Les militants du PLC entendent pousser le parti vers la gauche

La ministre de la Santé, Ginette Petitpas Taylor, accueillie par le premier ministre Justin Trudeau lors d’une réunion à Ottawa
Photo: Adrian Wyld La Presse Canadienne La ministre de la Santé, Ginette Petitpas Taylor, accueillie par le premier ministre Justin Trudeau lors d’une réunion à Ottawa

Ils sont au pouvoir, ils sont majoritaires et ils se targuent d’être progressistes, mais les libéraux de Justin Trudeau se feront pousser encore plus à gauche cette fin de semaine par leurs militants réunis pour le congrès bisannuel du Parti libéral du Canada (PLC).

Près de 3000 délégués sont attendus à Halifax, ce qui fait de cette rencontre, selon les dirigeants du PLC, la plus grande réunion « des dernières décennies » du parti.

Trente résolutions sont au menu, dont certaines, comme la décriminalisation de la possession simple de toutes les drogues, bousculeront les élus du Parti libéral. La résolution stipule qu’étant donné la crise des opioïdes qui a fait plus de 4000 morts au pays en 2017, il faut aborder la question des drogues comme un enjeu de santé publique et non de criminalité. La résolution suggère d’imposer désormais de simples « infractions administratives » aux contrevenants.

Mais même si les délégués l’adoptent, cette résolution ne se matérialisera pas pour autant, le gouvernement libéral ayant indiqué qu’il n’y donnerait pas suite. « Nous n’avons pas l’intention de décriminaliser d’autres drogues », a indiqué cette semaine la ministre de la Santé, Ginette Petitpas Taylor.

Pour la ministre, il s’agit d’une question de champ de compétence. C’est que la résolution propose de s’inspirer du Portugal, où toute personne pincée avec une quantité de drogue équivalente à 10 jours de consommation personnelle (un gramme d’héroïne, deux grammes de cocaïne, etc.) n’est plus accusée au criminel. Elle est plutôt dirigée vers des ressources sociales, notamment des traitements de substitution en cas de récidive.

Or, rappelle la ministre, les services sociaux relèvent des provinces. Ottawa n’aurait donc pas la garantie que sa décriminalisation s’accompagnerait de services provinciaux bonifiés.

« La décriminalisation au Portugal est une approche qui fonctionne peut-être pour leur petit pays, mais quand on regarde notre grand pays, avec nos provinces et nos territoires, ce n’est pas la solution », a expliqué la ministre.

Elle assure que la crainte d’un ressac de l’opinion publique n’est pour rien dans la position du gouvernement puisqu’il est allé de l’avant avec la légalisation du cannabis qui « ne plaît pas à tout le monde ».

Lors de son récent congrès à Ottawa, le NPD a adopté une résolution pour la décriminalisation de toutes les drogues, à la différence que son chef, Jagmeet Singh, était d’accord.

Prostitution et revenu minimum garanti

Une autre résolution qui suscitera les débats est celle émanant de l’aile québécoise du PLC demandant au gouvernement d’étudier la possibilité d’instaurer un revenu minimum garanti (RMG). Le ministre du Développement social, Jean-Yves Duclos, et anciennement professeur à l’Université Laval spécialiste de la question, tempère aujourd’hui les velléités des militants.

En entretien avec Le Devoir, il rappelle que son gouvernement a mis en place l’Allocation canadienne pour enfants et instaurera en 2019 une Allocation canadienne pour les travailleurs.

Dans les deux cas, il s’agit de prestations offertes à tous qui diminuent à mesure que les revenus d’un contribuable augmentent. Selon M. Duclos, ce sont « des allocations qui sont très proches du revenu minimum garanti ». Il se dit quand même ouvert à écouter le débat à Halifax.

Dans une étude publiée cette semaine, le Directeur parlementaire du budget a calculé qu’un revenu minimum garanti canadien coûterait 76 milliards par année. Mais comme il permettrait l’abolition de programmes existants totalisant 32,9 milliards, le coût net annuel s’établirait à 43,1 milliards. Le budget annuel d’Ottawa est d’environ 340 milliards.

Les militants débattront également d’une résolution demandant la mise sur pied d’un programme d’assurance médicaments « à payeur unique » qui, dans un premier temps, couvrirait « une liste des médicaments essentiels ».

Le Québec a déjà un système, mais mixte : le payeur peut être un assureur privé ou le gouvernement.

Les militants ont cette fois plus de chances d’être entendus, car l’idée est dans l’air à Ottawa. Un comité parlementaire tripartite a déposé un rapport mercredi recommandant l’établissement d’un système à payeur unique et, dans le dernier budget, Ottawa a mandaté un comité pour étudier la question.

Les militants libéraux innovent par ailleurs en proposant, dans une autre résolution, la création d’un « programme de congé d’études ». Ce programme, qui viendrait bonifier le programme d’assurance-emploi, permettrait à un travailleur de prendre un congé payé de six mois pour poursuivre des études « dans un domaine ayant un lien direct avec son travail ».

Enfin, les militants suggèrent de légaliser « le travail consensuel du sexe ». À la suite d’un jugement de la Cour suprême invalidant des dispositions du Code criminel, le gouvernement conservateur a fait adopter une loi qui criminalise la prostitution. Les travailleuses du sexe, toutefois, jouissent d’une immunité. Les militants proposent d’abolir cette réforme.

Le congrès, qui se tient à Halifax pour la première fois de l’histoire du PLC, se poursuit jusqu’à samedi soir. M. Trudeau y fera une apparition au terme de son voyage en Europe.