Andrew Scheer courtise les Québécois

Le chef conservateur Andrew Scheer
Photo: Adrian Wyld La Presse canadienne Le chef conservateur Andrew Scheer

Le chef conservateur Andrew Scheer espère profiter de la débandade bloquiste et des récents faux pas libéraux pour attirer les Québécois dans le giron de sa formation aux élections d’octobre 2019.

Dans une lettre ouverte publiée mardi, il lance un appel aux « nationalistes qui en ont assez des chicanes et des crises existentielles du Bloc et qui croient en un Québec fort au sein d’un Canada uni ».

Il énumère une série de gestes posés par le précédent gouvernement conservateur pour mettre en valeur la spécificité de la province, dont la reconnaissance, par la Chambre des communes, en 2006, de la nation québécoise.

Le chef Scheer s’en prend par ailleurs au premier ministre Justin Trudeau, qui « démontre quotidiennement son incompétence à diriger le pays, et met en péril nos relations commerciales avec un partenaire étranger », écrit-il.

Il reprend également à son compte le message qu’avait abondamment martelé avant lui son prédécesseur pendant la campagne de 2015, Stephen Harper — soit que les Québécois sont plus conservateurs qu’ils ne le croient.

Il tend la main aux électeurs qui croient « en des impôts plus bas » et « une gestion efficace des finances publiques » et qui souhaitent se donner un gouvernement qui « lutte contre les criminels » et qui « respecte les champs de compétence des provinces ».

Davantage d'élus au Québec
Le chef signale qu’il souhaite grossir les rangs de la députation conservatrice québécoise en 2019. Les conservateurs ont fait élire 12 députés aux précédentes élections de 2015. Ils ont depuis perdu un de ces sièges, celui qu’a délaissé Denis Lebel, au profit des libéraux.

Le député Alupa Clarke, l’un de ceux qui ont été élus sous la bannière conservatrice, s’est réjoui que son chef ait pris la plume pour inciter les Québécois déçus à « rentrer au bercail […] pour nous aider à faire face à M. Trudeau, qui lui, est un centralisateur au max ».

Il n’a pas voulu faire de prédiction quant au nombre de sièges que son parti pourrait rafler au prochain scrutin, sauf qu’il est « sûr » que les 11 qui sont bleu conservateur le resteront. « Je travaille comme un fou dans mon comté pour que ce soit le cas », a-t-il dit en entrevue.

Sans aller jusqu’à dire que les électeurs bloquistes abandonneront le navire en masse en raison de cette « crise existentielle » évoquée par Andrew Scheer, qui a éclaté sous le leadership de Martine Ouellet, le député Clarke estime qu’un transfert des voix vers son parti serait naturel.

« Les gens qui ont tendance à voter soit conservateur, soit Bloc québécois, moi, je leur dis, on a le même objectif : on veut un État fédéral […] qui est décentralisateur et qui respecte les champs de compétence provinciale », a-t-il argué, parlant d’un « spectre partagé ».

Richard Martel
En attendant les élections générales de l’automne 2019, les troupes conservatrices misent sur un ancien entraîneur de hockey, Richard Martel, pour ravir aux libéraux la circonscription de Chicoutimi — Le Fjord.

Justin Trudeau devra déclencher prochainement une élection partielle dans le comté orphelin de député depuis le départ de Denis Lemieux, en novembre dernier. Invité à préciser quand cela se ferait lors de son passage dans la région, lundi, le premier ministre est resté évasif.

« Je peux vous dire que oui, on a hâte d’avoir un nouveau député ou une nouvelle députée ici dans Saguenay, et on verra bien comment ça se passera », s’est-il contenté d’offrir en point de presse après sa visite d’une usine Rio Tinto à Alma, ville située dans la circonscription voisine.

Le Parti conservateur n’avait pu faire mieux qu’une quatrième position en 2015 dans Chicoutimi — Le Fjord, avec 16,4 % des suffrages exprimés, derrière les libéraux (31,1 %), les néodémocrates (29,9%) et les bloquistes (20,5 %).

Mais deux sondages publiés récemment tendent à démontrer que les conservateurs ont repris du poil de la bête.

Celui d’Ipsos mené pour Global News, publié le 3 mars, les place en avance dans les intentions de vote (38 % pour les troupes de Scheer contre 33 pour celles de Trudeau).

Celui d’Abacus Data, paru le 8 mars, les place en seconde position, mais confirme leur progression. Avec 33 % des intentions de vote, ils chauffent les libéraux, qui en recueillent 36%.

En anglais svp
La lettre du leader conservateur aux Québécois a été publiée en français seulement, mardi, ce qui a valu à Andrew Scheer les reproches de certains internautes sur sa page Facebook.

« Peut-être pourriez-vous traduire pour la population anglophone s’il vous plaît », a écrit l’une d’elles sous la publication du chef, qui relayait sa lettre ouverte parue un peu plus tôt dans le quotidien La Presse.

« Pourquoi est-ce toujours le français en premier ? Même pendant la période des questions (en Chambre), je trouve que c’est souvent en français », a regretté une autre.

Au bureau du chef Scheer, on n’a pas expliqué pourquoi la version anglaise — qui a été envoyée sur demande à La Presse canadienne — n’avait pas été publiée. « Elle sera disponible sous peu en anglais sur Twitter et Facebook », a offert la porte-parole Virginie Bonneau.