Trudeau s’adresse aux députés français avant de s’envoler pour Londres

Justin Trudeau en compagnie du premier ministre français Édouard Philippe.
Photo: Sean Kilpatrick La Presse canadienne Justin Trudeau en compagnie du premier ministre français Édouard Philippe.

L’inclusion, l’égalité des sexes, l’environnement et le commerce international ont été au coeur du discours prononcé mardi par le premier ministre canadien Justin Trudeau devant l’Assemblée nationale française.

Ce discours, le premier dans cette enceinte pour un premier ministre du Canada en exercice, présentait une défense passionnée des vertus partagées par les deux pays — et de quelques-unes qui ne faisaient pas l’unanimité dans la salle.

Les ovations les plus bruyantes et les plus enthousiastes ont été réservées à ses remarques sur les changements climatiques, l’histoire partagée par le Canada et la France pendant les deux grandes guerres, et les efforts du Canada pour préserver et protéger la culture française.

D’autres sujets, comme l’immigration, la diversité et l’Accord économique et commercial global (AECG) qui doit être ratifié par la France, ont été moins populaires.

L’AECG « va plus loin que n’importe quel autre accord commercial dans le monde » quant à la protection des droits de la personne, de l’environnement et de la mobilité des citoyens, a-t-il noté.

« Il préserve le droit des États de légiférer et de réglementer dans l’intérêt public, de mettre en oeuvre des politiques visant à soutenir leurs industries culturelles, en plus de protéger les normes du travail et de promouvoir une coopération accrue en matière d’environnement. »

Commerce et environnement

Lundi, le Canada et la France ont renouvelé leur engagement dans le combat contre les changements climatiques, espérant maintenir l’élan sur la scène mondiale après que le président américain Donald Trump eut annoncé le retrait de son pays de l’Accord de Paris sur le climat.

Un nouveau partenariat France-Canada fait la promotion de la tarification du carbone à l’échelle mondiale et est également en phase avec les priorités du gouvernement Trudeau en vue du Sommet du G7 dans Charlevoix en juin.

Des officiels affirment que le gouvernement espère aussi que le partenariat convaincra les Français que le Canada est sérieux dans sa volonté d’agir contre les changements climatiques — et aidera ainsi à la ratification de la nouvelle entente de libre-échange entre le Canada et l’Union européenne.

Des craintes ont été exprimées en France de voir des articles de protection des investisseurs dans l’AECG mener à un affaiblissement de règles environnementales.

M. Trudeau a énuméré des entreprises françaises qui, dit-il, profiteront de l’élargissement de leurs activités et de leurs occasions d’affaires au Canada, où les investissements français ont augmenté de 23 % l’an dernier.

Il a également répété l’une de ses répliques favorites : « Si la France n’arrive pas ratifier un accord de libre-échange avec le Canada, avec quel pays imaginez-vous pouvoir le faire ? »

La mention de l’AECG a provoqué des grognements et des murmures de la part des députés de l’opposition, et certaines sections de l’Assemblée n’ont pas applaudi, notamment la leader du Front national, Marine Le Pen.

M. Trudeau a passé un long moment sur le sujet de la présidence du G7 par le Canada, qui sera suivi de la France elle-même l’an prochain. Il a promis de mettre l’accent sur des thèmes qui contribueront à contrer la faible croissance chronique, l’écart des revenus et les inégalités sociales.

« Ces inégalités qui érodent non seulement le niveau de vie de la classe moyenne, mais aussi la confiance de la population à l’égard du commerce mondial, de la coopération internationale et de la démocratie libérale. »

Le discours de Justin Trudeau a également traité de l’importance de lutter contre la montée du nationalisme, du populisme et de la xénophobie, qui sont devenus des sources majeures d’inquiétudes en France et dans d’autres régions de l’Europe ces dernières années.

« Le Canada a choisi de contrer le cynisme en faisant preuve d’audace et d’ambition », a-t-il noté.

« Alors que de nombreux pays se définissent en s’opposant, le Canada, lui, s’affirme. Nous nous déclarons ainsi pour le commerce progressiste, pour la diversité, pour l’immigration, pour la protection de l’environnement, pour l’égalité des sexes, pour la règle de droit, pour la démocratie, pour l’égalité, pour la liberté. »

Il a également applaudi les efforts de la France pour atteindre la parité au gouvernement, un commentaire qui lui a valu une ovation debout de la part des femmes — ainsi que d’une poignée d’hommes — présentes à l’assemblée.

Garder la langue française vivante

Le premier ministre canadien a par ailleurs passé une partie de son discours à faire l’éloge de la langue et la culture françaises, une langue à laquelle les Canadiens « sont attachés », a-t-il insisté.

« Si la langue française est toujours si vivante en Amérique du Nord, quatre siècles après la naissance d’un berceau français sur le continent, c’est que le Canada, et notamment le Québec, s’est profondément engagé à la garder vivante. La France comme le Canada se doivent aujourd’hui de faire de cette langue un outil de modernité, de travail, de prospérité », a-t-il noté, avant de citer l’écrivaine acadienne Antonine Maillet, première lauréate canadienne du prix Goncourt : « Un arbre est plus qu’un arbre : il est tronc, racine, sève, feuilles, fruits, vent dans les branches, nids d’où s’échappent les oiseaux du ciel. C’est la plus belle image que m’inspire la francophonie. »

Plus tard mardi, le premier ministre se rendra à Londres pour rencontrer son homologue britannique Theresa May et la reine Élisabeth II.