Trudeau qualifie d’«inacceptables» les tarifs douaniers évoqués par Trump

Le premier ministre canadien Justin Trudeau
Photo: Sean Kilpatrick Archives La Presse canadienne Le premier ministre canadien Justin Trudeau

Barrie — Le premier ministre Justin Trudeau a qualifié d’« inacceptable » l’intention du président Donald Trump d’imposer des tarifs douaniers sur les importations aux États-Unis d’acier et d’aluminium, une mesure qui aurait des ramifications économiques « importantes et graves » des deux côtés de la frontière, a-t-il dit.

On ignore, par contre, si M. Trudeau a parlé avec le président Trump après cette annonce de jeudi. De passage vendredi matin à Barrie, en Ontario, le premier ministre a rappelé qu’il avait déjà évoqué avec le président américain — « plusieurs fois, directement, en personne » — la nature intégrée des marchés de l’acier et de l’aluminium en Amérique du Nord, qui ont créé des millions de bons emplois et alimenté la croissance économique dans les deux pays.

M. Trudeau a aussi noté que les Américains jouissent d’un surplus commercial de 2 milliards de dollars dans le secteur de l’acier. Selon lui, le fait que Washington invoque des motifs de sécurité nationale constitue un « non-sens », considérant le niveau élevé de coopération entre les deux pays en matière de sécurité. Le premier ministre a indiqué que son gouvernement continuerait à porter le message d’Ottawa à Washington.

Donald Trump a annoncé jeudi qu’il songeait à imposer dès la semaine prochaine une taxe de 25 % sur les importations d’acier et une taxe de 10 % sur l’aluminium. On ignore pour l’instant si ces tarifs douaniers toucheraient aussi le Canada, le plus important exportateur d’acier et d’aluminium vers les États-Unis. Le président Trump a promis jeudi de clarifier ses intentions la semaine prochaine, en signant le décret.

Morneau suggère d’exclure le Canada

De passage à Montréal vendredi, le ministre canadien des Finances, Bill Morneau, a soutenu qu’il avait suggéré jeudi à son homologue américain d’exclure le Canada de ces tarifs douaniers. Dans un discours à la tribune du Conseil des relations internationales de Montréal, M. Morneau a indiqué qu’il avait eu un entretien « constructif », jeudi, avec le secrétaire américain au Trésor, Steven Mnuchin, après l’annonce du président américain.

Le ministre Morneau a rappelé vendredi que si le président Trump, pour des raisons de sécurité nationale, décidait de passer outre à certaines règles commerciales, le Canada, à titre de fidèle allié des États-Unis, devrait être exempté de ces mesures.

Le ministre Morneau a refusé vendredi de prédire si ces mesures tarifaires pourraient déclencher une guerre commerciale mondiale. Le directeur général de l’Organisation mondiale du commerce a admis vendredi que son organisation était « clairement préoccupée » par les intentions du président Trump. Roberto Azevedo a mis en garde contre une éventuelle escalade qui « ne serait dans l’intérêt de personne ».

Une mesure nuisible aux Américains, dit Couillard

De passage à Montréal vendredi, le premier ministre du Québec, Philippe Couillard, a soutenu que ces mesures, au fond, vont d’abord « nuire aux citoyens de la classe moyenne américaine, aux entreprises américaines ».

« C’est l’exemple classique de ce type de politiques protectionnistes qui font peut-être du bien au moral à certains lorsqu’on en parle, mais qui ont un effet négatif sur l’économie du pays qui les applique », a-t-il estimé. « Mais je reviens encore une fois au fondamental : c’est les Américains qui vont se pénaliser eux-mêmes, avec ça — vous savez, on ne monte pas une aluminerie en deux mois. »

M. Couillard rappelle toutefois que la décision officielle n’a pas été annoncée, et qu’« il y a des voix aux États-Unis qui s’opposent à ça », notamment toute l’industrie de la défense, grande consommatrice d’aluminium. « Je préférerais que la décision ne soit pas celle-là, il y a encore des forces qui vont s’appliquer sur M. Trump pour ne pas prendre cette décision qui est mal avisée pour les Américains. »

Le premier ministre promet de soutenir les travailleurs et les alumineries québécoises, comme le gouvernement l’a fait dans le secteur du bois d’oeuvre, aussi frappé par des tarifs douaniers américains. « Je pense qu’on va passer au travers », a-t-il dit.