Trudeau fait une tournée d’usines pour appuyer l’industrie

Le président Trump a cité « la nature unique de notre relation avec le Canada et le Mexique » pour justifier le fait que les deux pays échapperaient, au moins temporairement, aux tarifs sur les importations mondiales d’acier (25 %) et d’aluminium (10 %).
Photo: Getty Images / iStockphoto Le président Trump a cité « la nature unique de notre relation avec le Canada et le Mexique » pour justifier le fait que les deux pays échapperaient, au moins temporairement, aux tarifs sur les importations mondiales d’acier (25 %) et d’aluminium (10 %).

Ottawa — Le président américain Donald Trump a peut-être exempté le Canada de l’imposition de tarifs sur l’acier et l’aluminium, mais l’incertitude n’est pas dissipée pour autant — après tout, la menace pèse toujours, puisque cette mesure est d’une durée indéterminée.

Conscient des inquiétudes qui tenaillent ces industries et leurs travailleurs, Justin Trudeau, qui avait multiplié les coups de fil au sud de la frontière avant l’annonce du locataire de la Maison-Blanche, passera une partie de la semaine en tournée pour leur témoigner de son appui.

Il entamera sa virée — qui comprend des arrêts subséquents à Hamilton et Sault-Sainte-Marie, en Ontario, ainsi qu’à Regina, en Saskatchewan — par des escales à Saguenay et à Alma, lundi.

Son homologue québécois Philippe Couillard doit l’accompagner au cours de son passage au Saguenay, selon l’horaire publié dimanche par le cabinet du premier ministre fédéral.

Dans un premier temps, les deux hommes participeront en matinée à une table ronde avec des dirigeants de l’industrie de l’aluminium qui se déroulera au Centre des technologies du Conseil national de recherche du Canada. En début d’après-midi, ils visiteront le Centre technologique AP60 de Rio Tinto pour y rencontrer les travailleurs.

M. Trudeau poursuivra son périple en se rendant ensuite à l’usine de Rio Tinto, à Alma.

La tournée vise « surtout à démontrer notre soutien aux travailleurs de l’acier et de l’aluminium », a résumé Chantal Gagnon, attachée de presse de Justin Trudeau. Car même si certains ont poussé un soupir de soulagement en apprenant l’exemption du Canada, rien n’est encore tout à fait réglé.

« C’est temporaire, et en même temps, ça ne l’est pas, a-t-elle noté en entrevue, vendredi. Il y a un lien qui est fait par les Américains avec la négociation [de l’ALENA] alors il est certain qu’on va toujours continuer à défendre nos travailleurs. »


Une exemption temporaire

Le ministre du Commerce international, François-Philippe Champagne, reconnaît aussi qu’il y a loin de la coupe aux lèvres. « C’était un pas dans la bonne direction […] mais clairement, il y a encore beaucoup de travail à faire », a-t-il affirmé en conférence téléphonique depuis le Paraguay.

Le premier ministre Trudeau prévoit effectuer des visites d’usines et participer à des tables rondes avec des employeurs et des travailleurs au cours de cette tournée pour laquelle il a écourté ses vacances familiales en Floride, a tenu à spécifier son bureau.

Le président du syndicat des employés de l’usine d’Alma, Alexandre Fréchette, indique que les craintes sont réelles dans le milieu. Mais vu l’imprévisibilité de Donald Trump, il préfère les tempérer.

« On attend de voir où ça va finir avant de s’inquiéter pour rien. On fait confiance à tous les intervenants qui mettent de la pression sur le gouvernement, et au gouvernement qui met de la pression [sur les États-Unis] », a-t-il exposé en entrevue à La Presse canadienne.

Si le dirigeant syndical des Métallos « comprend qu’il y a un aspect médiatique à ces visites-là », il estime qu’elles ont leur importance, faisant « le pari que ce sont les travailleurs qui gagnent leur vie avec ça au quotidien qui peuvent faire sentir [aux politiciens] l’impact que ça peut avoir ».

Deux enjeux distincts pour Freeland
Le lieutenant politique du Parti conservateur au Québec, Alain Rayes, voit quant à lui dans cette « tournée partisane » la manifestation d’un triomphalisme malavisé de la part de Justin Trudeau, et il invite donc ce dernier à « se garder une petite humilité avant de festoyer ».

« Ça a clairement été dit par l’administration Trump : c’est temporaire en fonction de la négociation de l’ALENA », a-t-il dit, reprochant au gouvernement de n’avoir prévu aucun montant au budget pour appuyer les secteurs qui pourraient faire les frais de la renégociation du traité tripartite.

Le président Trump a cité « la nature unique de notre relation avec le Canada et le Mexique » pour justifier le fait que les deux pays échapperaient, au moins temporairement, aux tarifs sur les importations mondiales d’acier (25 %) et d’aluminium (10 %).

Mais il a ensuite lié le sort des pourparlers commerciaux de l’ALENA à la pérennité de l’exemption consentie par son administration, disant avoir « l’impression » qu’il y aura entente, et que « si nous le faisons, il n’y aura pas de tarifs pour le Canada, et il n’y aura pas de tarifs pour le Mexique ».

La ministre des Affaires étrangères, Chrystia Freeland, a malgré tout continué à présenter les deux enjeux comme étant distincts. Elle a plaidé que l’argument invoqué par Washington pour frapper les pays exportateurs de tarifs — celui de la sécurité nationale — n’avait rien à voir avec l’accord.

« La position du Canada est que ces dossiers sont complètement séparés. Nous les traitons sur deux plans complètement distincts », a-t-elle insisté en conférence de presse à Toronto, jeudi dernier, quelques heures après que Donald Trump eut laissé entendre l’inverse.

Le Canada est le principal fournisseur d’acier et d’aluminium aux États-Unis. Environ 85 % des exportations canadiennes de ces deux matériaux prennent ce chemin.