Martine Ouellet relance les hostilités

Martine Ouellet et Gilbert Paquette, qui siège maintenant au Bureau national du Bloc québécois à titre de vice-président
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Martine Ouellet et Gilbert Paquette, qui siège maintenant au Bureau national du Bloc québécois à titre de vice-président

La chef du Bloc québécois, Martine Ouellet, accuse les sept députés démissionnaires d’avoir abandonné la promotion de l’indépendance en annonçant leur intention de fonder un nouveau parti qui pourrait être ouvert aux fédéralistes, ce dont se défendent les principaux intéressés.

Les anciens députés du Bloc ont annoncé la semaine dernière leur intention de lancer une formation politique vouée à la défense des intérêts du Québec. L’un d’eux, Rhéal Fortin, s’était dit « ouvert » à inviter « tout le monde » à les rejoindre, y compris des collègues des partis fédéralistes.

Martine Ouellet y voit la preuve que le Bloc québécois deviendra désormais le seul et unique parti à faire la promotion de l’indépendance du Québec.

« Ça vient clarifier clairement que ce parti-là ne fera pas la promotion de l’indépendance, a-t-elle lancé lors d’une conférence de presse organisée lundi à Montréal. Oui, il défendra les intérêts du Québec, mais dans la perspective du régime actuel, qui est le régime canadien. »

Je crois qu’il faut s’assumer, et que ce n’est pas en cachant l’idée de l’indépendance qu’on va la faire progresser. C’est plutôt le contraire. Ce n’est pas en démissionnant, ce n’est pas en abandonnant […] qu’on va avancer.

 

« Je crois qu’il faut s’assumer, et que ce n’est pas en cachant l’idée de l’indépendance qu’on va la faire progresser. C’est plutôt le contraire. Ce n’est pas en démissionnant, ce n’est pas en abandonnant […] qu’on va avancer. »

« Convertir » les fédéralistes

Les anciens députés de Martine Ouellet ont cependant rejeté son analyse de la situation. « On n’a jamais abandonné l’indépendance. On a tous dit qu’on était indépendantistes », a insisté le doyen du groupe, Louis Plamondon, au Parlement lundi.

La main tendue aux fédéralistes le sera afin de les convertir, a-t-il voulu préciser. « Tant mieux s’ils viennent. Venir nous parler, c’est le premier pas vers la souveraineté. Et ce n’est pas avec 31 % [d’appuis] dans les sondages qu’on va aller chercher la souveraineté. Il faut aller chercher des fédéralistes et les convertir. »

Le député Michel Boudrias avait la même explication. « On a tourné la page [au Bloc]. On s’en va ailleurs, et le ailleurs préserve l’essentiel, incluant la question de l’indépendance. Donc il n’y a pas de débat là-dessus », a-t-il insisté. Les fédéralistes seraient acceptés chez son parti « dans la mesure où ces gens-là sont prêts à voter “oui” demain matin ».

Que penser, alors, des propos de Rhéal Fortin la semaine dernière ? « Il s’est mal prononcé », a tranché M. Boudrias. Or, M. Fortin tenait sensiblement le même discours lundi et la confusion régnait toujours quant à la place que le futur parti des démissionnaires ferait — ou non — aux fédéralistes qui veulent eux aussi défendre les intérêts du Québec à Ottawa.

La chef bloquiste juge que tout ce débat, à la suite de la sortie des ex-députés, justifie l’ajout d’une question concernant la mission du Bloc québécois dans le cadre du référendum qui aura lieu les 1er et 2 juin. Cette consultation permettra aussi aux membres du parti de se prononcer sur le leadership de leur chef.

Une partielle sans bloquiste dans Chicoutimi ?

Martine Ouellet souhaite qu’il y ait une « investiture en bonne et due forme » dans la circonscription Chicoutimi-Le Fjord en vue de l’élection partielle à venir, même si la présidente de l’association locale du Bloc québécois, Élise Gauthier, dit qu’elle ne collaborera pas si la chef reste en poste. « Il n’y a pas juste une personne dans Chicoutimi, et c’est l’ensemble des membres qui décideront », a affirmé Mme Ouellet lundi. « L’exécutif a décidé que, tant et aussi longtemps que Mme Ouellet serait là, il n’y en aurait pas d’investiture. Parce qu’il n’y a personne qui veut travailler avec Mme Ouellet », a toutefois réitéré Mme Gauthier au Devoir lundi. « Je n’enverrai pas quelqu’un se faire lapider carrément sur la place publique. C’est ce qui va arriver si on envoie un candidat », a-t-elle martelé. Mme Ouellet pourrait éventuellement choisir un candidat, reconnaît Mme Gauthier. « Mais à ce moment-là, l’exécutif n’ira pas travailler pour ce candidat-là », prévient-elle. Sans l’appui de la machine électorale et des militants du Bloc, personne ne briguera la partielle, selon elle. « Il n’y aura pas de candidat. »
Pour leur part, les membres du Parti libéral du Canada ont choisi Lina Boivin, une femme d’affaires de la région de Chicoutimi, pour défendre les couleurs du parti lors de cette même élection partielle. Mme Boivin a remporté l’investiture contre Michel Ringuette, l’ex-maire de Saint-Charles-de-Bourget.
19 commentaires
  • Roger Gobeil - Inscrit 8 mai 2018 02 h 10

    Martine Ouellet dans Chicoutimi

    Pourquoi madame Ouellet ne se présente-t-elle pas elle-même dans Chicoutimi?
    Il ne pourrait pas y avoir de meilleur référendum.

    • Pierre Grandchamp - Abonné 8 mai 2018 09 h 16

      En effet! Quel triste spectacle!

  • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 8 mai 2018 07 h 23

    … sortir gagnant !?!

    « Je crois qu’il faut s’assumer, et que ce n’est pas en cachant l’idée de l’indépendance qu’on va la faire progresser. C’est plutôt le contraire. Ce n’est pas en démissionnant, ce n’est pas en abandonnant […] qu’on va avancer. » (Martine Ouellet, Cheffe, BQ)

    De cette citation une douceur :

    Pour avancer ou faire avancer quelque chose, en effet, il est comme essentiel que le monde impliqué sache, de conscience, regarder dans la même direction, notamment au niveau de la mission et, compte tenu des capacités-volontés du moment, d’inspirer « sa » réalisation !

    De plus, qu’elle soit appréciée ou selon, on-dirait que, de ce qui se passe actuellement au BQ, la « cheffe », sans surprise ?!?, est comme en-train de soulever une boîte de Pandore, une boîte que personne, sauf elle ???, ne cherche et ose l’ouvrir !

    Bref, ou-bien se cacher et abandonner le bateau, ou-bien avancer et …

    … sortir gagnant !?! - 8 mai 2018 -

  • Gilles Bousquet - Abonné 8 mai 2018 07 h 39

    Du BLOC à la CRAC

    Les 7 mutins de la cheffe Ouellet du Bloc québécois nous informent qu’ils vont continuer, en politique, dans un nouveau parti nationaliste, dans le Canada, au fédéral, comme la CAQ au provincial : Je leur suggère la CRAC, ce qui pourrait venir de : Coalition royale avenir Canada.

    Vu qu'ils offrent de s'ouvrir aux fédéralistes des autres partis politiques fédéraux, ça en ferait une coalition, pour défendre le Québec DANS LE CANADA, comme ça semble bien marcher, dans les sondages, pour la CAQ, une affaire attirante pour un parti au fédéral, la CRAC.

    • Serge Lamarche - Abonné 8 mai 2018 14 h 47

      Mauvaise idée. J'ai suggéré un bien meilleur nom: Bloc Franchement Francophone. Le BFF serait populaire dans les deux langues et devrait durer pour toujours.

  • Jean Duchesneau - Abonné 8 mai 2018 08 h 18

    Leadership 101

    À — La chef du Bloc québécois, Martine Ouellet

    "Je crois qu’il faut s’assumer, et que ce n’est pas en TIRANT SUR UNE FLEUR qu’on va la faire POUSSER!"

    • Gilles Bousquet - Abonné 8 mai 2018 10 h 11

      Ce n’est pas en TIRANT SUR UNE FLEUR qu’on va la faire POUSSER!" vient de Claude Morin. Mme Ouellet dirait, à la pace, si on veut produire une jolie fleur, faut y voir souvent, de toutes les façons jusqu'à l'éclosion...En parler souvent, avec les bons avantages, même lui parler.

  • Jean-Marc Simard - Abonné 8 mai 2018 08 h 18

    La fondation d'un nouveau parti bloquiste n'est pas la solution...

    Taper de travers sur un clou le fait crochir davantage...C'estt exactement ce que fait Madame Ouellet en cherchant à prouver à tout prix que son option pour faire la promotion de l'indépendance,. que c'est elle qui a raison. C'est elle qui entretient le débat et le convertit en combat...Elle veut gagner...Or en tant que membre du BLOC ce n'est pas l'attitude que j'attends de l;a part de la chef...Son rôle n'est pas de continuer à jeter de lM'huile sur le feu, mais de tout faire pouir rassembler ses militants et pour rapatrier les dissidents... Or ce n'est pas ce qu'elle fait... Son obstination àcharcher à imposer ses volontés est entrain de tuer le BLOC à petit feu...Et elle continue à alimenter ce feu...Il n'en tien qu'à elle de rester chef du BLOC, c'est d'agir comme tout bon chef doit le faire, soit être rassembleur plutôt que diviseur...Si elle est incapable de le faire qu'elle cvède sa place et que le BLOC entame une véritable course à la chefferie...En outre le désir des dissidents de fonder un nouveau parti indépendantiste n'est pas la solution,,,Surtout que leur annonce a été faite avant que tous les membres se prononcent sur le fait en début de Juin...La nouvelle option ne passera pas et fera disparaître définitivement toute promotion de l'option indépendantiste à Ottawa, même si ce n'est pas l'endroit idéal pour ce faire...Lers dissidents devraient plutôt rentrer dans les rangs et pousser leur combat à l'intérieur des instances actuelles du BLOC, et surtout laisser tous les membres s'exprimer sur ce sujet avant de prendre toute décision à propos de faire scission...La fondation d'un nouveau parti politique bloquiste n'est pas la solution à la crise que vit le BLOC. Je souhaite que l'on mette vivement fin à ce mélodrame pathétique pour ne pas nuire au P.Q. pour les prochaines élections qui viennent au Québec...J'espère que les parties en litige prendront fait et acte en faveur de mon propos...

    • Jean Duchesneau - Abonné 8 mai 2018 11 h 39

      Votre opinion est très sensée et je suis convaincu que les députés démissionnaires adopteraient votre position si le problème ne concernait que le leadership de Martine Ouellet. On se souviendra que Martine Ouellet adoptait la même vision pure et dure lors de la course à la chefferie au PQ. Ainsi, les purs et durs de la souveraineté se sont ralliés à elle, et sans trop faire de bruit ils ont investi le Bloc afin de promouvoir l’indépendance au détriment des intérêts du Québec. En réalité, la victoire des purs et durs lors du dernier conseil général du Bloc québécois ainsi que le discours belliqueux de Martine Ouellet ont mis en lumière une irréconciliable fracture et l’isolement des députés démissionnaires et des membres modérés. Même si Martine Ouellet ne gagne pas son vote de confiance, le Bloc est solidement noyauté, de sorte que les membres comme vous et moi qui croient que l’indépendance se fera à Québec ne s’y retrouvent plus. L'idée d’un nouveau parti qui serait une coalition de nationalistes vouée à la défense des intérêts du Québec demande réflexion. Pourquoi alors ne pas former un parti pancanadien voué à la défense du fait français?

    • Nicole D. Sévigny - Abonnée 8 mai 2018 11 h 55

      À propos de... votre propos: Avez-vous lu le projet de proposition principale «Pour faire du Québec une République» ...qui sera présenté au prochain Congrès national du Bloc en 2019?
      Ce projet de proposition principale a été approuvé en mars 2018 par les membres du Bureau national du Bloc québécois...
      Le communiqué qui accompagne ce projet de proposition principale vous donnera un aperçu du travail que ces derniers ont fait....avec l'aide de personnalités bien connues du monde politique et visionnaire québécois tels: les Paquette, Monière, Binette etc
      Quand "on veut" bien s'informer ...on va à la source.

    • Nicole D. Sévigny - Abonnée 8 mai 2018 13 h 20

      Il y a une très grande différence entre : n'ont rien compris et ne veulent pas comprendre...

    • Jean-Marc Simard - Abonné 8 mai 2018 15 h 07

      NON je ne l'ai pas lu...Je vais le faire...Je ne savais même pas que ce document existait...Faut croire que les instances du parti n'en ont pas fait une très grande publicité, trop occupé à gérer les mésaventures de Madame Ouellet... Est-ce qu'elle-même en a parlé dans ses discours ? je n'ai rien entendu à ce sujet...Ça aurait été facile via facebook... Et pourtant j'y suis souvent...Est-ce une autre de ses maladresses ? Merci de me faire savoir que ce document existe...

    • Jean-Marc Simard - Abonné 8 mai 2018 15 h 26

      Je viens de feuilleter le dit document en question et dans la section députés les noms des dissidents sont absents comme si Martine Ouellet avait déjà voulu les tasser ...Seuls les noms des trois députés fidèles sont présents, soit Mario Beaulieu, Xavier Barsalou Duval et Marilène Gill...Ça en dit très long sur l'influence qu'aurait eu Martine Ouellet sur les causes réelles qui ont provoquiées la mise au rancart des dissidents. Ça commence à ressembler à une purge provoquée par elle pour mettre en place sa propre équipe...Vraiment pathétique cette situation...Ce n'est pas de cette façon que l'on fera du Québec une république...Une république de banane peut-être...