Le Bloc ne fait pas le poids devant les dissidents

Martine Ouellet
Photo: Paul Chiasson La Presse canadienne Martine Ouellet

Non seulement la frange dissidente du Bloc québécois formera-t-elle un plus gros caucus que celui qui reste fidèle à Martine Ouellet, mais les démissionnaires profiteront en outre de plus de ressources parlementaires et de temps de parole aux Communes.

Le nouveau Groupe parlementaire québécois, formé des sept députés bloquistes qui ont claqué la porte du caucus mercredi, amène avec lui ses employés. Or, jusqu’à cette semaine, les dix députés bloquistes mettaient chacun en commun un de leurs adjoints au profit du caucus en entier. Ceux-ci travaillaient comme recherchistes, aux communications et à d’autres fonctions, en soutien à l’ensemble de la formation, qui n’a pas les mêmes budgets que les partis reconnus aux Communes.

Divorce oblige, les sept élus qui ont renié Martine Ouellet entraînent avec eux 70 % de ces ressources parlementaires.

Qui plus est, le temps de parole à la période des questions est proportionnel à la députation des partis. Chaque député indépendant a droit à une question par semaine. Le Groupe parlementaire québécois posera donc dorénavant sept questions par semaine, tandis que les trois bloquistes n’en auront que trois.

L’équipe des députés dissidents y voit l’occasion de se démarquer plus souvent que les trois bloquistes restants. « Quand on a de bonnes questions, on peut “scorer” », a fait valoir l’un d’eux, en notant qu’un bon échange à la période des questions peut se retrouver aux nouvelles télévisées du soir ou dans les journaux.

Le chef parlementaire du Bloc et fidèle soldat de Martine Ouellet, Xavier Barsalou-Duval, n’a cependant pas la même lecture. « La vraie bannière pour défendre les intérêts du Québec, comme pour défendre l’indépendance, c’est la bannière du Bloc québécois, a-t-il rétorqué. L’opinion publique va appuyer et écouter le groupe légitime, qui est le groupe du Bloc québécois qui est derrière sa chef Martine Ouellet. » Quant au nombre de prises de parole aux Communes, il note que les bloquistes pourront en outre se faire entendre lors de points de presse ou faire parler d’eux par des communiqués de presse.

La fracture se creuse

La guerre semblait bien installée entre les deux camps, au lendemain de la défection des sept bloquistes. Les députés démissionnaires avaient perdu, dès mercredi soir, leur accès à la liste des membres de leurs circonscriptions. « Quand Mme Ouellet dit que la porte est grande ouverte et qu’on n’a tout de suite plus accès à nos listes de membres, je trouve que c’est une drôle d’ouverture », a déploré Monique Pauzé.

Elle et ses collègues craignent désormais que le bureau national du parti les exclue officiellement de la formation samedi. Une rencontre est prévue à Montréal. Le bureau national « peut procéder à l’expulsion d’un membre du parti », stipulent ses statuts et règlements. Aucun critère n’est prévu.

Le bureau national et Xavier Barsalou-Duval n’ont pas voulu préciser si l’expulsion des députés démissionnaires était prévue, disant que l’ordre du jour de la rencontre n’a pas encore été distribué. « Les députés dissidents qui ont décidé de quitter le caucus ont indirectement décidé de quitter le Bloc québécois, d’une certaine façon, a commenté M. Barsalou-Duval. Le bureau national va être consulté et ce sera à lui de prendre une décision. »

Michel Boudrias a répliqué qu’ils n’avaient « contrevenu à aucun article fondamental du parti ». « On est sortis du caucus pour des difficultés de travail et de vision avec Mme Ouellet, mais on n’est pas en porte-à-faux avec la vision du Bloc québécois, avec la plateforme qui nous a fait élire », a ajouté Mme Pauzé. Les règles du parti indiquent que « tout membre du Bloc québécois a droit à la dissidence ».

Une vingtaine d’anciens chefs et députés bloquistes ont eux aussi réclamé la démission de Martine Ouellet, dans une lettre ouverte publiée en page Idées, déplorant que, sous sa gouverne, le Bloc québécois n’arrive plus à viser juste. « Par son côté clivant, Martine Ouellet affaiblit la voix du Québec à Ottawa au moment même où il a besoin d’une voix forte. Elle divise les souverainistes au moment où ils ont besoin de s’unir. Elle doit partir », ont-ils imploré.


Martine Ouellet peut-elle être licenciée ?

La chef du Bloc québécois persiste et signe : elle ne quittera pas son poste malgré l’implosion de son caucus. Les instances du parti pourraient théoriquement l’inviter à partir pour le bien de la cause, mais les membres du bureau national appuient la vision et le leadership de Martine Ouellet, qui serait de toute façon libre d’écouter ou non leur demande. Les règles du parti prévoient qu’un vote de confiance ne peut se tenir qu’en congrès national. Le prochain est prévu en mai 2019. Un congrès national extraordinaire peut toutefois être convoqué par le bureau national ou encore si une résolution adoptée en conseil général le réclame. Le prochain conseil général est prévu en mai 2018.
7 commentaires
  • Raymond Chalifoux - Abonné 2 mars 2018 02 h 21

    Lassante, à la fin, cette Martine!

    C'est laquelle, la syllabe qu'elle ne saisit pas dans "dégage!"

    • Nicole D. Sévigny - Abonnée 2 mars 2018 18 h 05

      Peut-être est-ce parce que vous qui n'y comprenez rien...?
      Il y a tellement de non-dits dans cette saga. Mais je pense que
      Martine Ouellet mérite ...mieux.
      Votre "dégage" est très machiste...et démontre votre manque de courtoisie ...
      et, je suis polie.

  • Patrick Boulanger - Abonné 2 mars 2018 05 h 45

    Que c'est dommage cette scission au BQ. En plus, cela arrive après que le NPD a choisi un chef qui ne passera pas au Québec. Allez les bloquistes, unissez-vous!

  • Jeanne M. Rodrigue - Abonnée 2 mars 2018 09 h 28

    Avoir raison contre tous...


    Un certain parallèle avec Madame Ouellet peut être fait actuellement avec la présidente de la Commission des droits de la personne Mme Thermitus qui, nommée aux deux tiers par l’Assemblée nationale (sur recommandation du gouvernement Couillard) est, elle aussi, poussée actuellement vers la sortie pour abus de pouvoir, style de gestion autoritaire, manque de respect, abus d’autorité, etc.

    Dans un cas comme dans l’autre, les choses se sont rapidement gâtées sitôt que Mmes Ouellette et Thermitus sont entrées en fonction il y a près d’un an.

    Dans un cas comme dans l’autre, elles se sont mis à dos: de l’une la majorité de ses députés, de l’autre la majorité de ses membres.

    Les pressions politiques et publiques sont devenues telles qu’aujourd’hui on leur demande de réfléchir à leur avenir, de prendre elles-mêmes la sortie plutôt que de se la faire montrer.

    Qu’est ce qui poussent ces femmes de caractère à penser qu’elles ont raison contre tous, quand personne (ou presque) ne croit encore en elles?

  • Serge Lamarche - Abonné 2 mars 2018 16 h 02

    Nouveau parti pour ceux partis

    Les démissionnaires devraient simplement créer un nouveau parti. Un parti plus de gauche et moins egocentré sur le Québec pourrait supplanter le NPD et avoir beaucoup plus de pouvoir que ce dernier. Il faut laisser tomber l'idée dépassée de la séparation et au contraire unir le Canada francophone et francophile. Acculer les anti-francophones dans un coin serait gagnant.

  • Michel Blondin - Abonné 2 mars 2018 19 h 44

    Un coup de tête!

    Les dissidents sont aussi des rébellés. Ils ne veulent pas se soumettre au chef démocratiquement élu. Il ne peuvent opposés leurs élections en chambre comme un fait ayant plus de valeur que l'élection d'un chef. La démocratie de parti est telle que la règle oblige à se soummetre aux règles du parti. Quel qu'en soit le parti.