Justin Trudeau lundi, 79 membres de la communauté musulmane de Québec, incluant des blessés de la tuerie de la mosquée, demandent que l’accès aux armes permettant de tirer rapidement un très grand nombre de projectiles puissants soit restreint.

« Dans quelle société vivons-nous pour tolérer qu’un citoyen ordinaire puisse se donner un pouvoir aussi destructeur ? » est-il écrit dans la lettre.

Les signataires rappellent que la fusillade de Québec, celle de Moncton ou encore celle de la soirée électorale de Pauline Marois sont toutes le fait d’armes d’assaut « légalement acquises ».

« La priorité la plus urgente devrait être de limiter le pouvoir destructeur que détiennent les milices actuelles ainsi que tout autre citoyen ordinaire. »

Le classement des armes

Les signataires déplorent qu’Ottawa ne profite pas du projet de loi C-71, déposé récemment, pour instaurer des interdits.

Le président de l’Association canadienne pour les armes à feu, Sheldon Clare, a rejeté cette idée.

« Toutes les balles sont pénétrantes. Toutes les armes, dans les mains d’une personne malintentionnée, sont capables de faire quelque chose de mal. Le problème n’est pas l’arme. »

M. Clare propose au contraire d’abolir les classes d’armes.

Par ailleurs, le C-71 redonne à la GRC le pouvoir de classer les armes, pouvoir que les conservateurs avaient transféré au ministre.

Toutefois, le projet de loi accorde du même coup le pouvoir au ministre d’offrir une sorte d’amnistie aux propriétaires lorsque leurs armes passent à une catégorie plus restreinte à laquelle ils n’auraient plus accès.

M. Goodale s’est défendu de vouloir saper les décisions de la police. Il a expliqué que c’était pour éviter d’avoir à déposer un projet de loi chaque fois qu’une arme est reclassée. Il a prédit que cela n’arriverait pas souvent puisque « le gros du travail de la GRC n’est pas pour reclasser des armes existantes, mais pour classer de nouvelles armes ».