Le référendum du Bloc québécois accueilli froidement

Lundi, Martine Ouellet était accompagnée notamment par William Fayad, membre du Bureau national du Bloc québécois, et par le député Xavier Barsalou-Duval, mais pas par le président du parti, Mario Beaulieu.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Lundi, Martine Ouellet était accompagnée notamment par William Fayad, membre du Bureau national du Bloc québécois, et par le député Xavier Barsalou-Duval, mais pas par le président du parti, Mario Beaulieu.

Le référendum souhaité par le Bureau national du Bloc québécois se tiendrait en juin parmi ceux qui étaient membres du parti en date du 24 mars, a indiqué lundi la chef, Martine Ouellet. La proposition de sortie de crise ne convainc toutefois pas les dissidents.

Si les délégués du conseil général approuvent la démarche le 29 avril prochain, deux questions seront donc soumises aux membres les 1er et 2 juin.

La première porte sur l’interprétation de l’article 1 du programme du Bloc québécois. La question, qui fait 60 mots, demande si le Bloc doit être « dans ses actions quotidiennes, et non pas seulement en théorie, le promoteur de l’option indépendantiste en utilisant chaque tribune » possible.

La deuxième est plus directe : « Acceptez-vous de renouveler votre confiance envers Martine Ouellet, chef du Bloc québécois ? »

Mme Ouellet a réitéré qu’un résultat de 50 % + 1 serait à son avis suffisant pour remporter le vote de confiance. « À 50 % +1, si on peut créer un nouveau pays, on peut certainement élire un chef », a-t-elle soutenu en conférence de presse à Montréal.

Selon l’ancien chef du Bloc québécois, Gilles Duceppe, le référendum risque de ne rien régler à la situation actuelle. « Je pense que, tant que Mme Ouellet sera là, il y aura une crise », a-t-il dit en entretien.

Deux questions

Sur la mission du Bloc québécois

« Le Bloc québécois doit-il être, dans ses actions quotidiennes, et non pas seulement en théorie, le promoteur de l’option indépendantiste en utilisant chaque tribune et chaque occasion pour démontrer la nécessité de l’indépendance du Québec tant avec les militants, les citoyens qu’avec les médias et au Parlement d’Ottawa d’ici l’indépendance, tel qu’indiqué à l’article 1 du programme du Bloc québécois ? »

Sur la confiance envers la chef

« Acceptez-vous de renouveler votre confiance envers Martine Ouellet, chef du Bloc québécois ? »

Question alambiquée

« La première question est alambiquée », dit M. Duceppe — une critique entendue sur plusieurs tribunes lundi.

L’ancien chef juge « ridicule » l’opposition que la question sous-tend entre défense des intérêts du Québec et promotion de l’indépendance. Le programme du Bloc dit d’ailleurs à l’article 1.2 que le parti « utilise chaque tribune pour démontrer la nécessité de l’indépendance du Québec ». Mais il souligne aussi à l’article 9.1 que « le Bloc Québécois défend les valeurs et les intérêts du Québec »…

Les présidents de circonscriptions qui avaient réclamé le départ de Martine Ouellet ou un vote de confiance rapide à son endroit se sont aussi dits déçus de l’annonce. Le reproche est le même : une « question tendancieuse », déplorait notamment Yvon Lévesque, ex-député et président de l’association d’Abitibi-Baie James-Nunavik-Eeyou. « Les gens vont dire qu’ils sont d’accord, prédit M. Lévesque. C’est sûr que tout le monde travaille pour la souveraineté du Québec. »

Yves Perron, de Berthier-Maskinongé, croit ainsi que des militants vont tenter de modifier la question lors du conseil général du 29 avril.

Le seuil de 50 % + 1 jugé acceptable par Mme Ouellet pour gagner le vote de confiance semble faire l’unanimité contre elle. « C’est un mépris pour tous ceux qui ont à coeur l’avenir du parti, parce que ça prend quelqu’un qui va être capable de rebâtir les ponts », fait valoir André Parizeau, président de l’association d’Ahuntsic.

« À 50 %, le parti est mort. Il perd 50 % de son membership », pense Yvon Lévesque. Gilles Duceppe fait la même lecture. En six votes de confiance au fil des ans, M. Duceppe n’a jamais eu moins de 84 %.

Qui sera le Non ?

Pour l’heure, la manière dont se déroulera la campagne référendaire n’est pas claire. Le Bureau national n’organisera pas de débat permettant de débattre des subtilités de la première question. Ce sera aux associations de circonscription de prévoir des activités si elles le désirent.

La chef a précisé que le « Bureau national est clairement sur l’option du Oui » par rapport à la première question. Martine Ouellet estime que ceux qui voudront voter « Non » à cette question sont « ceux qui ne veulent pas que [le Bloc parle d’indépendance] dans ses actions quotidiennes, avec les médias, au Parlement, donc sur chaque tribune et chaque occasion ».

« C’est ce qui a été remis en cause » par les députés démissionnaires, croit Mme Ouellet. « Ils ont exprimé un profond désaccord sur la mission du Bloc qui est inscrite à l’article 1. Pour nous, ce n’est pas incompatible de faire la défense des intérêts du Québec et la promotion de l’indépendance. » Elle juge que les démissionnaires, eux, oublient de parler d’indépendance dès qu’ils parlent aux médias ou qu’ils sont à Ottawa.

Signe des divisions qui grugent le parti, Martine Ouellet n’était entourée lundi matin que de deux députés (Marilène Gill et Xavier Barsalou-Duval) et de deux membres du Bureau national. Le président, Mario Beaulieu, était absent.

Ce dernier a indiqué qu’il « ne désirait pas être là » et a fait valoir qu’il désire demeurer neutre dans le débat.

Avec Hélène Buzetti

15 commentaires
  • Marie Nobert - Abonnée 27 mars 2018 02 h 16

    Jugement (!)

    Si la réponse à la question 1 (proposée) est négative alors il devient inutile de répondre à la seconde. Si la réponse à la question 1 (proposée) est positive alors il devient utile (sic) de répondre à la seconde. Pour ceux qui ont compris, aucune explication n'est nécessaire. Pour ceux qui n'ont pas compris, aucune explication n'est possible. Rideau.

    JHS Baril

  • Jean Duchesneau - Inscrit 27 mars 2018 04 h 08

    La vraie question 1?

    « Voulez-vous que le Bloc Québécois fase la promotion de l’indépendance exactement comme l’exige Martine Ouellet? »

    Si vous croyez en Martine Ouelle votez OUI

    Si vous n’êtes pas indépendantiste votez NON

    • Pierre Schneider - Inscrit 27 mars 2018 09 h 39

      Nenni. La première question est inutile et alambiquée.

      On tranchera avec la seconde.

      Je ne répobdrai même pas à la première. Est-ce que â éliminera mon vote ?

    • Jacinthe Lafrenaye - Inscrite 27 mars 2018 11 h 00

      Jean Duchesneau
      ce n'est pas Martine qui "exige" de faire la promotion de l'indépendance, cela fait partie du programme du parti. Votre commentaire est faux. Comme beaucoup de ceux qui critiquent Martine.

    • Jean Duchesneau - Inscrit 27 mars 2018 11 h 49

      Madame Lafrenaye,

      Dans mon comté de Joliette, je connais assez bien notre député Gabriel Ste-Marie qui était le leader parlementaire du Bloc avant sa démission. Gabriel est à la fois un fervent promoteur de l'indépendance sur toutes les tribunes et il joue son rôle de défenseur comme il le dit si bien, "de notre monde". Les autres députés du Bloc sont de cette même mouture. Le problème de Martine Ouellet, c'est qu'elle a décidé de diriger le Bloc à distance, sans connaissance adéquate de la nature des travaux parlementaires à Ottawa. Dès le départ, elle a voulu contraindre ses députés à sa volonté et ce, au jour le jour, souvent au téléphone à moins d'une heure d'une intervention publique. De son propre aveu, le style de leadership de Martine Ouellet Martine Ouellet est autocratique et peu orienté vers l'humain.

      Manon Cornelier écrivait dans l'édition du 1er mars:
      "Elle est loin de ses troupes, ce qui n’arrange rien. Elle siège toujours à Québec. Elle ne maîtrise pas les dossiers fédéraux, mais doute souvent du jugement de la plupart de ses députés sur ce front. Elle n’en a que pour la promotion de l’indépendance et affiche une incompréhension du rôle du Bloc. De toute évidence, elle loge à la mauvaise adresse et, à moins de changer radicalement de cap, elle devrait démissionner. Surtout si elle se soucie de la pérennité du Bloc."

      La question de fond est: Si Madame Ouellet est incapable de rallier sept députés convaincus de l'indépendance, comment pourra-t-elle convaincre une majorité des sept millions de Québécois, la plupart septiques.

    • Jacinthe Lafrenaye - Inscrite 28 mars 2018 17 h 10

      Jean Duchesneau

      voilà qui dit tout en quelques mots: "La seule erreur de Martine Ouellet, qui lui sera sans doute fatale, c’est d’avoir cru possible de désavouer Ottawa à Ottawa." Sébastien Ricard (Loco locass)

  • Tristan Roy - Inscrit 27 mars 2018 07 h 11

    50 plus un pas suffisant?

    Donc 50% plus un n'est pas suffisant pour qu'un référendum tranche clairement une question ? Ça prend au moins 84% ? Venant des souverainistes c'est très intéressant comme point de vue. Ils vont se le faire rappeler. Si on ajoute ça au refus de Jean-François Lisée de tenir un référendum dans un premier mandat, les fédéralistes peuvent dormir tranquille.

    Je comprend que Martine Ouellette puisse être perçue comme trop rigide, trop dirigiste, ne faisant pas assez de compromis avec ses députés pour établir des lignes de communication. Mais à force de prendre des pincettes de plus en plus grosses, des gants blancs de plus en plus épais, les souverainistes vont échapper leur option et risquent de ne pas pouvoir la rattrapper. Ils sont en train de créer des "conditions perdantes" dans lesquels va disparaitre leur projet de pays.

  • Daniel Bérubé - Inscrit 27 mars 2018 09 h 06

    J'accuse...

    Actuellement on ne se gêne pas pour casser du sucre sur le dos Martine Ouellet. Si on regarde de l'autre côté de la l'ornière, qui a-t-il? Il y a sept députés qui avait été élus sous la bannière du Bloc québécois et, qui ont démissionné. Ils ont en fait trahi leur électeurs et ne devrait même plus avoir le droit de se présenter sous celle-ci. Pourquoi? Il me semble évident que l'exécutif du parti a été enfin été pris sous contrôle par des indépendantistes plus radicaux . C'est pourquoi la promotion de la souveraineté leur fait si peur. La promotion de la souveraineté et la défense des intérêts du Québec sont pourtant complémentaires. C'est ce contrôle qui aurait dû se produire au PQ, depuis longtemps. Quand le PQ a-t-il fait la promotion pratique des avantages de l'indépendance? Je ne m'en souviens pas et, pourtant il a été au pouvoir longtemps. Ceux qui votent pour l'indépendance n'ont que faire des bons gouvernements et des carriéristes. Voter pour l'indépendance est un geste radical. Si les Québécois ne désirent pas être maître de leur destiné, c'est un choix qui est légitime alors le PQ et le Bloc devront disparaître et, les urnes en décideront. Les sept députés démissionnaires sont, à mon avis, des carriéristes. Le Bloc ne doit pas leur faire confiance à ces gens pour défendre les intérêts du Québec.

    • Michel Thériault - Inscrit 27 mars 2018 18 h 45

      "Les sept députés démissionnaires sont, à mon avis, des carriéristes." -Daniel Bérubé

      M. Bérubé, en plein dans le mille ! C'est ce que je répète depuis 2 semaines à qui veux bien l'entendre. En plus de votre qualificatif de "carriéristes", j'ajouterais celui de "provincialistes". Nous ne fonderons pas la République du Québec avec de pareils pleutres.

  • Yolande Chagnon - Inscrite 27 mars 2018 09 h 11

    C'EST ANDRÉ PRATE QUI DOIT ÊTRE CONTENT

    André Pratte, naguère à La Presse et maintenant au Sénat, prônait que pour que l'indépendance se réalise, il fallait un vote d'au moins 55% des Québécois.

    Comme si la volonté de 54,99% était insuffisante.

    En démocratie, il n'y a qu'un seuil: la majorité.

    Quand les souverainistes se divisent eux-mêmes sur la définition d'une majorité qualifiée, ils ne font que donner raison aux fédéralistes qui nous répètent "qu'on ne brise pas un pays avec un recomptage judiciaire."