Ottawa offrira 50 millions pour les médias locaux

En présentant les orientations de sa politique culturelle en septembre dernier, la ministre Mélanie Joly avait reconnu les «difficultés du secteur».
Photo: Anna Lubovedskaya / Getty Images En présentant les orientations de sa politique culturelle en septembre dernier, la ministre Mélanie Joly avait reconnu les «difficultés du secteur».

Le gouvernement Trudeau profitera du budget Morneau de mardi pour donner un coup de pouce aux médias canadiens qui traversent une importante crise de leur modèle d’affaires. Une aide de 50 millions sur cinq ans sera notamment débloquée, a appris Le Devoir.

Selon nos informations, les fonds seront octroyés à une ou plusieurs organisations non gouvernementales (ONG) indépendantes. Celles-ci auront une complète autonomie pour administrer l’argent en respectant l’indépendance de la presse. En procédant ainsi, Ottawa veut s’assurer d’éviter tout soupçon d’ingérence.

L’argent devra toutefois servir à soutenir le journalisme local dans des communautés mal desservies, indique une source gouvernementale. Le gouvernement entend insister sur l’aspect « local » de la couverture journalistique. Le fédéral investira ces 50 millions à compter de 2018-2019.

L’aide aux médias qui sera annoncée mardi comportera un deuxième volet, directement inspiré du rapport « Le miroir éclaté », publié en janvier 2017 par le Forum des politiques publiques (FPP). Le gouvernement veut explorer des manières de favoriser la philanthropie et les dons privés pour le journalisme professionnel à but non lucratif et axé sur la production de nouvelles locales.

Notre source indique qu’il pourrait s’agir de faire reconnaître comme organisme à but non lucratif des journaux qui produisent de l’information d’intérêt public.

Nouveau modèle

Le rapport des experts rassemblés par le FPP constatait que les médias d’information canadiens « se trouvent nettement affaiblis face à un environnement très différent, fortement perturbé par l’avènement de l’ère numérique ».

Il relevait que « le journalisme canadien a toujours eu une vocation lucrative », mais qu’on assiste ailleurs « à l’émergence croissante de modèles d’organisation à but non lucratif. Les fondations s’imposent naturellement comme une source de soutien à l’information », remarquait le FPP.

On donnait l’exemple des 2 milliards versés chaque année par des fondations au journalisme aux États-Unis. « Désormais, à Philadelphie, les deux quotidiens sont devenus des organismes sans but lucratif, tandis qu’au Royaume-Uni, le Guardian bénéficie depuis des décennies du soutien de l’organisme de bienfaisance Scott Trust », écrivaient les auteurs.

C’est dans cette optique que le FPP proposait de « supprimer les obstacles au financement philanthropique », de manière à « créer une nouvelle source de financement potentiel pour les entreprises de nouvelles canadiennes en facilitant l’intervention du secteur philanthropique pour aider le journalisme ».

Cela impliquerait notamment de modifier les lois et des règlements sur les organismes de bienfaisance.

Voilà plusieurs mois que les éditeurs de journaux canadiens, de même que des syndicats représentant les journalistes, font pression pour que le gouvernement fédéral vienne en aide à une industrie qui subit de plein fouet les contrecoups de la chute des revenus publicitaires au profit des géants américains du Web.

En présentant les orientations de sa politique culturelle en septembre dernier, la ministre du Patrimoine canadien, Mélanie Joly, avait reconnu les « difficultés du secteur ». Le gouvernement ne s’engageait à rien de précis, mais disait que « les mesures prises par le gouvernement [devront] respecter l’indépendance des médias », et qu’il n’avait « pas l’intention de soutenir les modèles qui ne sont plus viables pour l’industrie ».

1 commentaire
  • Marie Nobert - Abonnée 24 février 2018 03 h 38

    La «théorie de l'évolution», les «rhéteurs» et les «casuistes»... (!)

    Sans commentaire.

    JHS Baril