Martine Ouellet propose une refondation «intellectuelle» du parti

Entourée de quelques conseillers, Martine Ouellet a présenté vendredi une proposition de programme politique d’une soixantaine de pages.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Entourée de quelques conseillers, Martine Ouellet a présenté vendredi une proposition de programme politique d’une soixantaine de pages.

Alors qu’un groupe dissident souhaite la refondation pure et simple du Bloc québécois, la chef, Martine Ouellet, a proposé vendredi une refondation « intellectuelle » du parti.

Son projet de programme politique pour la prochaine élection inclut la constitution théorique d’un Québec souverain, qu’elle a récupéré de sa campagne à la chefferie du… Parti québécois.

En l’absence remarquée du président du parti, Mario Beaulieu, et de la vice-présidente, Kédina Fleury-Samson, Mme Ouellet a dévoilé vendredi une proposition de programme d’une soixantaine de pages. Elle qualifie celle-ci « d’innovante et moderne, en ce qu’elle s’inscrit au-delà du simple programme politique ».

Ainsi le projet explique-t-il « de quoi sera faite la République du Québec », tout en élaborant des « mesures de transition » en attendant que cela se réalise.

« D’ici à l’indépendance, nous avons une action politique à mener », a souligné en point de presse l’ancien ministre péquiste Gilbert Paquette, un des quatre rédacteurs du document. « On ne peut pas faire la défense des intérêts du Québec sans un cadre politique qui amène à faire la promotion de l’indépendance », a-t-il ajouté. C’est l’esprit du programme proposé.

Mais pour devenir officiel, celui-ci devra être adopté par les militants au Congrès national de 2019… si le Bloc n’a pas implosé d’ici là.

La proposition a en effet été dévoilée au terme d’une autre semaine chaotique pour la formation politique, plongée dans une profonde crise après la démission de sept de ses dix députés à la fin de février.

Ce groupe proteste contre le leadership de Mme Ouellet, lequel sera d’ailleurs soumis à un vote des membres du parti par référendum au début de juin. Les militants devront aussi réitérer — ou pas — leur adhésion à l’article 1 du programme actuel du Bloc.

Mais aussi, un manifeste préparé par la présidente du Forum jeunesse du parti — et appuyé par Mme Fleury-Samson — plaidait plus tôt cette semaine pour que la formation se saborde carrément afin de renaître sur de nouvelles bases. Nouveau nom, nouveau programme et nouveau chef sont au menu de cette proposition, qui pourrait être soumise pour débat lors d’un conseil général prévu à la fin du mois.

« Que des gens, de façon individuelle, en dehors des instances, fassent part de leurs opinions, ça leur appartient, a déclaré Mme Ouellet vendredi. Mais on a une démocratie au Bloc. Et pour travailler en équipe, c’est important de respecter la démocratie interne du Bloc. S’ils ont des propositions à faire à l’interne, elles seront étudiées par les instances. »

Quant à l’absence du président du parti au dévoilement d’un document central pour l’avenir du Bloc, Martine Ouellet n’y voyait rien d’anormal. « Les gens qui étaient disponibles sont venus faire un tour », a-t-elle dit aux médias.

Député d’une circonscription voisine du quartier général du Bloc, M. Beaulieu n’a pas rappelé Le Devoir vendredi. La Chambre des communes ne siégeait pas.

Mme Ouellet a soutenu que les médias accordent trop d’attention aux « mauvaises nouvelles » qui la concerne, tout en occultant les « soutiens qui s’ajoutent ». Par exemple ? Celui de l’ancien premier ministre Bernard Landry ou ceux de Gilbert Paquette et du politologue Denis Monière, aussi présent vendredi.

C’est notre responsabilité de répondre aux questions et de dire à quoi va ressembler [un Québec souverain]

 

Programme

Le programme proposé est le résultat d’un an de travail mené par un comité de quatre personnes : MM. Paquette et Monière, mais aussi le chroniqueur Pierre Dubuc (L’Aut’journal) et le juriste André Binette. Il a été adopté par le Bureau national du Bloc.

Neuf chapitres thématiques composent la proposition : indépendance du Québec, solidarité sociale, culture, justice, etc. Une déclaration « des valeurs et des principes » du Bloc ouvre le document, que conclut la « Constitution initiale de la République du Québec ».

Et pourquoi donc une constitution de la part d’un parti qui reconnaît que « seul un gouvernement indépendantiste élu à Québec permettra d’enclencher le processus lui permettant d’accéder à l’indépendance » ? C’est une question de transparence, rétorque Martine Ouellet.

« C’est notre responsabilité de répondre aux questions et de dire à quoi va ressembler » un Québec souverain, estime la chef bloquiste.

Ceux qui suivent la députée transparlementaire de près reconnaîtront dans le document l’exacte copie de ce qu’elle avait présenté en août 2016… alors qu’elle briguait la chefferie du Parti québécois.

En ce qui concerne le programme comme tel, chaque chapitre présente le cadre politique du parti, suivi d’une liste de « sujets prioritaires d’intervention d’ici l’indépendance ».

Le document sera présenté aux militants dans le cadre d’une tournée qui sera lancée la semaine prochaine.