La base militante du Bloc québécois paraît divisée

Certaines circonscriptions bloquistes souhaitent que la chef du Bloc québécois, Martine Ouellet, se soumette à un vote de confiance rapidement afin de clore la crise.
Photo: Pedro Ruiz Le Devoir Certaines circonscriptions bloquistes souhaitent que la chef du Bloc québécois, Martine Ouellet, se soumette à un vote de confiance rapidement afin de clore la crise.

Il n’y a pas que le caucus du Bloc québécois qui soit divisé. Les associations de circonscription bloquistes le sont tout autant. Certaines appuient Martine Ouellet sans réserve, d’autres réclament son départ, d’autres encore l’invitent à se soumettre à un vote de confiance rapidement afin de clore la crise une fois pour toutes. Dans Chicoutimi-Le Fjord, on rage à l’idée que ce nouveau déchirement fasse perdre la prochaine élection partielle qui aurait dû autrement être acquise aux souverainistes.

Le Devoir a contacté lundi 28 associations bloquistes, dont 15 ont répondu à nos appels. (Le Québec compte 78 circonscriptions, mais certaines n’ont pas d’associations bloquistes actives.) Sept d’entre elles demandent le départ de la chef ou du moins un vote de confiance devancé.

« Je ne prends pas parti pour un ou l’autre des deux clans », précise Élise Gauthier, la présidente de l’association bloquiste de Chicoutimi-Le Fjord. « Ce que je demande au parti que j’ai contribué à fonder, car j’en suis membre depuis 1991 […], c’est de respecter les membres et de leur donner la possibilité de se prononcer de façon officielle. Tous les membres, selon la formule un membre, un vote. »

Selon Mme Gauthier, il est impensable d’attendre 14 mois pour la tenue d’un vote de confiance, comme le prévoit le calendrier actuel du Bloc. Le vote doit avoir lieu « au plus sacrant », lance-t-elle, car « un parti a besoin de stabilité ».

Mme Gauthier rage d’autant plus devant la situation qu’une élection partielle doit être déclenchée sous peu dans sa circonscription, le député libéral Denis Lemieux ayant démissionné pour des raisons personnelles. « J’ai à peu près 85 % de chances de perdre cette élection-là alors que, pour nous, elle était gagnable. La gang d’Ottawa et celle de Montréal sont responsables de cette perte que je vais avoir, moi. » La militante se félicite d’avoir eu le « pif » de ne pas dévoiler tout de suite l’identité de son candidat pour la partielle. « On verra si on a encore une candidature [quand l’élection sera déclenchée] », dit-elle.

Félix Pinel, président dans Rivière-des-Mille-Îles, avait tenté en vain de se présenter à la chefferie contre Martine Ouellet l’an dernier, n’ayant pu recueillir les signatures nécessaires à sa mise en candidature. « Si j’étais Martine Ouellet, je demanderais moi-même de devancer le vote de confiance. Ce serait une façon d’asseoir une fois pour toutes mon leadership. Je ne le vois pas comme quelque chose de négatif. »

Le président de Brome-Missisquoi, Guillaume Paquet, estime qu’un « chef qui n’est pas rassembleur doit partir ». Selon lui, si la rumeur se concrétise et que les insatisfaits tentent de recueillir la signature de 25 associations de circonscription pour faire devancer le vote de confiance de mai 2019, il s’y joindra « de manière sereine ».

Larry Boutin est le président sortant de l’association de Châteauguay-Lacolle qui, dit-il, a été dissoute depuis. Il demande à la fois le départ de Martine Ouellet et celui du député Mario Beaulieu à la présidence du parti. « Il faut absolument que Mme Ouellet parte, mais il faut avouer qu’elle est un peu coincée, car elle irait où ? »

L’association d’Abitibi–Baie-James–Nunavik–Eeyou demandera probablement le départ de Mme Ouellet puisque cinq des neuf membres de l’exécutif le veulent, relate son président Yvon Lévesque. M. Lévesque fait partie du groupe des 21 ex-députés ayant signé la lettre de Gilles Duceppe et Pierre Paquette publiée vendredi dernier dans Le Devoir et demandant le départ de Martine Ouellet.

Thomas Grégoire, président dans Joliette, circonscription d’un des sept députés dissidents, a indiqué au Devoir qu’il voulait aussi voir la chef partir. Il consultera cependant ses membres la semaine prochaine. Martin Lajeunesse, qui préside l’association du député dissident Louis Plamondon, demande lui aussi un vote de confiance « le plus tôt possible pour ne pas envenimer la situation ». En entrevue avec La Presse canadienne, Mario Beaulieu a averti que les associations qui resteront fidèles aux dissidents perdront toutes leurs ressources bloquistes et risqueront d’être remplacées par de nouveaux exécutifs. Les circonscriptions de Portneuf–Jacques-Cartier et de Berthier-Maskinongé avaient déjà demandé le départ de Mme Ouellet la semaine dernière.

Deux circonscriptions contactées par Le Devoir indiquent qu’elles resteront neutres pour éviter des déchirements internes : Laurentides-Labelle et Beloeil-Chambly. « C’est assez divisé chez nous, alors pour garder l’harmonie dans notre groupe, on va probablement rester neutres », dit Frédéric Labrie, de Laurentides-Labelle.

Il est à noter que la démarche du Devoir agace le Bloc québécois. Une agente de liaison a contacté l’auteure de ces lignes pour lui signaler que, si elle utilisait une liste de contacts fournie par quelqu’un à l’interne, elle devait cesser de le faire, car cette liste avait été transmise « illégalement ». À la mi-journée, un courriel avait été envoyé par l’agente de liaison du parti aux présidents d’association : « Je vous invite à communiquer avec moi si un journaliste entre en communication avec vous. » Certains ont « lu entre les lignes » que cela signifiait de ne pas parler aux médias.

Des appuis

Mme Ouellet a aussi des supporteurs. Une lettre ouverte, sorte de réplique à celle du duo Duceppe-Paquette, serait même en préparation, selon ce qu’a appris Le Devoir. Les présidents d’associations de circonscription fidèles à la chef auraient été invités à la signer. L’ex-députée Diane Bourgeois a écrit au Devoir qu’elle appuyait la chef.

On retrouve dans ce camp Jocelyn Beaudoin, président sortant, mais toujours membre de l’exécutif de l’association de Shefford. « La majorité est derrière Martine Ouellet », dit-il. M. Beaudoin rage contre ce qu’il appelle la vieille garde, Gilles Duceppe en premier lieu, qui tente de conserver la mainmise sur le parti. « La lettre de vendredi d’anciens députés met en avant encore les mêmes vieilles façons de faire. Et ces façons de faire nous ont amenés à un mur en 2011. Je ne vois pas comment on peut continuer dans la même direction. »

Une autre personne qui a demandé l’anonymat parle même d’une « vendetta » menée contre Martine Ouellet par Gilles Duceppe. « Probablement qu’il veut revenir en sauveur, comme il a fait avec Mario Beaulieu [en 2015]. »

Jean-Marcel Duval, le président de Pierre-Boucher–Les Patriotes–Verchères, la circonscription du fidèle député Xavier Barsalou-Duval, appuie la chef. Il estime qu’au dernier conseil général du Bloc, celui où le salaire de 95 000 $ à Martine Ouellet a été approuvé, « 90 % des gens ont voté pour le budget ».

Dans Manicouagan, représentée par Marilène Gill, l’exécutif appuie aussi Mme Ouellet.

Julien Francoeur, président de LaSalle–Émard–Verdun et membre du Bureau national du Bloc québécois, affirme que tous les membres de l’exécutif de sa circonscription appuient Mme Ouellet, sauf un. Selon lui, les dissidents auront de la difficulté à rassembler les 25 signatures nécessaires pour faire devancer le vote de confiance.

Une précédente version de ce texte indiquait qu’un courriel sommait les présidents d’associations à ne pas parler aux journalistes. Une mise à jour précise la nature du courriel.