Est-ce que l'implosion du parti bénéficiera aux libéraux?

Le parti politique dirigé par Martine Ouellet a passé une mauvaise semaine: sept des dix députés élus au sein du Bloc ont annoncé leur départ.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Le parti politique dirigé par Martine Ouellet a passé une mauvaise semaine: sept des dix députés élus au sein du Bloc ont annoncé leur départ.

Que laisse présager l’implosion du caucus du Bloc québécois, pour l’élection fédérale dans un an et demi ? En décortiquant les résultats électoraux de 2015 et en tenant compte des plus récents sondages, tout porte à croire que ce serait les libéraux de Justin Trudeau qui seraient les grands gagnants d’une déroute du Bloc québécois.

L’élection de 2015 avait permis aux bloquistes de bonifier leur nombre de sièges, en en récoltant six de plus que les quatre seuls conservés après la vague orange de 2011. Mais ce n’était pas en augmentant ses appuis populaires que le Bloc québécois avait obtenu un meilleur résultat électoral. C’est surtout parce que le vote néodémocrate, dans un effet de vases communicants, était passé en grande partie chez les libéraux il y a trois ans. Résultat : le Bloc québécois a pu se faufiler et remporter dix circonscriptions, bien que le pourcentage de votes récolté par ses candidats n’ait pas augmenté.

Le cas du député Xavier Barsalou-Duval illustre à merveille la conjoncture de 2015. Le nouvel élu de Pierre-Boucher–Les Patriotes–Verchères — devenu depuis l’un des bras droits de Martine Ouellet — a gagné sa circonscription avec à peine 28,6 % des voix en 2015. Quatre ans plus tôt, sa formation avait mordu la poussière avec sept points de plus (36,4 %). Mais lors du dernier scrutin, les voix se sont plus uniformément réparties entre le Parti libéral et le NPD : le candidat libéral a ravi les appuis du NPD et augmenté son propre de score de 9,5 points à 28,3 %. Ce qui n’était pas tout à fait assez pour l’emporter, mais suffisant pour permettre au bloquiste Barsalou-Duval de le faire en devançant le libéral d’à peine 0,3 point de pourcentage.

Bon deuxième ?

En fait, dans huit des dix circonscriptions bloquistes, le candidat libéral est arrivé au 2e rang en 2015. Et dans la moitié de ces cas, le libéral était à moins de 5 points de pourcentage du vainqueur bloquiste — un écart assez mince pour pouvoir le menacer.

Deux circonscriptions, par contre, semblent moins prenables : Manicouagan, représentée par Marilène Gill, et Bécancour-Nicolet-Saurel, représentée par Louis Plamondon. Dans ces deux châteaux forts bloquistes, le Bloc québécois a gagné avec plus de 40 % des voix, loin devant son plus proche rival libéral. Dans cinq autres circonscriptions, les bloquistes n’ont gagné qu’avec un appui se situant dans la fourchette inférieure des 30 %.

L’ancien chef bloquiste Gilles Duceppe s’avouait préoccupé par la crise qui a secoué son ancien parti cette semaine, lorsque sept des dix députés bloquistes ont claqué la porte du caucus en désaveu à la chef Martine Ouellet. « On est toujours inquiets quand il y a des choses semblables qui se passent. Mais l’élection est encore loin », notait-il, en refusant d’être trop pessimiste en entrevue avec Le Devoir.

Justin Trudeau menaçant

Les derniers coups de sonde montrent cependant que les libéraux ont encore pris du mieux depuis leur victoire de 2015. Le Parti libéral recevait 47 % d’appuis au Québec, dans un sondageLégermené à la fin novembre, alors qu’ils ont récolté 35 % des votes au dernier scrutin.

Les intentions de vote pour le Bloc québécois n’avaient pas vraiment bougé avant la crise : 18 % cet automne, par rapport à 19,4 % des votes obtenus en 2015.

En revanche, le Nouveau Parti démocratique et son nouveau chef, Jagmeet Singh, ont perdu des plumes, recevant 12 % des appuis en novembre, soit moitié moins que les 25,4 % des votes récoltés il y a deux ans. Le Parti conservateur se maintient à peu près, avec 18 % d’appuis, un chiffre comparable aux 16,7 % de votes obtenus à l’élection.

Si le transfert des voix du scrutin de 2015 entre néodémocrates et libéraux se répète en 2019, les troupes de Justin Trudeau auraient d’autant plus de chances de ravir certaines circonscriptions au Bloc québécois en obtenant les quelques points de pourcentage supplémentaires qui leur suffiraient pour dépasser cette fois-ci les bloquistes sortants.

D’autant plus que deux récents coups de sonde permettent de constater que Justin Trudeau, malgré son patronyme, n’est pas le repoussoir que l’on pourrait penser auprès des électeurs nationalistes.

Forum Research a mené fin janvier une enquête auprès de 1408 électeurs pour demander ce qu’ils pensaient de M. Trudeau, du chef conservateur Andrew Scheer et du chef néodémocrate Jagmeet Singh.

Photo: Patrick Doyle La Presse canadienne Le NPD et son nouveau chef, Jagmeet Singh, ont perdu des plumes, récoltant 12% des appuis en novembre, soit la moitié du score de 25,4% récolté il y a deux ans.

Verdict : 37 % des répondants bloquistes ont dit approuver Justin Trudeau, contre 50 % qui ont dit le désapprouver. Rien à voir avec le taux d’approbation famélique (7 %) que le premier ministre obtient des électeurs conservateurs, mais un taux similaire à celui qu’il obtient des néodémocrates (42 %) et des verts (37 %). Surtout, M. Trudeau est celui des trois chefs qui obtient la meilleure cote de popularité auprès des électeurs bloquistes. Ces derniers n’approuvent en effet le travail d’Andrew Scheer qu’à 14 %, et celui de Jagmeet Singh à 10 %.

Certes, ces chiffres sont à prendre avec circonspection puisque l’échantillon d’électeurs bloquistes est très restreint (40 personnes). Les résultats n’en vont pas moins dans la même direction que l’étude menée cette fois par Campaign Research à la mi-février. Les électeurs bloquistes (encore une fois, seulement 27 des 2227 personnes interrogées) approuvent davantage le travail de M. Trudeau (27 %) que celui de M. Scheer (20 %) ou de M. Singh (18 %). À la question « Quel leader ferait le meilleur premier ministre ? », les bloquistes répondent Martine Ouellet à 40 %, suivie de M. Trudeau à 15 % et des deux autres à 4 % chacun.

Tous ces chiffres font dire à Éric Grenier, l’analyste de sondages de laCBC, que « contrairement à ce qui s’est produit en 2011, alors que les néodémocrates en avaient tiré profit, ce sont les libéraux qui pourraient être avantagés l’an prochain si les appuis décroissants du Bloc québécois continuent de se fissurer ». Selon lui, si une élection devait avoir lieu aujourd’hui, « tous les sièges du parti seraient menacés, et seulement trois auraient des chances décentes d’être conservés ».

Lendemains de crise

Les sept députés dissidents qui ont quitté le caucus du Bloc québécois mercredi sauront ce samedi s’ils seront exclus ou non du parti. Ils ont tous martelé cette semaine qu’ils restaient bloquistes, malgré leur décision de quitter l’équipe parlementaire et la chef Martine Ouellet. Le bureau national du Bloc québécois se réunit à Montréal samedi matin et pourrait décider de déchirer leur carte de membre. Si tel était le cas, le doyen Louis Plamondon perdrait la sixième carte délivrée dans l’histoire du Bloc québécois puisqu’il s’est joint au parti dès le début de son histoire.

Vendredi, l’attaché de presse de Martine Ouellet disait que la chef ne trouvait « pas souhaitable » que les députés dissidents perdent leur carte du Bloc québécois bien qu’ils ne soient plus membres du caucus, mais que ce serait au bureau national de trancher cette situation singulière.

4 commentaires
  • Clermont Domingue - Abonné 3 mars 2018 03 h 50

    Mes choix.

    Au Fédéral, je voterai Trudeau parce que son équipe a compris que si l'argent des salaires est insuffisant,il doit en venir d'ailleurs.L'aide aux familles est une très bonne chose, même si cette mesure entraîne un déficit considérable.

    Au provincial,je voterai PQ . Je serais même prêt à voter pour la CAQ ou le diable pour déloger les libéraux.Ces derniers doivent être sanctionnés pour avoir démoli nos systèmes de santé et d'éducation.

  • Raynald Rouette - Abonné 3 mars 2018 10 h 15

    La présence du Bloc à Ottawa n’est plus pertinente


    Le Québec doit parler d’une seule voix, celle du PQ!

    Le ROC n’a plus de respect pour le Québec depuis 1995. Voir l’état des lieux aujourd’hui...

    L’influence du Québec (du Bloc) à Ottawa n’a cessé de décliner depuis.

    Martine Ouellette devient la « bouc émissaire » parfaite dans les circonstances. Pathétique!

  • Raymond Chalifoux - Inscrit 4 mars 2018 13 h 51

    La réponse déjà connue?

    Ouellette pourrait-elle se représenter tant au Québc qu'à Ottawa aux prochains scrutins? À voir le comprtement de la madame, ce ne serait bien évidemment pas au-dessus de son... acharnement.. aveugle..

  • Pierre Beaulieu - Abonné 4 mars 2018 23 h 47

    Madame Ouellette défend bien son point de vue!

    Elle a raison, il faut mettre en lumière toutes les raisons pour lesquelles nous devons faire l'indépendance. C'est là la meilleure façon de travailler aux intérêts du Québec.
    Que le PQ mette la pédale douce avant la période électorale peut paraître stratégique pour certains, surtout que les médias sauraient déformer les propos tenus, mais pour le Bloc à Ottawa, qu'est-ce que la cause aurait à perdre? Si les adversaires dans le ROC en font un plat, bravo! La cause y gagnera en visibilité. ici au Québec.