L’humanitaire n’est pas à l’abri des scandales sexuels

La ministre canadienne du Développement international, Marie-Claude Bibeau, que l’on voit ici distribuant du matériel scolaire à des enfants haïtiens après le passage de l’ouragan «Matthew», en novembre dernier, réitère sa confiance dans les organisations humanitaires canadiennes.
Photo: Paul Chiasson La Presse canadienne La ministre canadienne du Développement international, Marie-Claude Bibeau, que l’on voit ici distribuant du matériel scolaire à des enfants haïtiens après le passage de l’ouragan «Matthew», en novembre dernier, réitère sa confiance dans les organisations humanitaires canadiennes.

Malgré le scandale Oxfam, qui a démontré l’ampleur de l’exploitation sexuelle dans le milieu de l’aide humanitaire, la ministre du Développement international, Marie-Claude Bibeau, estime que les grandes organisations canadiennes sont « parmi les meilleures [en ce qui concerne] les bonnes pratiques à l’échelle internationale ».

Ainsi, nul besoin d’instaurer de nouveaux règlements pour prévenir de tels crimes et lutter contre eux, dit-elle, et ce, même si l’aide humanitaire canadienne met désormais l’accent sur les filles et les femmes, principales victimes des cas d’abus qui ont fait les manchettes.

La ministre compte plutôt « renforcer les mesures qui existent déjà » afin d’améliorer « la prévention, la dénonciation, les sanctions [envers les agresseurs] ainsi que la protection et l’accompagnement des victimes », a-t-elle fait valoir au Devoir lors d’un entretien accordé dans le cadre de la Journée internationale des femmes.

Une fois que « les meilleures pratiques » auront été déterminées, Ottawa compte les appliquer aux plus petits organismes, « qui ont moins de ressources ».

Après avoir notamment bouleversé les milieux artistique et sportif, le mouvement #MoiAussi a entaché le secteur humanitaire le mois dernier avec la révélation du licenciement d’employés de la branche britannique d’Oxfam ayant eu recours à des prostituées en Haïti.

Oxfam-Québec et Oxfam-Canada n’étaient pas impliqués dans ces crimes, mais les deux branches locales de l’ONG ont fait face à cinq cas d’allégations d’inconduite sexuelle au cours des 10 dernières années. 

On ne peut pas prétendre être à l’abri de cas d’inconduite sexuelle

 

Politique féministe

En juin dernier, le gouvernement fédéral a instauré une Politique d’aide internationale féministe qui place les femmes au coeur de l’aide canadienne. Quelque 2 milliards de dollars sur cinq ans ont été débloqués dans le plus récent budget à cet effet.

Cet argent frais était attendu de pied ferme par le milieu humanitaire, qui déplorait le manque de ressources assorties à cette politique. Il fallait « faire les choses dans l’ordre », s’est défendue la ministre. « Ça prenait d’abord une vision claire […] [pour ensuite] établir les besoins. »

Le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (UNHCR) salue cet investissement ainsi que la décision d’Ottawa d’accueillir 1000 femmes et filles réfugiées supplémentaires d’ici cinq ans. « Des progrès immenses restent à faire », met toutefois en garde le représentant de l’UNHCR au Canada, Jean-Nicolas Beuze, dans une lettre d’opinion publiée dans nos pages.

La ministre Bibeau qualifie de « pression saine » ces attentes de la communauté internationale. Elle dit déjà constater un « virage significatif » dans l’approche des organisations partenaires du Canada à l’étranger depuis l’annonce de la politique féministe. Selon elle, un constat fait consensus : « Si on veut mettre fin à la pauvreté — ce qui est notre objectif ultime —, il faut absolument que 100 % de la population contribue au développement d’un pays. »

Et ce, aussi dans les États où les droits des femmes ne sont pas respectés, soutient-elle. À cet égard, la ministre dit sentir une « ouverture » chez la plupart des dirigeants qu’elle rencontre sur le terrain. « Je dirais qu’il y a un manque de courage politique à mettre en application des lois pour […] mettre fin [aux inégalités dans certains pays] », nuance-t-elle toutefois.

L’approche du Canada est d’aider ces États à développer des « mesures plus inclusives envers les femmes » tout en travaillant à l’autre bout du spectre avec les organisations locales de femmes, poursuit-elle.

Le témoignage d’une femme du Burkina Faso qui a pu éviter de vendre sa fille en mariage grâce à un programme d’aide canadienne a convaincu la ministre des bienfaits de sa politique. « Quand on donne à une femme les moyens, c’est toute la famille et la communauté qui en sont changées. »