Le référendum du Bloc se doublera d’un vote de confiance à l’égard de Martine Ouellet

Martine Ouellet
Photo: Pedro Ruiz Archives Le Devoir Martine Ouellet

Les critiques auront eu raison de l’inflexibilité de Martine Ouellet. La malmenée chef du Bloc québécois accepte de se soumettre à un vote de confiance plus tôt que prévu et auprès de tous les membres de la formation politique.

« Ce qui se passe, ça fait réagir », a-t-elle reconnu en point de presse lundi. Selon Mme Ouellet, il s’agit de revenir à la démocratie. « Quand des gens décident de sortir des instances et d’aller faire des demandes à travers les médias avec un grand nombre de calomnies, ce sont des tentatives de putsch, et ce n’est pas ce que l’on souhaite avoir. Nous sommes un parti démocratique qui appartient à ses instances, qui appartient à ses membres, et je pense qu’il est très important de revenir à la base. »

Pour « revenir à la base », Martine Ouellet propose donc un référendum. Elle s’était déjà engagée à en tenir un pour sonder tous les membres du parti sur l’orientation que devrait prendre le Bloc : promouvoir à chaque instant la souveraineté ou se porter à la défense des intérêts du Québec à Ottawa. Elle promet aujourd’hui d’ajouter une seconde question afin de trancher une fois pour toutes la question de son leadership.

Depuis le départ fracassant de sept des dix députés bloquistes, plusieurs militants ont publiquement demandé à Martine Ouellet soit de quitter son poste de chef, soit de se soumettre à un vote de confiance devancé. Un tel vote est déjà prévu, mais seulement lors du congrès devant se tenir en mai 2019. Selon Mme Ouellet, il était trop compliqué de modifier cet échéancier.

« Pour tenir un vote de confiance plus tôt que 2019, ça aurait pris un congrès extraordinaire et la mécanique d’un congrès extraordinaire est quand même assez complexe et assez longue », a expliqué la chef. Le référendum permet de contourner les statuts et règlements du parti et de consulter librement l’ensemble des quelque 20 000 membres. Le vote qui était prévu en 2019 aurait été mené seulement auprès des quelques centaines de délégués présents au congrès, ce qui faisait craindre à certains que l’entourage de la chef s’organise pour écarter les insatisfaits.

Selon les informations du Devoir, des opposants à Mme Ouellet s’organisaient en coulisses pour devancer le vote de 2019 grâce à une résolution qui aurait été débattue au conseil général du 29 avril prochain. Le seuil des 25 appuis de présidents d’association de circonscription nécessaires était déjà dépassé, indique-t-on. Mme Ouellet nie avoir voulu s’éviter une nouvelle humiliation en acceptant d’elle-même de devancer le vote de confiance. « Non, pas du tout, parce que pour l’instant, ce n’est rien qu’au stade de rumeurs. »

La date de ce référendum n’a pas encore été arrêtée, mais « on souhaite que ça se fasse dans un échéancier relativement rapproché », a indiqué Mme Ouellet. Quand un journaliste lui a demandé si elle pourrait tenir ce référendum aussi tardivement qu’en février 2019, par exemple, la chef a écarté cette possibilité du revers de la main. « Non, non, non. » Mme Ouellet a aussi laissé entendre que tenir un vote en pleine campagne électorale québécoise, qui doit avoir lieu cet automne, n’était pas idéal non plus. Tout cela porte à croire que ce référendum pourrait avoir lieu d’ici la fin de l’été.

Quant au seuil d’appuis que Mme Ouellet estime nécessaire pour rester en poste, elle le fixe au minimum. « C’est comme tout vote de confiance. Donc c’est 50 %+1. »

Le député dissident Luc Thériault raille ce choix. « J’ai rarement vu un chef considérer qu’un vote de confiance à 50 % +1 est suffisant », dit-il. Le pire score jamais obtenu par Gilles Duceppe avait été de 84,4 % en 2003. Les modalités du référendum seront arrêtées le 29 avril prochain. Le référendum devrait se faire par téléphone ou en ligne.

16 commentaires
  • Jean Duchesneau - Abonné 20 mars 2018 05 h 29

    Le référendum de la division!

    Question 1: Voulez vous A: que le BQ défende les intérêts du Québec ou B: qu’il fasse la promotion de l’indépendance? Que répondre à cette question? A ou B, A+B, si A alors B. À date, je trouve que les députés du BQ étaient dans le scénario A alors B alors que Martine elle, dit B sans A. J’anticipe déjà la stérile guerre de mots pré-référendaire qui accentuera la division des souverainistes.

    Question 2. Est-ce que Martine Ouellet possède les qualités nécessaires à la direction d’un parti politique: Oui ou Non?
    À cette question point d’équivoque: Si Martine avait été une vrai rassembleuse, une leader efficace, elle aurait encouragé ses 7 députés à continuer dans la voie A, et elle et Mario, se seraient concentrés sur B. Le problème de Martine et Mario, c’est qu’ils croient dur comme fer que A s’oppose à B. Il semble que dans leur imaginaire, il faudrait laisser le Canada ruiner le Québec afin de promouvoir l’indépendance. C’est la position victimaire. À mon avis, l’indépendance ne doit pas se faire « contre » le Canada, mais « pour » notre émancipation collective comme peuple. En attendant, il faut que nos intérêts soient défendus, autant se faire que peut!

  • William Dufort - Abonné 20 mars 2018 06 h 44

    Le déni

    Après avoir été rejetée par 70% de son caucus, Mme Ouellet se satisfera de 50% plus un du vote des membres du Bloc pour rester en poste. Impossible de viser plus bas. Ça s'appelle s'accrocher. C'est la fin pour Mme Ouellet. Reste à savoir si elle entrainera le Bloc avec elle.

    • Pierre Schneider - Abonné 20 mars 2018 11 h 35

      Bernard Landry avait quitté la chefferie du PQ avec plus de 75%

    • William Dufort - Abonné 20 mars 2018 12 h 33

      À Pierre Schneider,

      Et lui, c'était un vrai chef.

  • Raymond Chalifoux - Abonné 20 mars 2018 06 h 57

    Sans intérêt

    Un article sur le Brylcreem, quêqu'un?

    • Pierre Samuel - Abonné 20 mars 2018 10 h 27

      @ M. Chalifoux :

      Très bonne idée ! Ou encore sur les pesticides, le printemps s'en vient...

  • Jean Duchesneau - Abonné 20 mars 2018 07 h 18

    Le référendum de la division!

    Question 1: Voulez vous A: que le BQ défende les intérêts du Québec ou B: qu’il fasse la promotion de l’indépendance? Que répondre à cette question? A ou B, A+B, si A alors B. À date, je trouve que les députés du BQ étaient dans le scénario A alors B alors que Martine elle, dit B sans A. J’anticipe déjà la stérile guerre de mots pré référendaire qui accentuera la division des souverainistes.

    Question 2. Est-ce que Martine Ouellet possède les qualités nécessaires à la direction d’un parti politique: Oui ou Non?
    À cette question point d’équivoque: Si Martine avait été une vrai rassembleuse, une leader efficace, elle aurait encouragé ses 7 députés à continuer dans la voie A, et elle et Mario, se seraient concentré sur B. Le problème de Martine et Mario, c’est qu’ils croient dur comme fer que A s’oppose à B. Il semble que dans leur imaginaire, il faudrait laisser le Canada ruiner le Québec afin de promouvoir l’indépendance. C’est la position victimaire. À mon avis, l’indépendance ne doit pas se faire « contre » le Canada, mais « pour » notre émancipation collective comme peuple. En attendant, il faut que nos intérêts soient défendus, autant se faire que peut!

  • Tristan Roy - Abonné 20 mars 2018 08 h 05

    Insatisfaction

    C'est normal que le vote de confiance proposé ne soit pas satisfaisant. Les opposants veulent la question suivante: "Voulez vous que Martine Ouellet parte: oui ou oui" Quant au pourcentage, bien évidemment n'importe quoi sous 100% ne sera pas satisfaisant.
    Je n'ai jamais vu un tel nynchage politique et je suis étonné de ne pas voir plus de gens, peu importe leur allégence politique, défendre la cheffe du Bloc Québécois. Ça créé un précédent dangereux qui pourrait à terme toucher d'autres partis.
    Le message aux militants de parti politique est le suivant: vous pouvez aller vous rabilller avec vos votes à la chefferie, ce sont les députés qui décident qui est le chef et si vous élisez quelqu'un d'autre, les députés vont le pourrir jusqu'à ce qu'il quitte.
    Ça me conforte tout à fait de demeurer neutre comme électeur et de donner mon appuis au mérite quand l'élection arrivera.

    • Sylvain Deschênes - Abonné 20 mars 2018 10 h 56

      Je suis tout à fait en accord avec vous: jamais vu un tel lynchage. Comment voulez-vous que Martine Ouellet obtienne un résultat au dessus des 80% après la campagne de salissage dont elle a été l'objet?
      D'accord avec vous également sur le dangereux précédent en ce qui concerne les députés qui se croient au-dessus des militants.
      Dire que le Bloc obtenait de très bons résultats dans les sondages avant cette fronde. Il faut croire que certains ne voulaient surtout pas que cela fonctionne.
      Sylvie Ménard

    • Jean Duchesneau - Abonné 20 mars 2018 16 h 16

      Vous connaissez Gabriel Ste-Marie, Louis Plamondon, Monique Pauzé, Michel Boudrias, Rhéal Fortin, Simon Marcil, Luc Thériault? Vousx connaissez Martine Ouellet, Mario Beaulieu? Croyez vous que ces sept députés ont cervé l'abcès de gaité de coeur?

      Martine Ouellet n'a pas réussi à se faire élire à la chefferie du PQ et a mittraillé le chef élu. Elle est une personne qui veut absolument avoir raison d'un style très autocratique. Elle a de belles qualités, mais elle n'a pas le leadership pour diriger un parti politique. La règle numéro un, c'est d'être rassembleur. Si elle n'a pas su unir 7 députés à sa vision, comment peut-elle espérer convaincre 7 millions de Québécois en majorité septique.