Cannabis: une première formation collégiale offerte en Outaouais

Le programme d’attestation d’études collégiales offrirait des cours de base en horticulture, en biochimie et en gestion, notamment.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Le programme d’attestation d’études collégiales offrirait des cours de base en horticulture, en biochimie et en gestion, notamment.

La légalisation prochaine de la marijuana risque de faire exploser l’industrie de la production du cannabis… mais aussi la taille de la main-d’oeuvre qui devra savoir répondre à la demande de ce nouveau marché récréatif. Les producteurs auront besoin d’experts certifiés en la matière. Le Cégep de l’Outaouais propose de les former, dès cet automne.

Le collège de Gatineau espère offrir, la session prochaine, une attestation d’études collégiales d’un an et demi. Les futurs diplômés seraient certifiés « spécialistes en contrôle de la qualité et en transformation du cannabis ». Des experts capables de transformer la plante en produit séché ou en huile, ou d’en analyser la teneur en THC.

« Le gouvernement est sur le point de légaliser le cannabis. Au Cégep de l’Outaouais, on s’est dit qu’il faut vraiment encadrer tout ça, parce qu’autrement la recherche de main-d’oeuvre va se faire vers des gens qui ont acquis une certaine expérience dans le marché noir ou sur Internet avec des formations bidon. Ce n’est pas ce qu’on souhaite », explique Mimi Carrier, conseillère pédagogique au collège.

La demande de création du nouveau programme a été acheminée au ministère de l’Éducation québécois. Le cégep a bon espoir d’avoir le feu vert et de pouvoir accueillir une première cohorte d’une vingtaine d’étudiants l’automne prochain, car il estime être le seul à se préparer à offrir une formation en transformation de la plante. D’ici quelques années, le Cégep de l’Outaouais voudrait même offrir un DEC.

À force d’avoir regardé les offres dans d’autres écoles et d’autres régions, on s’est rendu compte que, finalement, on axait beaucoup [les formations] vers la culture, vers le marketing, vers la vente, ou comment financer une entreprise. Mais la portion “transformation” est laissée pour compte.

 

 Le programme d’attestation d’études collégiales offrirait des cours de base en horticulture, pour apprendre aux étudiants notamment à curer les têtes de cannabis. Des cours de biochimie leur enseigneraient à sécher la plante ou à la transformer en huile ou en liquide pour vapoteuses. Les cégépiens sauraient fabriquer des produits de cannabis pour qu’ils comportent différentes teneurs en THC. Ils apprendraient aussi à en faire l’analyse, pour en mesurer la teneur en cannabinoïdes ou y déceler des moisissures et ainsi contrôler la qualité des produits. Des cours de gestion et de sciences juridiques seraient aussi prévus, pour connaître la loi et les règlements qui encadreront la production de cannabis récréatif.

Le profil du diplômé pourrait être varié, selon Mimi Carrier : un employé de l’industrie de production ou de la future Société québécoise du cannabis, mais aussi une recrue à la Sûreté du Québec ou à l’Agence des services frontaliers, ou encore à l’Institut de santé publique du Québec ou l’Agence canadienne d’inspection des aliments. « Il va y avoir une connaissance assez pointue de toute la transformation. Donc à partir du moment où ils la connaissent, ils peuvent travailler en inspection et en contrôle de la qualité. »

Quant aux enseignants, le collège croit pouvoir compter sur son propre corps professoral. Au besoin, ses professeurs pourraient suivre une formation d’appoint chez le producteur Hydropothicaire à l’est de Gatineau.

Apprendre… sans la plante ?

Le Cégep de l’Outaouais s’est associé à l’entreprise Hydropothicaire car, malgré le fait que le cannabis sera bientôt légalisé, sa production et sa transformation demeureront très réglementées et seulement autorisées chez les producteurs approuvés par Santé Canada. Résultat : le collège ne pourra pas avoir de marijuana entre ses murs…

Les étudiants iront donc eux aussi faire un stage aux installations d’Hydropothicaire, pour y manipuler directement la plante en laboratoire.

« C’est sûr que c’est une source de recrutement qui a un potentiel immense », reconnaît Andrée St-Cyr, directrice des ressources humaines chez le producteur de cannabis de l’Outaouais.

Hydropothicaire a donc accepté de collaborer avec le cégep de la région, car elle sera la première à profiter de formations propres à sa jeune industrie. « C’est en croissance majeure, donc les besoins sont immenses », souligne Mme St-Cyr, qui verra ses effectifs tripler cette année pour atteindre près de 300 employés fin 2018.

Jusqu’à présent, Hydropothicaire a recruté dans les rangs de l’horticulture ou des domaines pharmaceutique ou de la transformation alimentaire.

« C’est une plante complexe qui ne peut pas être traitée comme des tomates », note toutefois Mimi Carrier.

Elle compare la plante à la vigne, qui offre différents cépages comme le cannabis compte diverses souches. La vigne peut en outre produire de l’alcool, tandis que le cannabis présente des effets psychotropes.

Mais le parallèle s’arrête là. Si les apprentis sommeliers doivent parfaire leur palais en goûtant des centaines de vins, les apprentis spécialistes en cannabis ne testeront pas leurs propres créations, assure Mme Carrier.

Andrée St-Cyr, elle, compte bien tenter de profiter de la première cohorte d’experts en cannabis que lui promet le Cégep de l’Outaouais. « C’est sûr qu’il y a toujours des particularités propres aux plants de cannabis, aux procédés spécifiques à notre industrie. Si on peut aller développer ces ressources-là, ça facilite beaucoup l’intégration et, à terme, le développement de notre entreprise. »