Bloc: les appuis à Martine Ouellet auraient été exagérés

Martine Ouellet
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne Martine Ouellet

Les appuis à Martine Ouellet n’ont peut-être pas autant de poids que ce qui est clamé. Le Bloc québécois a beau s’être vanté que 30 associations de circonscriptions soutenaient la chef, des vérifications faites par Le Devoir ont permis de constater que plusieurs de ces appuis étaient personnels et n’engageaient pas l’exécutif de la circonscription en entier. Dans au moins un cas, un président d’association bloquiste a carrément demandé au parti de retirer son nom.

Une semaine après la démission fracassante de sept des dix députés bloquistes, les instances du Bloc québécois ont diffusé une lettre d’appui à la chef Martine Ouellet. Or, trois des signataires ont confirmé au Devoir qu’ils avaient entériné la missive uniquement en leur nom personnel.

À Bellechasse-Les Etchemins-Lévis, l’exécutif a adopté de façon unanime une motion réclamant un vote de confiance d’ici juin si Martine Ouellet et les sept députés qui l’ont désavouée ne parviennent pas à se réconcilier.

Pourtant, le président Olivier Pouliot-Audet figure parmi les signataires de la lettre de soutien à la chef. « Il a fait une gaffe — c’est-à-dire qu’il a donné son appui avant de consulter son exécutif », explique Gaston Cadrin, qui siège au sein de l’exécutif bloquiste de la circonscription de la région de Québec.

« Ma signature était plus personnelle. Ce n’était pas une signature qui représentait l’exécutif », confirme M. Pouliot-Audet au Devoir. « J’ai demandé au bureau national, après la parution de la lettre, de retirer mon nom », confie-t-il en entrevue. Le parti n’a cependant pas encore envoyé de rectificatif aux journalistes qui ont reçu la lettre d’appui la semaine dernière.

Olivier Pouliot-Audet trouve « dommage » que l’envoi du Bloc québécois n’ait pas indiqué plus clairement les présidents qui s’étaient exprimés en leur propre nom. « Parce qu’il y a quelques présidents qui ont signé ça à titre personnel aussi, sans nécessairement consulter leur exécutif », relate-t-il.

C’est le cas de Christian Rivard, de l’association bloquiste d’Abitibi-Témiscamingue. « Je l’ai signée [la lettre d’appui] à titre de président, mais on n’était pas tenus de consulter les membres », a-t-il indiqué au Devoir mercredi. L’exécutif de la circonscription a été dissous après l’élection de 2015 et est en voie de reconstruction. Deux des membres — qui n’ont pas encore été élus au conseil exécutif — auraient donné leur accord à l’appui de M. Rivard à la chef. Mais le président admet qu’une autre membre de l’exécutif « semblait avoir des réserves » — une information corroborée par une source du Devoir.

Les bloquistes de Laurentides-Labelle ont quant à eux convenu de rester neutres dans cette crise qui secoue le Bloc québécois. Mais le nom du président de leur exécutif, Frédéric Labrie, figure lui aussi parmi les signataires de la lettre de soutien à Martine Ouellet. « Je l’ai signée personnellement, pas au nom du comté », a-t-il affirmé à son tour au Devoir. M. Labrie s’était lui-même dit derrière la chef, la semaine dernière, mais il avait reconnu que son exécutif était très divisé, d’où son désir de rester neutre. « On est toujours aussi divisés », a réitéré M. Labrie mercredi.

Des appuis d’alliés camouflés ?

La missive distribuée par le Bloc québécois pour calmer la crise avait pourtant été présentée par l’un de ses employés comme une lettre « que des circonscriptions ont fait parvenir au bureau national pour exprimer leur appui à la chef Martine Ouellet ».

En réalité, Christian Rivard rapporte que « c’est le bureau national directement » qui lui a envoyé la lettre par courriel. L’envoi provenait d’un président de circonscription qu’il n’a pas voulu nommer, et le président du parti et député — et fidèle allié de Martine Ouellet — Mario Beaulieu était en copie conforme. Olivier Pouliot-Audet a quant à lui été invité par téléphone par un président de circonscription à signer la lettre.

Certains membres d’exécutifs bloquistes notent que, parmi les circonscriptions signataires, certaines ont vu leur association démantelée à la suite de l’élection de 2015 et auraient été prises en charge, selon eux, par le bureau national —sorte d’exécutif du parti.

Une source du Devoir fait remarquer que Christian Rivard, d’Abitibi-Témiscamingue, a été président intérimaire du Mouvement Québec français — qu’a présidé Mario Beaulieu. Frédéric Labrie, de Laurentides-Labelle, est de son côté un ancien de la Société Saint-Jean-Baptiste — qu’a présidée aussi Mario Beaulieu.

Cinq autres présidents de circonscription signataires de la lettre de soutien à Martine Ouellet ont confirmé au Devoir qu’ils l’avaient fait avec l’appui de leur conseil exécutif — ceux de Manicouagan, de Shefford, de Longueuil–Saint-Hubert, de LaSalle-Émard-Verdun et de Pierre-Boucher–Les Patriotes–Verchères.

Julien Valois-Francoeur, de LaSalle, est membre du bureau national. Jean-Marc Duval, de Pierre-Boucher, est le père du député local Xavier Barsalou-Duval (lui aussi un allié de Martine Ouellet).

Depuis que sept des dix députés bloquistes ont claqué la porte du caucus, en désaveu à la chef, douze associations bloquistes ont réclamé la démission de Martine Ouellet ou que soit devancé un vote de confiance à son endroit. Le prochain congrès national du Bloc québécois — où se tiendra un vote de confiance — est prévu au printemps 2019. Certains exécutifs réclament qu’il se tienne dès ce printemps ou à l’automne.

Lucien Bouchard «très découragé»

L’ancien premier ministre du Québec Lucien Bouchard, fondateur du Bloc québécois, se dit «très découragé» de voir ce qui se passe présentement au Bloc.


M. Bouchard, qui s’était abstenu jusqu’ici de commenter la crise vécue par le Bloc québécois, a brièvement accepté de commenter la situation, jeudi, lorsque La Presse canadienne l’a interrogé à ce sujet, à l’issue de la conférence de presse de la Fédération des médecins spécialistes, à laquelle il participait à titre de conseiller spécial de la FMSQ pour ce dossier.
 

Il s’est d’abord fait hésitant, avant de se laisser tenter, lui qui a fondé ce parti aujourd’hui en crise: «d’accord, je vais en faire un commentaire, un», a-t-il lancé.
 

«Quand on a été le fondateur du Bloc, qu’on sait ce que le Bloc a réussi à faire, avec ses réussites, avec ses échecs, et qu’on regarde ce qui se passe présentement, on est très découragé», a-t-il lancé.

Lia Lévesque

12 commentaires
  • Jean Duchesneau - Abonné 15 mars 2018 02 h 26

    Quelle malheureuse division!

    Au moment même où il serait crucial d’être unis: à Québec à cause de l’élection qui approche et à Ottawa, à cause de l’impopularité grandissante des libéraux et de la faiblesse du NPD au Québec.

    Un chef doit être rassembleur. Qu’adviendra-t-il si Martine recueille 51%, voir 65% d’appui. Rappelons-nous la démission de Bernard Landry après un vote de confiace de 76%.

    Martine Ouellet a de belles qualités dont une très grande détermination. Toutefois, « on ne tire pas sur une fleur pour la faire pousser ». Son style naturel de leadership ne convenant pas à la situation, je crois sincèrement qu’elle devrait quitter son poste.

  • Michel Blondin - Abonné 15 mars 2018 09 h 15

    L'enquête de quoi?

    À force de chercher, on trouve toujours des puces. C'est vrai pour tous les partis, toutes les organisations. L'enquête a pour but de trouver une erreur de conformité avec les règles sociétales. On questionne, on analyse, on scrute, on retourne chaque pierre et on trouve toujours de quoi se mettre des morceaux sous la dent.
    C'est un métier infaillible. Un agent faisant du zèle a tous les droits de donner un constat d'infraction à 101 km/h, preuve à l’appui. D'ailleurs, la limite de vitesse à 100 km/h, dont la tolérance, jusqu'à 120 km/h est un bon exemple de la situation de chercher l’erreur pour la trouver.
    La direction du LeDevoir a décidé d'investir dans le creusage des opinions internes à ce parti. La récolte de chaque enquête n’a pas donné grand-chose. Mais grâce au principe qu’il ne faut pas cessé de chercher pour trouver, il trouvera un os archéologique loin des arguments rationnels et cohérent de prise de position de l’évolution de la société québécoise.

    Sa position constitutionnelle, c’est mon opinion de lecteur, en porte à faux de cohérence avec une pseudo-fédération déréglée, ressemble drôlement à celle des autonomistes dans le cadre de la fédération. Les cinquante dernières années ont montré avec l’Option –Québec le cul de sac comme les Duceppe et Thériault tentent de faire perdurer la sauce.

    J'espère qu'il trouvera mieux par ses journalistes que ces balivernes dites par des personnes en mal de nouvelles ou qui n'ont pas toujours réfléchis ou consultés avant de parler devant l'immédiateté de briller. Il faudra un peu mieux sinon, à défaut de ne pas savoir où il s’en va, il tombera dans le jaunisme et les potins.

    • Dominique Vadeboncoeur - Inscrit 15 mars 2018 11 h 16

      Je crois qu'on fait affaire avec un supporteur de Martine ici.

    • Michel Blondin - Abonné 15 mars 2018 15 h 14

      Monsieur Vadeboncoeur,
      Plus qu’un partisan de Martine, je suis un partisan du respect des règles démocratiques. Il est impératif de suivre les règles organisationnelles dans tous partis. Sinon c’est l’anarchie. Personne ne décide en bande organisée pour détourner le sens de la démocratie. Le respect des gestes démocratiques débute par le respect des instances élues. Je ne suis pas plus pour la loi et l’ordre que toute personne raisonnable. Indispensable!
      Trouvez un parti qui laisse un groupe faire la loi en dehors des instances du parti! Le Bloc québécois n’a pas la possibilité de créer une émulation entre candidats ministrables, ce qui inciterait au devoir de réserve et à une retenue de critiquer.
      Aussi, il ne faudrait pas demander aux ex-dirigeants sous l’ancien régime combien de personnes ont eu leur carrière politique abrégée.

      Vous avez peut-être mal compris que pas un parti, ses élus ne peuvent se soustraire au principe de protéger le parti et ses dirigeants des sous-groupes contestataires ou hostiles. Aucun des sept n’a eu le courage au moment voulu d’utiliser la démocratie pour faire valoir ses idées. Thériault savait qu’il ne pouvait que critiquer. Ils ont utilisé le pire des moyens et le plus agressif pour attaquer la crédibilité.

      Quand Aussant, Lapointe, Curzi, Beaudoin ont quitté le parti sous Pauline Marois, ils ont respecté les structures. Ils ont eu le courage de partir en respectant l’organisation.

      Les députés rebelles du Bloc se disent fidèles aux convictions de la nécessité de faire un pays et en même temps, agissent publiquement pour saboter la crédibilité du parti, la structure interne d’organisation et sa cheffe.Pas fort diriez-vous! Habituellement, universellement et objectivement, c’est l’expulsion. En politique le manque de cohésion et de fidélité se paie au fort prix. En bande, ils ont choisi la confrontation publique. Bref, ne pas appuyer l'organisation en place, c'est de jouer le jeu des adversaires.

  • Bernard Tessier - Inscrit 15 mars 2018 09 h 25

    Simple

    La situation est Simple Martine Oullet doit quitter et Beaulieu doit arrêter sa manipulation dans ce part

  • Jean-Marc Simard - Abonné 15 mars 2018 09 h 32

    Pauvre Martine, pauvre Bloc...

    S'accrocher au pouvoir comme elle le fait devient presque démentiel...Je suis membre du bloc et je n'approuve aucunement ce qui s'y passe...Je suis de plus en plus convaincu que Mario Beaulieu est le grand trouble fête qui tire les ficelles pour faire adopter une stratégie de parti qui va nul part...Un entêtement aussi forcené n'est pas du leadership mais de l'obstination qui frise le ridicule...On dit de Martine qu'elle est une femme déterminée...Quant à moi je la vois plutôt comme une femme obstinée qui fonce aveuglement sur une route sans issue...Elle est marquée par le syndrôme du leader autocrate et l'on sait où ce syndrôme conduit...Pourquoi refuser le vote de confiance ? Pourquoi refuser de remettre en jeu son leadership ? Pourquoi s'accrocher à un pouvoir qu'elle n'a jamais eu, sauf dans sa tête et dans celle de ceux qui ont approuvé sa nomination comme chef de parti ? Pourquoi les instances nationales refusent-ils une course à la chefferie ? Il y a anguille sous roche...On ne pouvait mieux s'y prendre pour affaiblir un parti et le voir disparaître...Pauvre Martine...Pauvre Bloc...

    • Luc Bertrand - Abonné 15 mars 2018 15 h 40

      Je suis désolé de vous contredire, monsieur Simard, mais tou.te.s ceux et celles qui étaient contre les idées de Martine Ouellet ont eu un an et demi pour démontrer leur intérêt pour le poste de chef du Bloc québécois. Personne ne l'a fait. Il y a eu, bien sûr, le comédien et militant indépendantiste Denis Trudel qui a été plébiscité par des membres, mais celui-ci, qui appuyait déjà Martine Ouellet lors de la dernière course à la direction du Parti québécois, s'est immédiatement rangé derrière elle quand elle a démontré son intérêt à diriger le Bloc québécois. Y a-t-il eu un signe d'intérêt parmi les 7 député.e.s démissionnaires, à l'époque? Non. AUCUN INTÉRÊT. Pourtant, tou.te.s avaient très bien vu dans quelle direction Martine Ouellet voulait aller lors des DEUX courses à la direction du PQ! Ils/elles n'ont, pourtant, RIEN FAIT! Bien au contraire, ils/elles semblent avoir attendu la confirmation de l'élection de Martine Ouellet comme nouvelle cheffe du BQ pour contester son autorité et sa manière de faire.

      S'il y a bien quelqu'un qui est à blâmer pour tout le cirque médiatique pitoyable et révoltant entourant Martine Ouellet et le Bloc québécois, depuis deux semaines, c'est bien les sept mutin.e.s qui ont choisi de se faire justice contre les instances et la démocratie du parti.

      Luc Bertrand
      Pointe-aux-Trembles

  • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 15 mars 2018 09 h 36

    Yahou !

    « On est toujours aussi divisés » (Frédéric Labrie, Président exécutif, BQ Laurentides-Labelle)

    Qu’on aime ou selon Mme Ouellet, l’important demeure que le BQ poursuive, de sagesse et de solidarité, « sa » mission-mandat !

    Yahou ! - 15 mars 2018 -