La saignée se poursuit au Bloc québécois

La chef du Bloc québécois, Martine Ouellet, vient de perdre la vice-présidente du parti, Kédina Fleury-Samson, qui a choisi de démissionner plutôt que de défendre des positions contraires à ses convictions.
Photo: Pedro Ruiz Le Devoir La chef du Bloc québécois, Martine Ouellet, vient de perdre la vice-présidente du parti, Kédina Fleury-Samson, qui a choisi de démissionner plutôt que de défendre des positions contraires à ses convictions.

Le conseil général du Bloc québécois de cette fin de semaine n’a rien réglé. Au contraire. Non seulement Mario Beaulieu s’interroge sur son avenir au sein du parti, mais la vice-présidente, Kédina Fleury-Samson, confirme au Devoir qu’elle quitte ses fonctions. Et les sept députés démissionnaires s’apprêtent à claquer la porte du parti pour de bon.

Les débats étaient houleux au conseil général de Drummondville et les votes, qui ont scellé le sort du référendum souhaité par Martine Ouellet, très serrés. Dans le lot de ceux qui ne partageaient pas les décisions des délégués se trouve la vice-présidente du parti. Celle-ci estime qu’elle ne peut plus remplir ses fonctions si elle est en porte à faux avec les positions qu’elle aurait à défendre dans son rôle au sein de l’exécutif du Bloc.

« Évidemment, si mes positions dans l’instance que je préside sont minoritaires, c’est difficile d’en arriver à porter la voix du groupe. Je ne peux pas être porte-parole si je représente la minorité », a expliqué Kédina Fleury-Samson au Devoir lundi. « Dans un contexte politique, la solidarité et le ralliement sont impératifs pour garder une discipline. Tu te rallies ou tu pars. »

Mme Fleury-Samson a choisi la seconde option et en a avisé la chef, Martine Ouellet, de même que le bureau national du parti lundi après-midi.

La vice-présidente du Bloc était restée discrète depuis l’éclatement de la crise, il y a deux mois. Justement, son absence lors de certaines annonces du Bloc n’était pas anodine, admet-elle. « Il y a eu des sorties publiques. Je n’étais pas présente, parce que je n’appuyais pas ce qui était annoncé. » Elle n’était donc pas aux côtés de l’exécutif du Bloc québécois lorsqu’il a confirmé la tenue d’un référendum à deux volets — avec une question sur le mandat du parti et une autre qui consisterait en un vote de confiance à l’endroit de la chef. La proposition de plateforme du parti a aussi été présentée sans elle — et appuyée par les délégués bloquistes dimanche. « La séquence n’est pas cohérente », estime Mme Fleury-Samson, car la réflexion sur le mandat du parti se fera alors que la proposition de plateforme électorale a déjà été adoptée.

Mais ce qui l’a surtout dérangée, dimanche, c’est que le conseil général décide de permettre à la permanence du Bloc de prendre part au référendum et d’injecter des fonds pour l’encadrer. Ce qui inquiétait certains bloquistes, qui craignaient de voir les instances s’en mêler pour aider Martine Ouellet. « C’est évident ! Il faut que les instances soient neutres ! » martèle Mme Fleury-Samson.

Mario Beaulieu réfléchit

La vice-présidente cachait mal sa consternation à la suite du conseil général, dimanche après-midi.

Mario Beaulieu était tout aussi découragé. Il a refusé de confirmer s’il resterait président du Bloc et membre du caucus de Martine Ouellet. Et il a pour une première fois affirmé publiquement qu’il n’avait « plus confiance en Mme Ouellet ».

M. Beaulieu n’était pas à Ottawa lundi. Il s’est enfermé dans son mutisme, préférant prendre un peu de recul pendant deux ou trois jours, a indiqué son adjoint. Le Forum jeunesse du Bloc québécois — dont plusieurs membres ont rejoint le parti avec M. Beaulieu — l’a supplié de ne pas partir. « Nous avons été ses premiers appuis lorsqu’il s’est lancé à la chefferie du Bloc et nous serons les derniers, s’il le faut », a plaidé la présidente, Camille Goyette-Gingras.

La chef, quant à elle, lui a une fois de plus tendu la main. Martine Ouellet a affirmé avoir échangé des textos avec son ancien bras droit lundi. « Je lui ai dit que je souhaitais qu’il reste à l’intérieur du Bloc québécois, qu’il se rallie à la décision du conseil général, a-t-elle relaté au parlement. Moi, je pense que c’est encore possible. »

« C’est fini », disent les sept

Les bloquistes sont cependant sortis du conseil général de dimanche fort divisés. M. Beaulieu et Mme Fleury-Samson n’étaient pas les seuls à s’interroger sur leur avenir au Bloc. Quelques délégués ont fait le même aveu aux journalistes.

Les sept députés démissionnaires ont quant à eux décidé qu’ils coupaient les ponts définitivement avec leur ancien parti. Ils en feront l’annonce lors d’un point de presse mardi matin, organisé « pour faire le point sur leur situation politique ».

« On ne peut plus vivre d’espoir. C’est fini », confiait une source au Devoir lundi. « Je n’aurais jamais retravaillé avec Martine Ouellet. Jamais. Jamais », tranchait de son côté Simon Marcil, au micro de TVA.

Dimanche, Martine Ouellet leur avait reproché, dans son discours, d’être la source de la crise qui déchire le Bloc et qui le fait couler dans les sondages. Elle avait malgré tout conclu en leur tendant la main, en vue d’un éventuel retour. Une invitation qu’elle leur a de nouveau lancée lundi.

Mais ses propos ont enragé le démissionnaire Michel Boudrias. « Hier, on a subi un procès d’accusations sur la place publique, de tirs nourris, pour ensuite se faire tendre la main pour un retour. Est-ce qu’il y a un être humain normalement sensé qui retournerait dans des conditions comme celles-là ? Je pense que personne dans les dissidents dont je fais partie ne souffre du syndrome de Stockholm. »

M. Boudrias et ses collègues avaient préparé une première sortie publique il y a deux semaines pour annoncer qu’ils ne reviendraient pas au Bloc québécois. L’ancien chef Gilles Duceppe leur avait cependant conseillé d’attendre que les membres se prononcent sur le sort de la chef, au conseil général de cette fin de semaine.

Le verdict est tombé. Le référendum de la chef est resté inchangé : une question sur le mandat du parti et un vote de confiance, et il sera mené les 1er et 2 juin.

« Je comprends que des gens se disent que ça s’éternise, ça s’éternise, et que, rendu en juin, il sera rendu trop tard. Les élections fédérales arriveront, l’été arrive, il y aura les élections au Québec. On n’aura plus le temps de se préparer », observe Gilles Duceppe.

L’ancien chef s’inquiète pour le parti qu’il a dirigé pendant près de 15 ans. « Je trouve ça triste. Je ne vois pas comment ils peuvent s’en sortir tant que Mme Ouellet sera là. »

Kédina Fleury-Samson n’a pas voulu se prononcer personnellement sur la place de Martine Ouellet à la tête du Bloc. « Les militants ont choisi. Le parti a choisi », a-t-elle simplement observé, au lendemain du conseil général mouvementé de Drummondville.

29 commentaires
  • Nicole D. Sévigny - Abonnée 30 avril 2018 23 h 53

    Quelle surprise

    Le Devoir ouvre grande ses portes aux commentaires sur: Martine Ouellet et le conseil général qui a eu lieu en fin de semaine à Drumondville. ...Nous ayant habitué.e.s depuis un certain temps à nous laisser "sans voix" devant des articles où l'on aurait voulu commenter...Que voilà un déluge d'articles, d'idées et d'opinions où, toutes "les portes sont grandes ouvertes" à la critique. On aurait voulu tuer dans l'oeuf toute velléité d'affirmation nationale et d'indépendance... qu'on n'aurait pas fait mieux. On a même écrit que la vice-présidente du BQ "cachait mal sa consternation" et " quittait ses fonctions"...Pourtant Mme Ouellet, les délégué.e.s et une majorité des instances du BQ ont décidé e voté démocratiquement d'un référendum à l'interne les 1er et 2 juin 2018: mandat du parti et vote de confiance. J'invite tous ceux et celles qui désirent en savoir plus sur cette "saga" ...à aller sur http://www.lequebecois.org/2018/03/23 lire ce qu'en dit Patrick R Bourgeois.

    • Marcel Lemieux - Abonné 1 mai 2018 16 h 18

      Je crois bien que tout a été dit. Sauf que l’on oubli d’accuser Québec Solidaire de faire obstruction d’une façon quelconque au Bloc. Surpris vraiment.

    • Michel Blondin - Abonné 1 mai 2018 18 h 03


      @Nicole D" Sévigny,

      Il est important de noter que le Devoir d’hier ( 30 avril) dans son article "Bloc québécois: Martine Ouellet résiste à la fronde" par Marie Vastel a rapporté que, et je la cite :
      "Elle [La chef Martine Ouellet] a visiblement réussi à convaincre les délégués, qui se sont toutefois rangés dans son camp avec une très faible majorité. Ce fut le vote le plus serré de la journée : moins d’une poignée de voix ont fait la différence, selon les informations du Devoir."
      Je confirme par ma présence que ce n'est pas exact. Le résultat principal n'a pas été serré.
      La proposition du Bureau nationale a été votée par les délégués en forte proportion en faveur, d'une façon telle, que le président d'assemblée n'a même pas demandé le compte du vote. Et plus, il n’y a eu aucune contestation. Ce vote était le vote principal et déterminant.
      Le vote a été plus serré sur certains amendements qui finalement ont tous été rejetés au point que des amendements à des amendements faisaient étirer la sauce.
      Ce qui indique que « les sources du Devoir » dans l’article de Marie Vastel n'ont pas été à la hauteur. Le soucie de la véracité n'a pas suffisamment eu primauté. Ce qui a comme conséquence que le titre aurait pu changer en faveur du chef plutôt que :
      Bloc québécois: Martine Ouellet gagne haut la main.
      De plus, toutes les propositions du Bureau national apportées ont été appuyé haut la main.
      C’est donc un biais important qui nécessiterait une correction et une vérification de la direction.

  • Pierre Turgeon - Abonné 1 mai 2018 06 h 35

    Respect des instances democratiques

    Imaginons un instant que le conseil général du Bloc Québécois de la fin de semaine est battue toutes les positions soutenues par l’executif National et entérinée toutes les modifications que leurs supporteurs amenaient. Assisterions nous à cette sortie dantesque des sept dissidents, qui continuent leur fuite en avant.

    J’en doute énormément

    Depuis le début de cette crise, les sept dissidents ont utilisé les journaux, dont Le Devoir, justement parce que les instances ont appuyés leur cheffe et les propositions de l’executif. Il est clair qu’il n’y a pas de ralliement possible de leur part, et le fait qu’ils n’attendent le résultat du vote de confiance de juin, le confirme.

    Vous pouvez être sûre que même si 75 % des membres soutiennent la position de l’executif National et de leur chef, jamais ils ne se rallieront. C’est pour cela qu’ils continuent leur travail de sape, sur la place publique et avance le projet de créer un autre parti.

    Posez vous la question.? Adhériez vous à un parti dont les dirigeants ne respectent pas les votes des instances de leur parti, qu’ils tatoués sur le cœur.

    Pierre Turgeon

  • Pierre Samuel - Abonné 1 mai 2018 07 h 13

    Le crépuscule des fins finauds...

    Cette agonie prolongée du BQ depuis l'effondrement de Duceppe deux fois plutôt qu'une, n'est que la poursuite d'un interminable processus vers sa conclusion finale en octobre prochain, par l'extinction avérée à l'exception de quelques épars fantassins, de la crédibilité du Mouvement indépendantiste-souverainiste-associationniste dans son ensemble, faute de n'avoir jamais eu le véritable courage et volonté politiques de concrétiser ce qui devait l'être en temps et lieu, par crainte de jouer le < tout pour le tout >, de la part d'une sempiternelle majorité de carriéristes autant à Québec qu'à Ottawa, dont Jean-François Lisée est le plus illustre représentant autant dans ses fonctions d'adjoint des Parizeau, Bouchard, que celles de député-ministre ou chef en sursis d'un PQ, ayant malheureusement raté le coche tout autant que lui en un demi-siècle de tergiversations de tout acabit. Sabordage et/ou sabotage tout à fait déplorable envers des militants, sympathisants et même défroqués de plus ou moins longue date d'un triste burlesque...

    • Solange Bolduc - Abonnée 1 mai 2018 20 h 45

      @ Pierre Samuel

      Mme Ouellette aurait -elle «raté le coche» en perdant son pari de devenir chef du PQ?

      De la vraie ruine-babine !

  • Raynald Rouette - Abonné 1 mai 2018 07 h 30

    Pauvre Québec


    Le travail pour affaiblir le Québec va bon train.

    Ceux et celles qui démissionnent font la job des fédéraux...

    C’est l’histoire des « CANADIENS »depuis 1759. Ils ont l’art de se tirer dans le pied...

    • Gilles Bousquet - Abonné 1 mai 2018 09 h 30

      Je ne saurais écrire mieux, c'est évident ce silence du Bloc et du PQ sur l'indépendance du Québec, depuis le référendum de 1 995. Cette option constitutionnelle a été tellement ignorée qu'elle a perdu de son attrait, en constituant une pierre dans leur soulier, actuellement.

    • Serge Lamarche - Abonné 1 mai 2018 22 h 48

      Option ignorée ou ignorante? Elle n'a pas d'attrait pour quiconque intelligent, cette option souverainement absurde.

  • Marie-Josée Dupuis - Abonnée 1 mai 2018 08 h 37

    L'art de faire l'autruche

    Cette article me confirme ce que je pense depuis le début de cette histoire. Mme Ouellet possède l'art de faire l'autruche. Elle ne semble pas être consciente qu'elle est la source du problème. Elle n'a certaine pas conscience, non plus qu'elle démontre qu'il est plus facile de détruire un partie politique, que de le construire. Je ne suis pas membre de ce partie, mais je compatise avec toutes les personnes qui se sont engagées durant plusieurs années pour créer ce partie et lui donné ses lettres de noblesse.

    • Jean Jacques Roy - Abonné 1 mai 2018 09 h 24

      Tout comme vous, Madame Dupuis, je ne suis ni membre et ni même sypathisant du BQ. Par contre, contrairement à votre perception je considère, si ce parti réussit à survivre à la crise poitique qui le cangrène depuis ces dernières années, le mérite en reviendra à Martine Ouellet et aux militants et militantes qui soutiennent son orientation.
      Aujourd’hui les députés dissidents du Bloc vont annoncer leur démission du parti.Espérons qu’ils auront l’honnêteté de dire les véritables raisons de désaccords politiques de leur dissidence et qu’ils cesseront de se victimiser, sous le prétexte qi’ils n’aiment pas le “caractère” de Martine Ouellet!

    • Gilles Bousquet - Abonné 1 mai 2018 09 h 34

      Le problème se situe au niveau de l'option constitutionnelle du Bloc, soit que sa priorité est de mousser la sortie du Québe du Canada, comme parti indépendantiste, ce que désire Mme Ouellet ou de tenter, en le défendant, de conforter le Québec et les Québécois, DANS LE CANADA, ce que désire les 7 mutins, genre CAQ.

    • Jean Jacques Roy - Abonné 1 mai 2018 12 h 05

      @Gilles Bousquet. C’est aussi ce que je pense!
      Le plus étonnant dans cette saga, on dirait que les mutins sont tellement attachés à leur position au point d’essayer de saborder leur parti!

    • Gilles Bousquet - Abonné 1 mai 2018 14 h 15

      Est-ce que vous pouvez nous signaler en quoi exactement, Mme Ouellet n'a pas été correcte ? Est-ce que les mutins, s'ils sont plus nombreux, ont automatiquement...raison ? Ça ne prend qu'un individu pour en entrainer plusieurs à se virer contre une seule personne, même une cheffe, principalement, une cheffe.