Jagmeet Singh et Martine Ouellet, chefs et salariés de leur parti

Jagmeet Singh a démissionné de son poste de député provincial ontarien en octobre dernier, trois semaines après son élection à la tête du NPD fédéral.
Photo: Patrick Doyle La Presse candienne Jagmeet Singh a démissionné de son poste de député provincial ontarien en octobre dernier, trois semaines après son élection à la tête du NPD fédéral.

Le Bloc québécois ne sera pas le seul à devoir financer sa chef en attendant qu’elle se fasse élire à la Chambre des communes. Le NPD aussi versera un salaire à son leader, Jagmeet Singh, et ce, même si, comme ce sera le cas de Martine Ouellet cet automne, il a empoché une généreuse indemnité de départ en démissionnant de Queen’s Park.

Selon les informations obtenues par Le Devoir, M. Singh se fera verser par son parti un salaire égal à celui d’un député fédéral, soit 172 700 $ par année. « Les versements débuteront sous peu lorsque tous les détails administratifs auront été réglés », indique-t-on au parti. M. Singh a démissionné de son poste de député provincial ontarien en octobre dernier, trois semaines après son élection à la tête du NPD fédéral. Comme il a siégé six ans à l’Assemblée législative, il s’est qualifié à une indemnité de départ équivalant à un an de salaire, soit 116 550 $. M. Singh n’entend pas essayer de se faire élire au Parlement fédéral avant l’élection générale d’octobre 2019.

Pour sa part, Martine Ouellet s’est fait voter par le Conseil général du Bloc québécois il y a deux semaines un salaire qui lui sera versé lorsqu’elle cessera d’être députée à l’Assemblée nationale, à compter du 1er octobre. Elle touchera 24 000 $ pour le dernier trimestre de 2018 et 95 000 $ pour 2019. Ce salaire a provoqué la controverse dans les rangs bloquistes et est un des facteurs — bien que mineur — à l’origine de la frustration des sept députés dissidents. Cette rémunération a d’autant plus suscité la grogne qu’en tant qu’ex-ministre et députée provinciale, Mme Ouellet aura droit à une indemnité de départ de 164 197 $.

« C’est pas pire pour faire de la politique », avait lancé avec ironie l’ancien chef bloquiste Daniel Paillé. « Moi, j’aurais pris [l’indemnité de départ] et ça m’aurait suffi. » En tant que chef sans siège entre 2011 et 2013, M. Paillé avait plutôt réclamé un salaire de 25 000 $ par an. Le salaire de Mme Ouellet accaparera presque 10 % du budget annuel de 1,1 million de dollars du Bloc québécois. Le député Luc Thériault — un de ceux qui a depuis quitté le navire de Mme Ouellet —, avait déploré que l’argent ne serve pas plutôt à garnir la caisse électorale du parti, faisant valoir que le financement électoral du Bloc était « en retard ».

Le salaire de M. Singh représente une part moins significative du budget néodémocrate, mais les finances du parti ne sont pas au beau fixe pour autant. Lors de son rapport annuel aux membres fait il y a deux semaines, la trésorière Tania Jarzebiak a révélé que le budget annuel du NPD était passé de 18 millions à 6 millions à la suite de l’élection de 2015. Le parti traîne encore une dette électorale de 3 millions. « Tout n’est pas rose. Nous continuons d’être dans une situation financière précaire », a soutenu Mme Jarzebiak pour inciter les militants à redoubler d’ardeur dans leurs activités de financement. Dans la foulée de l’élection de 2015, au cours de laquelle il a perdu plus de la moitié de sa députation, le NPD a dû congédier un grand nombre de ses employés.

Avec Dave Noël et Marie Vastel