Inconduite sexuelle: le NPD suspend Christine Moore

Christine Moore fait l’objet d’une allégation d’inconduite sexuelle, rapportée mardi par le réseau CBC.
Photo: Adrian Wyld La Presse Canadenne Christine Moore fait l’objet d’une allégation d’inconduite sexuelle, rapportée mardi par le réseau CBC.

Le chef du Nouveau Parti démocratique a suspendu de ses fonctions parlementaires sa députée abitibienne Christine Moore après qu’elle a fait l’objet d’une allégation d’inconduite sexuelle. La députée, qui est elle-même à l’origine d’une allégation ayant valu à un autre élu son expulsion du caucus, promet de participer à l’enquête.

« Je prends ces allégations très au sérieux et je nommerai un enquêteur indépendant pour mener une enquête équitable et exhaustive », a fait savoir M. Singh par communiqué de presse. « Une fois le travail de l’enquêteur terminé, le rôle de Mme Moore au sein du caucus sera réévalué. »

Dans une très courte déclaration écrite, Mme Moore s’est limitée à dire qu’elle entendait participer à l’enquête. « Je ne ferai pas d’autres commentaires pour l’instant. »

L’allégation a été rapportée par le réseau CBC. En 2013, le vétéran Glen Kirkland était venu expliquer en comité parlementaire à Ottawa comment, après avoir été blessé en Afghanistan, il s’était senti abandonné par le gouvernement canadien. Il avait terminé son témoignage en larmes.

Mme Moore, qui était membre du comité, lui aurait proposé de passer à son bureau et lui aurait offert un verre de gin. Il aurait refusé parce qu’il prenait des médicaments, mais aurait fléchi devant l’insistance de la députée. Elle l’aurait ensuite suivi à sa chambre d’hôtel où ils auraient eu une relation sexuelle.

Mme Moore lui aurait par la suite envoyé des textos explicites. Elle l’aurait même rejoint en Saskatchewan. Il lui a alors indiqué qu’il n’y avait rien entre eux, mais elle aurait quand même fait quelques semaines plus tard une visite-surprise à son domicile de Brampton, où il a dû se montrer « brusque ». Elle aurait alors cessé ses contacts.

État vulnérable

En entretien téléphonique avec Le Devoir, M. Kirkland estime que Mme Moore a profité de sa vulnérabilité.

« Je crois que, étant donné sa position, Mme Moore s’est comportée de manière exceptionnellement inappropriée », dit-il. Il déplore un double standard. « Si j’étais une femme et qu’elle était un homme et que la même situation était survenue, ce député serait en prison ! »

Il soutient que plusieurs personnes à Ottawa connaissaient cette histoire et que rien n’a été fait pour aller au fond des choses. L’histoire avait effectivement fait l’objet d’un entrefilet dans le magazine satirique Frank, qui se spécialise dans les potins de la colline parlementaire.

Une autre source néodémocrate a indiqué au Devoir que la chose était connue à l’époque. C’est d’ailleurs parce que CBC avait entendu parler de cette rumeur que le réseau a contacté M. Kirkland.

Le vétéran trace un parallèle avec l’histoire du député Erin Weir. Dans ce cas, le parti a sollicité les témoignages auprès de membres du NPD pour étayer la cause contre lui.

« Dans ma situation, [l’inconduite] était tellement évidente, il y avait tellement de gens qui savaient, et rien n’est arrivé », allègue M. Kirkland.

L’attaché de presse du chef Jagmeet Singh, James Smith, assure que ni le chef ni son entourage n’étaient au courant de l’allégation.

L’affaire Weir

Erin Weir a été expulsé du caucus néodémocrate par Jagmeet Singh la semaine dernière. Ses déboires ont débuté lorsqu’il a tenté de devenir président du caucus.

Mme Moore s’y est alors opposée, écrivant à tous ses collègues qu’il harcelait les femmes et qu’elle ne serait pas à l’aise de se trouver seule en sa présence.

L’enquête indépendante, dont le contenu n’a pas été dévoilé, a conclu que M. Weir ne comprenait pas les signaux non verbaux et avait tendance à se tenir ou à s’asseoir trop près des gens. L’enquête a conclu que, lorsqu’on lui disait que ses approches étaient indésirables, il cessait.

M. Kirkland n’a pas encore décidé s’il participera à cette enquête, a-t-il avoué au Devoir. Car il souligne qu’il n’a jamais déposé de plainte. Il a parlé seulement parce qu’un journaliste l’a contacté. « Ce n’est pas comme si j’avais voulu faire une allégation publiquement. On m’a sollicité et j’ai répondu à des questions. […] Je n’attends rien de cela. »

La plupart des députés néodémocrates ont refusé de commenter la situation. Nathan Cullen s’est toutefois réjoui que le traitement réservé par le chef à ces situations soit « constant » d’un cas à l’autre.