Crise au Bloc québécois: les sept députés dissidents tournent la page

Le député Louis Plamondon, lors de l'annonce du départ des sept démissionnaires du Bloc québécois plus tôt cette année
Photo: Graham Hughes Archives La Presse canadienne Le député Louis Plamondon, lors de l'annonce du départ des sept démissionnaires du Bloc québécois plus tôt cette année

Les sept députés qui ont claqué la porte du Bloc québécois en février ne sont pas tous prêts à accueillir des fédéralistes dans leur nouveau parti.

« Non et c’est un non catégorique », a tranché le député Michel Boudrias mardi après-midi.

Quelques heures auparavant, le porte-parole du groupe, Rhéal Fortin, entouré de ses collègues, avait affirmé que les sept se définissaient comme des « indépendantistes rassembleurs », mais que leur parti — qui pour l’instant n’a pas de nom — était prêt à accueillir des fédéralistes.

« Nous sommes sept indépendantistes, avait précisé Rhéal Fortin en conférence de presse. S’il y a des collègues qui ne sont pas indépendantistes, mais qui disent  “on vous appuie et on veut travailler avec vous”, soyez assurés qu’on va s’asseoir avec eux et qu’on va se parler et on va trouver une façon de fonctionner. »

Les sept ex-bloquistes veulent rallier les Québécois autour d’une nouvelle offre politique. Ils lanceront une tournée de consultation dans le but de fonder un parti pour défendre les intérêts du Québec à un an et demi des prochaines élections fédérales.

« Le Bloc québécois que vous avez connu et auquel nous avons adhéré et consacré tant d’énergie n’existe malheureusement plus », a déclaré M. Fortin.

Ils estiment que le Québec est mal défendu à Ottawa, voire négligé par les autres partis fédéraux, et que ses intérêts sont « sacrifiés pour des votes dans l’Ouest, en Ontario ou dans les Maritimes ».

« On veut être la voix du Québec, la voix des Québécois et Québécoises sans compromis, sans compromissions », a résumé le député Gabriel Ste-Marie.

Les sept se donnent pour objectif de présenter des candidats dans les 78 circonscriptions du Québec pour l’élection de 2019.

Réactions à Ottawa

Le lieutenant des conservateurs au Québec, Alain Rayes, n’a pas tardé à réagir sur les réseaux sociaux.

« Pendant que les bloquistes et anciens bloquistes se chicanent, notre parti est à l’écoute des Québécois, a-t-il écrit. Nous sommes le seul parti qui représente les intérêts du Québec et qui respecte les champs de compétence. »

M. Rayes a ensuite souligné qu’il était à Val-d’Or dans le cadre d’une tournée lancée par son parti il y a un peu plus d’une semaine pour courtiser le vote des Québécois.

Les libéraux et les néodémocrates ont également défendu leur bilan.

« On n’est pas moins Québécois parce qu’on n’est pas pour la séparation du Québec », s’est indigné le député Pablo Rodriguez en précisant que les élus libéraux dans la province allaient « continuer à se tenir debout pour défendre les intérêts du Québec ».

« Quand on défend nos propositions sur le Québec, on a tout à fait la marge de manoeuvre de prendre des positions qui vont dans le sens des gens », a déclaré pour sa part le député néodémocrate Alexandre Boulerice en citant le travail de son collègue Pierre Nantel sur la « taxe Netflix ».

Vers une nouvelle coalition arc-en-ciel ?

Les sept ex-bloquistes n’ont approché pour l’instant aucun député d’une autre formation politique, mais se disent ouverts à intégrer toute personne intéressée par leur projet.

« On invite tout le monde, a signalé Rhéal Fortin. Les bloquistes comme les membres du NPD, les membres du Parti libéral, conservateur, peu importe, tout le monde. Les gens qui ont envie de travailler dans l’intérêt du Québec sont les bienvenus avec nous. »

Du déjà vu pour le député Louis Plamondon, qui avait formé la coalition arc-en-ciel en 1990 avec Lucien Bouchard, Jean Lapierre et d’autres députés progressistes-conservateurs et libéraux après l’échec de l’Accord du Lac Meech. Cette coalition avait finalement mené à la fondation du Bloc québécois.

« C’est sûr que j’ai un peu de nostalgie parce que le Bloc — je le disais souvent — c’était tatoué sur mon coeur, puis j’avais participé à sa fondation, je sais que ça a demandé beaucoup d’efforts, mais j’ai l’impression de repartir un aussi beau mouvement aujourd’hui puisque dans l’état actuel des choses, le Bloc est désincarné. Je pense qu’il n’existe plus ni dans la tête des citoyens, ni dans la tête des membres maintenant et qu’on sera justement cette nouvelle force à Ottawa. »

Le Bloc, toujours vivant ?

« Je ne vois pas d’arrêt de mort. On a 20 00 membres ! », a réagi la députée bloquiste Marilène Gill.

Elle trouve « dommage » que le groupe de sept tente de fonder son propre parti politique alors « qu’il y a toute la place encore à l’intérieur du Bloc québécois » pour eux.

Et s’ils tentent de recruter les militants bloquistes qui étaient insatisfaits de l’issue du conseil général dimanche ? « Je pense que les membres, parce qu’ils vont avoir toute leur place, vont être en mesure de faire un choix éclairé à savoir s’ils veulent continuer avec un parti résolument indépendantiste crédible sur la scène fédérale », a-t-elle répondu.

N’empêche que les départs se multiplient à la permanence du parti. Le Bloc québécois a perdu mardi son directeur général, Paul Labonne, et perdra en juin son directeur des finances, Sylvain Gauthier. Ceux-ci seraient en désaccord avec la sortie de crise adoptée par les délégués.

Lors de ce conseil général, les quelque 200 militants ont choisi la proposition de tenir un référendum auprès des membres sur la mission du parti comme promoteur de l’indépendance du Québec « sur toutes les tribunes » et un vote de confiance les 1er et 2 juin. La chef Martine Ouellet et le bureau national estiment que c’est la meilleure façon de sortir de la crise.

En désaccord, la vice-présidente du parti, Kédina Fleury-Samson, a également indiqué lundi qu’elle quittait ses fonctions. Le député et président du Bloc québécois, Mario Beaulieu, est quant à lui en réflexion sur son avenir politique. Les sept députés ont indiqué mardi qu’il était le bienvenu s’il voulait se joindre à eux.

Le Bloc québécois, qui avait fait élire dix députés à la Chambre des communes en 2015, n’en compte plus que trois depuis que le groupe de sept a claqué la porte le 28 février. Ils se disaient incapables de travailler avec la chef du parti, Martine Ouellet, en lui reprochant son intransigeance. Celle-ci n’a pas souhaité accorder d’entrevue mardi.

À Québec, le chef du Parti québécois, Jean-François Lisée, n’a pas voulu commenter ces nouvelles péripéties bloquistes.