Affaire Airbus: Brian Mulroney se dit victime d’une «machination»

L’ancien premier ministre du Canada Brian Mulroney, à Washington, le 30 janvier dernier
Photo: Jacquelyn Martin Associated Press L’ancien premier ministre du Canada Brian Mulroney, à Washington, le 30 janvier dernier

L’ancien premier ministre du Canada Brian Mulroney prétend avoir été victime de la « malveillance » des précédents gouvernements qui ont engouffré des dizaines de millions de dollars pour tenter de prouver sa culpabilité. C’est du moins ce qu’il déplore dans la préface qu’il signe de la biographie de son ancien homme de confiance Luc Lavoie, publiée ces jours-ci.

La « mascarade » Airbus, écrit M. Mulroney, fut « une machination politique entièrement fabriquée par une journaliste de Toronto [Stevie Cameron] qui avait développé une haine particulière envers moi-même et ma famille ». « Toute l’affaire était un canular politique inventé par cette soi-disant journaliste et ses amis au sein du gouvernement libéral », continue-t-il.

Selon M. Mulroney, les gouvernements canadiens se sont acharnés sur lui et ont ainsi dilapidé les fonds publics.

Aucun premier ministre [...] n’a fait l’objet d’autant d’enquêtes

 

« Une enquête parlementaire n’a trouvé aucune preuve d’actes répréhensibles de ma part et une commission royale d’enquête en est venue à la conclusion que je n’avais commis aucun crime. Des dizaines de millions de dollars provenant des poches des contribuables — certains estiment que la somme pourrait atteindre 40 millions — ont été gaspillés par le gouvernement du Canada pour tenter de prouver ma culpabilité. Aucun premier ministre dans l’histoire du pays n’a fait l’objet d’autant d’enquêtes. […] Toute cette affaire fut un fardeau presque insupportable pour ma famille et pour moi-même. Mais nous avons persévéré et nous avons gagné. »

En 1995, le gouvernement canadien avait demandé par lettre à la Suisse de l’aider dans une enquête touchant Brian Mulroney relativement à de présumés pots-de-vin versés dans le cadre de l’achat d’avions Airbus par Air Canada (alors une société de la Couronne). Apprenant que la lettre s’apprêtait à devenir publique, l’équipe de M. Mulroney, dont Luc Lavoie était, décide de concocter une poursuite en diffamation.

« Deux choses me tenaient à coeur dans l’élaboration de la requête : le ton et le montant de la poursuite, raconte M. Lavoie dans sa biographie En première ligne, le parcours atypique d’un communicateur. Je voulais, comme on dit chez nous, que ça “fesse dans le dash” ! D’abord, le ton : je souhaitais éviter une poursuite gnangnan avec des “eu égard”, des “nonobstant” et autres avocasseries. M. Mulroney avait été sali ; il fallait le dire comme ça. […] J’étais d’avis que le montant de la poursuite devait frapper l’imaginaire. Les avocats parlaient d’un million de dollars ; je penchais plutôt pour 100 millions. »

Règlement à l’amiable

La logique de M. Lavoie était simple : faire ombrage à la lettre calomnieuse. « Quand la nouvelle de la lettre va sortir, il faut qu’on crée une explosion tellement énorme qu’elle va pomper l’air au complet. » M. Mulroney réclamera finalement 50 millions. La poursuite sera réglée à l’amiable en 1997, Ottawa versant 2,1 millions de dollars à M. Mulroney pour ses frais, notamment les honoraires de M. Lavoie.

Lors des interrogatoires d’avant-procès, M. Mulroney avait soutenu que sa relation avec le controversé homme d’affaires Karlheinz Schreiber (soupçonné d’être à l’origine des pots-de-vin) était marginale et se limitait à prendre « une tasse de café ».

Mais en 2003, le Globe and Mail révèle que M. Mulroney a touché 300 000 $ en argent comptant de M. Schreiber en 1993 et 1994. M. Mulroney parle plutôt de 225 000 $, somme qu’il a déclarée cinq ans plus tard au fisc dans le cadre d’une entente à l’amiable lui permettant d’être imposé seulement sur la moitié du montant.

La commission d’enquête Oliphant conclura en 2010 que M. Mulroney n’avait effectué aucun travail pour cet argent et qu’en l’acceptant, l’ex-premier ministre avait violé le code d’éthique des titulaires de charge publique. Il lui reproche aussi de ne pas avoir joué franc jeu en cachant les paiements pour mieux signer une entente à l’amiable.

En bon homme de confiance qu’il a été, Luc Lavoie ne s’épanche pas sur cet épisode (il ne mentionne même pas les enveloppes d’argent) et n’offre aucun nouvel éclairage.

Luc Lavoie clôt ce chapitre de sa biographie par un paragraphe laconique.

« Le commissaire Oliphant conclut, en 2010, que M. Mulroney avait fait preuve d’imprudence, mais n’avait commis aucun crime. M. Mulroney me confiait encore tout récemment : “Luc, quand je vais mourir, dis-toi que j’aurais dû vivre 10 années de plus. L’affaire Airbus m’a enlevé 10 ans de ma vie.”»