Justin Trudeau sommé d’honorer sa promesse envers Raïf Badawi

L’épouse de Raïf Badawi, Ensaf Haidar, a demandé d’accorder une citoyenneté honorifique au blogueur dans une lettre ouverte adressée au premier ministre à la mi-mars.
Photo: Paul Chiasson La Presse canadienne L’épouse de Raïf Badawi, Ensaf Haidar, a demandé d’accorder une citoyenneté honorifique au blogueur dans une lettre ouverte adressée au premier ministre à la mi-mars.

Le Bloc québécois et le NPD somment à leur tour Justin Trudeau d’accorder une citoyenneté honorifique au blogueur Raïf Badawi, emprisonné en Arabie saoudite depuis six ans, afin de faciliter sa libération.

L’épouse de Raïf Badawi, Ensaf Haidar, en avait fait la demande dans une lettre ouverte adressée au premier ministre à la mi-mars. Mais en vain. Le gouvernement libéral n’avait pas octroyé de citoyenneté honorifique à son mari, ni promis d’accélérer sa propre demande de citoyenneté canadienne de même que celles de leurs trois enfants.

« Malgré toutes les promesses de M. Trudeau et du gouvernement canadien, il ne s’est rien passé jusqu’à maintenant. J’aimerais bientôt retrouver Raïf », a laissé tomber Mme Haidar, en point de presse au parlement avec la chef du Bloc québécois, Martine Ouellet, et l’ancien chef néodémocrate Thomas Mulcair.

« Six ans, ce n’est pas facile pour nous. Six ans, ce n’est pas facile pour mes enfants. »

Martine Ouellet et Thomas Mulcair ont repris ses demandes à leur compte, mardi. M. Badawi figure sur une liste de pardon royal et, selon Martine Ouellet, il est coutume d’annoncer ces pardons en marge du ramadan, qui débutera à la mi-mai. Plutôt que de se contenter de « parader » sur la scène internationale, le premier ministre devrait agir dès maintenant, a argué la chef du Bloc. « S’il veut vraiment faire de la vraie action internationale qui fait une différence, eh bien, qu’il fasse tout ce qui est en son possible pour faire libérer Raïf Badawi. »

Une citoyenneté honorifique canadienne légitimerait, selon l’opposition, une intervention du gouvernement canadien pour faire libérer M. Badawi.

Mais les libéraux ne sont pas du même avis. Le secrétaire parlementaire de la ministre des Affaires étrangères, Omar Alghabra, a martelé aux Communes que le gouvernement « a soulevé cette affaire à de nombreuses reprises et nous continuerons de le faire ».

L’octroi d’une citoyenneté honoraire ne changerait cependant rien selon lui au refus du régime saoudien de voir Ottawa intervenir de façon officielle ou même informelle dans le dossier de M. Badawi, qui est citoyen de l’Arabie saoudite. « Compte tenu des circonstances et de notre évaluation de la situation, on n’est pas certains que ce soit la meilleure marche à suivre », a indiqué M. Alghabra.

Le Canada n’a accordé que six citoyennetés canadiennes honoraires depuis 1985 —les cinq dernières depuis 2001 à des personnalités comme Nelson Mandela ou Malala Yousafzai.

Les bloquistes ont demandé au ministre de l’Immigration de rencontrer l’épouse de Raïf Badawi, en marge de la période des questions mardi. Le ministre Ahmed Hussen a refusé, s’estimant en situation de conflit d’intérêts étant donné que Mme Haidar attend une réponse du fédéral sur sa propre demande de citoyenneté ainsi que celles de ses trois enfants.

Raïf Badawi a été condamné en juin 2012 à 10 ans de prison et 1000 coups de fouet pour avoir publié des écrits critiquant les dirigeants religieux de l’Arabie saoudite. Il a reçu 50 coups de fouet, mais les séances de flagellation subséquentes ont été suspendues.