Le Bloc québécois de Martine Ouellet devra trouver son candidat

L’entourage de Martine Ouellet assure qu’elle se soumettra bel et bien à un vote de confiance dans 14 mois.
Photo: Paul Chiasson La Presse canadienne L’entourage de Martine Ouellet assure qu’elle se soumettra bel et bien à un vote de confiance dans 14 mois.

L’affrontement entre les militants bloquistes insatisfaits et Martine Ouellet a pris une nouvelle tournure mardi alors que l’exécutif de Chicoutimi–Le Fjord pose comme condition pour présenter un candidat à la prochaine élection partielle que la chef quitte ses fonctions. Si Mme Ouellet refuse et reste en place, elle devra trouver seule un candidat et ne pourra pas compter sur l’aide des militants locaux pour faire élire cette personne.

« Si Martine Ouellet ne part pas, je n’enverrai pas quelqu’un se suicider sur la place publique », lance au Devoir Élise Gauthier, la présidente de l’association bloquiste de Chicoutimi–Le Fjord. Lundi, Mme Gauthier confiait déjà au Devoir qu’elle évaluait à 85 % ses chances de perdre la prochaine élection partielle à cause de la crise en cours. Sa consultation des militants l’a convaincue de demander le départ du chef.

« J’ai besoin du départ de Martine Ouellet pour gagner la partielle dans Chicoutimi–Le Fjord parce que quelqu’un qui n’aide pas nuit », continue Mme Gauthier. Le libéral Denis Lemieux avait remporté la circonscription saguenéenne en 2015, mais il a depuis démissionné. Justin Trudeau n’a pas encore annoncé la date de l’élection, mais celle-ci pourrait avoir lieu cet automne, en même temps que celle dans Outremont, quand Thomas Mulcair aura officiellement quitté son siège.

L’ancien député péquiste?

Élise Gauthier avait recruté un candidat, mais n’avait pas encore dévoilé son identité. La rumeur fait état de Jean-Marie Claveau, l’ancien député péquiste de la région. Il a été impossible de le joindre mardi.

Mme Gauthier assure que ce candidat inconnu est sur la même longueur d’onde qu’elle et refusera de porter les couleurs d’un Bloc québécois dirigé par Mme Ouellet. Le quartier général du Bloc devra lui-même dénicher un autre candidat et le faire élire, car Mme Gauthier ne militera plus. « Martine Ouellet pourra faire cela [recruter un autre candidat], mais mon exécutif et moi allons croiser les bras. Si elle reste, je retournerai ma carte de membre. » Mme Gauthier s’est jointe au Bloc québécois à ses débuts, en 1991.

En entrevue, le président du parti et député, Mario Beaulieu, a indiqué que Mme Gauthier et l’exécutif de cette circonscription seront contactés sous peu. « Est-ce qu’une présidente d’association peut décider seule qu’il n’y aura pas de candidat du Bloc québécois ? […] Je pense que non », avance M. Beaulieu. Le Bloc a indiqué qu’il aurait un candidat à la partielle, puisque les statuts du parti permettent au bureau national d’organiser une investiture si l’exécutif local s’y refuse.

Vote de confiance confirmé

Par ailleurs, l’entourage de Martine Ouellet assure qu’elle se soumettra bel et bien à un vote de confiance dans 14 mois. Un doute subsistait, car les statuts et règlements du Bloc prévoient que c’est le président du parti qui doit se soumettre à un tel vote lors du congrès bisannuel, poste occupé par M. Beaulieu. Jusqu’en 2015, le président du parti en était aussi le chef, mais ces deux fonctions ont été scindées lorsque M. Beaulieu a cédé sa place à Gilles Duceppe juste avant l’élection fédérale. Les statuts et règlements n’ont pas été modifiés en conséquence.

« Nous sommes dans une espèce de vide juridique à ce niveau, reconnaît l’attaché de presse de Martine Ouellet, Antoni Gilbert. Cependant, nous allons nous baser sur l’esprit de la loi : il s’agira bel et bien d’un vote de confiance sur Martine Ouellet ! Pas de doute là-dessus. » Au moins deux militants critiques de Mme Ouellet avaient confié au Devoir craindre que le parti n’exploite cette faille pour éviter à la chef un vote potentiellement humiliant.

Plus tôt dans la journée, en entrevue avec La Presse canadienne, un des sept députés dissidents, Rhéal Fortin, avait indiqué que son groupe ne tenterait pas de précipiter le vote de confiance ni n’entreprendrait quelque manoeuvre que ce soit pour pousser Martine Ouellet vers la sortie.

« On a compris que ça ne serait pas le cas et on se gouverne en conséquence, c’est tout. On n’en est plus là. On en a fait notre deuil, c’est réglé. » Quant à la possibilité de fonder un autre parti à sept, M. Fortin a indiqué que « ce n’est pas exclu et ce n’est pas prévu ».

16 commentaires
  • Francis Bourget - Inscrit 7 mars 2018 02 h 22

    Le Bloc renaît! Merci Martine!!!

    Ma première élection, c'était il y a longtemps. J'obtenais enfin mes 18 ans et, mon père, ma mère, ma sœur et moi, nous avons votés en "Bloc"!! Depuis ce temps, j'ai maturité. J'ai travaillé et j'ai réussi. J'ai quitté la gauche pour la droite. J'ai évolué selon mes expériences, selon mon vécu.
    J'ai maintenant 43 ans. Chaque élection me chavire. Qu'importe les courants, je vais cocher pour le pays dont je rêve encore et toujours.
    Le Bloc s'est enfin trouvé une Lucienne Bouchard! Le Bloc existe pour une seule et unique raison: pour promouvoir l'indépendance du Québec.

    Merci infiniment Martine Ouellet.

  • Nicole D. Sévigny - Abonnée 7 mars 2018 06 h 54

    Le problème ce n'est pas...

    Martine Ouellet... mais la vision qu'ont les souverainistes provincialistes versus les indépendantistes républicains.
    Les présidents et instances régionales ou de circonscription n'ont pas à se prononcer...sans avoir consulter leurs membres, au préalable . La démocratie c'est aussi ça....Nous ne sommes pas des pions que l'on déplace selon l'humeur de certains. À bon entendeur salut!

    • Michel Blondin - Abonné 7 mars 2018 09 h 28

      Nicole D. Sévigny.
      Il est triste de voir une représentante d'un parti utiliser les tribunes pour saboter son propre parti. Tenter de viser le chef se retourne contre le parti est de participer à de l’autodestruction. Aucun parti n'accepte les dénonciations internes sans se faire mettre au pas. Ici, la présidente du comté abuse de son pouvoir, s'arroge le pouvoir de décider du choix du candidat alors que c'est un choix d'une assemblée convoquée ou le choix du chef. Elle ne respecte aucune des règles de la démocratie interne pour faire de la zizanie. Du bonbon pour les médias.
      Un seul nom pour un tel comportement antidémocratique: irresponsable.
      Le président du Bloc du comté de Brome-Missisquoi Guillaume Paquet, a fait de même. Il s'est aussi prononcé sans tenir compte de l'avis contraire de plusieurs militants en toute partialité parce qu'il n'était pas content du salaire à verser à la chef. Il agit dans ses propres intérêts alors qu’il devrait avoir la décence de ne pas nuire au parti et de réserver ses commentaires au moment voulu. Il participe au sabotage autodestructeur.

  • William Dufort - Abonné 7 mars 2018 07 h 17

    Pas rassembleuse

    Martine Ouellet a probablement plus de qualités qu'il n'y parait, mais elle n'est pas rassembleuse et cela est essentiel pour quiconque veut être chef d'un parti politique. Si elle s'accroche, elle fera plaisir aux Mario Beaulieu de ce monde, mais mènera le Bloc à la fin de sa vie utile. En effet, non seulement ne réussira-t-elle pas à attirer les nationalistes mous, mais elle poussera bien des Indépendantistes au NPD ou au Parti Vert en attendant le grand soir. Le Bloc était peut-être déjà voué à l'extinction mais était-il vraiment nécessaire de le débrancher?

  • Jean Lapointe - Abonné 7 mars 2018 07 h 23

    Il faut informer et expliquer pourquoi l'indépendance est indispensable.

    « J’ai besoin du départ de Martine Ouellet pour gagner la partielle dans Chicoutimi–Le Fjord parce que quelqu’un qui n’aide pas nuit »(Elise Gauthier)

    Une telle déclaration laisse perplexe. Je ne suis qu'un observateur qui n'a que les journaux pour se renseigner. Je me pose quand même une question. Madame Gauthier peut-elle se permettre de poser ses conditions? J'en doute fort.

    Je suis membre du Bloc et je vote Bloc depuis 1990. J'ai apprécié le travail qui a été fait à Ottawa à l'époque où Gilles Duceppe en était le chef.

    Aujourd'hui j'attends des députés du Bloc qu'ils fassent connaître depuis Ottawa et qu'ils expliquent aux Québécois et aux Canadiens les raisons pour lesquelles il serait préférable, tant pour les Québécois que pour les Canadiens, que le Québec soit un Etat indépendant.

    J'aimerais que le Bloc pépare le terrain en prévision du second mandat que le Parti québécois espère obtenir en 2022.

    Le Bloc et le Parti québécois doivent aller dans le même sens et doivent donc concilier leurs actions il me semble. La situation n'est donc plus ce qu'elle était avant que Jean-François Lisée devienne chef du Parti québécois.

    Le Bloc n'est pas indispensable. S'il existe c'est parce que beaucoup de souverainistes pensent qu' il peut permettre de faire avancer la cause de la souveraineté. Ce n'est que si le Québec devient indépendant que ses intérêts pourront être véritablement défendus.

    La tâche est énorme et nous nous heurtons à des opposants féroces mais si nous sommes vraiment convaincus que l'indépendance est la meilleure chose à faire pour nous nous devons poursuivre le combat contre vents et marées.

    Je continuerai à appuyer le Bloc même si ce n' est pas ce que je souhaite qui est fait. Il y a des choix à faire. L'mportant c'est que quelque chose se fasse.

    Un nouveau souffle est à donner au Bloc. J'espère que cela se fera.

  • Benoit Gaboury - Inscrit 7 mars 2018 08 h 32

    Pourquoi l'indépendance ?

    Demandez à ceux qui étaient trop jeunes pour voter au référendum de 95, c'est-à-dire à ceux qui ont aujourd'hui moins de 40 ans, de vous nommer les arguments en faveur de l'indépendance du Québec, ou même ceux contre celle-ci, et vous verrez que la majorité d'entre eux les ignore presque complètement. C'est que le travail de transmission des arguments fondamentaux du débat sur l'indépendance n'a pas eu lieu depuis. On ne voulait plus en parler. Pourtant cette question demeure centrale dans la politique québécoise.
    Cette petite chicane de chapelle au Bloc peut se régler facilement par un arrangement honorable pour les uns et les autres, chacun faisant quelques compromis. Mais enfin, à tout prendre, ce qu'il y aura eu de bon dans cette affaire, c'est qu’on entend enfin parler du Bloc.