Les appuis de Martine Ouellet s’effritent encore

Devant les critiques qui s’accumulent, la chef du Bloc québécois, Martine Ouellet, a accepté de se soumettre à un vote de confiance devancé dont la date n’a pas encore été fixée.
Photo: Pedro Ruiz Le Devoir Devant les critiques qui s’accumulent, la chef du Bloc québécois, Martine Ouellet, a accepté de se soumettre à un vote de confiance devancé dont la date n’a pas encore été fixée.

Les appuis de Martine Ouellet à la tête du Bloc québécois continuent de s’étioler. Non seulement Mario Beaulieu a-t-il abandonné Martine Ouellet, mais des membres de l’exécutif du parti — jusqu’à présent fidèles à la chef du Bloc québécois — sont à leur tour en train de lui retirer leur appui.

Selon nos informations, la présidente du Forum jeunesse du Bloc québécois et ancienne attachée de presse de la chef bloquiste, Camille Goyette-Gingras, s’apprêterait à abandonner Mme Ouellet. Mme Goyette-Gingras n’a pas répondu aux questions précises du Devoir en ce sens vendredi.

Quant à Mario Beaulieu — allié indéfectible de Martine Ouellet depuis la première heure et président du parti —, il lui a déjà carrément demandé sa démission dimanche dernier.

Un troisième membre du Bureau national du Bloc — sorte d’exécutif du parti — a également demandé à la chef de quitter son poste et de se présenter à sa propre succession. L’idée serait de créer une course à la chefferie qui compterait plus d’un seul candidat. Si Mme Ouellet l’emportait, cela ferait taire les critiques, explique une source en coulisses.

Un autre membre du Bureau national continue au contraire d’appuyer Mme Ouellet. « Martine, elle représente toujours officiellement le parti, assure William Fayad. Tant que je ne vois pas qu’elle a fait une gaffe, que toujours elle défend le parti, le programme et les statuts, je n’ai rien contre. »

Le trésorier du Bureau national, Jules Gagné, soutient encore Martine Ouellet lui aussi. Mais il craint qu’avec son désaveu, Mario Beaulieu soit « en train de lui donner son coup de mort […]. Parce que si Mario [Beaulieu] s’en va, il y a peu de chances que Martine [Ouellet] puisse passer à travers ».

M. Beaulieu a recruté bon nombre des présidents d’association de circonscription, note M. Gagné, et ceux-ci risquent de le suivre s’il abandonne la chef. « La légitimité de Martine Ouellet va être beaucoup moins forte. »

M. Gagné reste loyal à Mme Ouellet pour l’instant. Il attend de voir si l’appel, rendu public vendredi, de 29 associations de circonscription demandant la tenue d’un vote de confiance d’ici le 15 mai provient bel et bien des exécutifs en entier et pas seulement de leurs présidents. Si tel est le cas, « ça va peut-être être un peu trop pour que je reste », a-t-il reconnu.

« Je n’ai pas envie de travailler pour la moitié du parti. J’avais l’impression qu’il en restait au moins les trois quarts. »

Militants furieux

Un autre membre du Bureau national est le président de l’association bloquiste de Louis-Hébert, Benoît Lemieux. Il avait signé la lettre d’appui à Martine Ouellet, il y a deux semaines. Or, une source a confié au Devoir que les militants de la circonscription étaient furieux de cette prise de position et auraient réclamé une assemblée générale spéciale pour le rappeler à l’ordre.

Le Bureau national compte 13 postes, dont un qui est présentement vacant. Une rencontre est prévue samedi à Montréal.

Le leadership de Martine Ouellet a été critiqué par les sept députés qui ont quitté le caucus bloquiste il y a trois semaines. Devant les critiques qui s’accumulaient, Mme Ouellet a accepté de se soumettre à un vote de confiance devancé dont la date n’a pas encore été fixée.

Sortant de son mutisme vendredi soir, Mme Ouellet n’a donné aucun signe qu’elle avait l’intention de quitter ses fonctions. Elle a publié une lettre sur son compte Facebook dans laquelle elle réitère son intention de parler d’indépendance chaque fois que le Bloc québécois se prononce sur la place publique.

« L’indépendance, il faut en parler tout le temps, tous les jours, sur toutes les tribunes, de toutes les façons. »

Mise en demeure expliquée

Par ailleurs, l’avocat de Mme Ouellet, Guy Bertrand, a tenu une conférence de presse à Québec pour dévoiler la teneur de la mise en demeure qui a été envoyée à l’émission La joute pour son segment du 8 mars dernier. On y reproche aux quatre panélistes d’avoir « tous choisi sans nuance aucune de [s’en] prendre pendant six minutes à la personne de madame Martine Ouellet ».

L’avocat accuse le panel d’avoir soutenu que la chef bloquiste était « malhonnête ». Le panel déplorait que le Bloc québécois ait décidé de tenir un référendum pour confirmer la mission du parti, mais ait refusé d’interroger aussi les membres sur le leadership de Mme Ouellet. Depuis, le parti a changé d’avis et a accepté de poser cette seconde question.

« C’est malhonnête, c’est malhonnête », avait dit notamment Caroline St-Hilaire. Bernard Drainville avait soutenu que « c’est sûr que la question qui va être posée va être écrite pour qu’elle obtienne ce qu’elle veut. Elle va être rédigée pour obtenir le résultat qu’elle souhaite ».

« Nous n’entretenons aucun doute à l’effet que le téléspectateur raisonnable qui aurait regardé cette partie de l’émission La joute et écouté vos propos comprendrait que notre cliente est une femme malhonnête qui est prête à tout pour arriver à ses fins, y compris à utiliser des manoeuvres douteuses », écrit Me Bertrand.

Cette émission, écrit-il, « constitue un acte diffamatoire ». « Les insinuations étaient de nature à nuire à la réputation, à l’honneur et à la dignité de notre cliente en l’exposant notamment à la haine, au mépris ou au ridicule, ou destinées à outrager ou offenser sa personne. » L’échange entre les panélistes « a causé des dommages et des inconvénients de toutes sortes à notre cliente et sa famille tout entière, notamment à ses deux enfants et à sa mère ».

En conférence de presse, Me Bertrand a rappelé que « l’honnêteté pour un politicien, et particulièrement pour un chef de parti, c’est le socle, c’est la base, la pierre angulaire de toute sa carrière politique ». La mise en demeure exigeait qu’une rétractation soit lue en ondes. TVA n’ayant pas obtempéré, le camp Ouellet se réserve le droit d’exiger une compensation financière. Me Bertrand a laissé entendre qu’il pourrait agir à titre pro bono.

 

15 commentaires
  • Tristan Roy - Abonné 23 mars 2018 15 h 26

    Débâcle

    Bien hâte de voir l'impact de la débâche du Bloc sur le PQ l'automne prochain. J'espère que Jean-François Lisée se magazine un emploi après le 1er octobre. Après Ouellet ça va sûrement être son tour.

    La suite risque d'être assez moche... Le Bloc et le PQ décapités, réduits à l'état de tiers partis... Les factions vont s'entre déchirer à Ottawa et à Québec... Certains vont se rallier à la CAQ, d'autres à QS, d'autres aux conservateurs ou au NPD...

    Ça sent l'agonie... Mais peut-être tournerons nous la page pour aborder une nouvelle ère de la politique Québécoise?

    • Solange Bolduc - Inscrite 23 mars 2018 16 h 52

      Pas aussi pessimiste que vous, M. Roy ! Le Bloc est de trop, il faut concentrer nos énergies au Québec: travailler avec le PQ.

    • Gilles Théberge - Abonné 23 mars 2018 18 h 51

      Ça vous fait plaisir monsieur Roy...

    • Pierre R. Gascon - Abonné 23 mars 2018 22 h 25

      JFL joue pour gagner monsieur Roy, ne vous en déplaise.

    • Jean-Marc Simard - Abonné 24 mars 2018 06 h 23

      Monsieur Roy vous dites n'importe quoi...Mais vous avez le droit de rêver en flottant sur le nuage gris de QS...

    • Claude Laforce - Abonné 24 mars 2018 15 h 35

      Quelle perte d'énergie et de temps dans cette cause perdue ...

  • Colette Pagé - Inscrite 23 mars 2018 16 h 42

    Pour dénouer la crise !

    Seule solution pour dénouer la crise à moins que l'élection de Martine Ouellet entraîne un schisme dans le parti. Ce qui enverrait un bien mauvais message aux électeurs et affecterait à terme le PQ. Car lorsqu'un membre de la même famille est dans le trouble, les autres ne peuvent pas rester indifférents à ce qui lui arrive.

  • Marc Therrien - Abonné 23 mars 2018 17 h 18

    Trop d'indépendance tue l'indépendance


    Le Bloc Québécois était une histoire d’amour qui ne devait pas durer toujours. Dans ce monde d’impermanence permanente où tout passe, tout s’use et où tout ce qui commence se termine, la fin est inscrite dans le début. Ainsi, on pourrait assister bientôt à la fois à la mort du Bloc Québécois tel qu’on l’a connu et à la non naissance de son projet mort-né d’exister autrement. Souffrant maintenant «De l’inconvénient d’être né», on pourrait dire avec Émile Cioran que «la hantise de la naissance, en nous transportant avant notre passé, nous fait perdre le goût de l'avenir, du présent et du passé même.»

    Marc Therrien

    • André Joyal - Abonné 24 mars 2018 08 h 11

      M. Therrien, votre commentaire se lisait bien jusqu'à ce que vous ne puissiez éviter de nous sortir votre dctionnaire de citations. Merci de veillez à notre culture.

    • Solange Bolduc - Inscrite 24 mars 2018 09 h 24

      Quel est le lien avec votre citation et le Bloc, M. Therrien ? Je dois être très stupide de ne rien y comprendre?

    • Marc Therrien - Abonné 24 mars 2018 12 h 59

      @ Mme Bolduc,

      Certes, Émile Cioran n'avait probablement rien à dire sur l'existence et le devenir du Québec. Je retourne souvent à Cioran quand je cherche une façon d'exprimer cette angoisse existentielle qui peut amener un individu ou un groupe social à être tenté de s'anéantir par peur de vivre voire de naître à nouveau. Je cherche encore ce qui hante tant le Québec pour qu'il s'empêche de naitre. Pour le reste, je fais appel à des citations quand je ne trouve pas de meilleurs mots ou phrases pour exprimer ce que je veux dire; ce que j'imagine apprécient les auteurs qui se sont donnés la peine de les écrire, qu'ils soient disparus ou encore avec nous.

      Marc Therrien

    • Solange Bolduc - Inscrite 24 mars 2018 16 h 09

      Vous n'avez aucune idée des raisons de ce que vous avancer: «... cete angoisse existentielle qui peut amener un individu ou un groupe social à être tenté de s'anéantir par peur de vivre voir de naître à nouveau.»

      Imaginez-vous que j'y pense à ça, et il m'arrive souvent de penser que nous avons été dominés par le clergé et les British, et que nous n'avons pas développé, en général, cette puissance de parler non seulement de nos émotions profondes, mais de trouver ou faire l'effort de nous défendre contre l'autorité ou le pouvoir en place. On a délaissé la religion qui nous étouffait, mais on manquait d'une éducation solide pour apprendre à se défendre, à argumenter, à faire nos propres choix (comme si nous n'en avions pas le choix),

      Le silence imposé a remplacé la peur d'être, de vivre, de renaître pour mieux s'épanouir individuellement ou comme nation.

      Le silence ou la peur est un massacreur de conscience, de dignité humaine. Quand on a peur on cherche la protection de l'autorité, on craint de se lancer dans l'inconnu, on a peur du risque, et cette peur de risquer d'aller vers l'inconnu, n'est pas le propre des Québécois seulement ! On lasse les autres penser à notre place, faire nos propres choix !
      Pascal a écrit: «Toute dignité consiste donc en sa pensée. » Nous ne sommes pas un peuple libre, hélas! libre de faire nos propres choix: trop aveuglé par l'autorité,le pouvoir des autres, car nous n'en avons pas sur nous-mêmes. Incapable de sortir de ce carcan, celui de notre propre enfermement comme peuple. Et cela, nécessairement déteint sur les individus.

  • Marie Nobert - Abonnée 24 mars 2018 01 h 51

    L'«estradier», la «meneuse de claques» et la «dégelée» du printemps 2018. (!)

    Sans commentaire.

    JHS Baril

  • Lucien Cimon - Abonné 24 mars 2018 10 h 41

    Ouf! Quelle photo géniale, M. Ruiz!
    Toute une tragédie en une image.