Hivon, Plante ou Trudeau, les nouveaux porteurs de charisme en politique

Cette semaine, Jean-François Lisée a annoncé qu’il nommait la députée de Joliette, Véronique Hivon, vice-chef du PQ. L’élue est l’une des personnalités politiques les plus estimées du Québec, avec un taux d’évaluation négatif d’à peine 5%.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Cette semaine, Jean-François Lisée a annoncé qu’il nommait la députée de Joliette, Véronique Hivon, vice-chef du PQ. L’élue est l’une des personnalités politiques les plus estimées du Québec, avec un taux d’évaluation négatif d’à peine 5%.

Jean-François Lisée, chef du Parti québécois réputé hautain et distant, a annoncé fin janvier la promotion de sa collègue députée Véronique Hivon au poste de vice-chef de leur formation. Le PQ stagne à 20 % dans les intentions de vote. La Coalition avenir Québec attire le double des parts potentielles. Et les jeunes (18-35 ans) se disent plus attirés par le Parti libéral du Québec, au pouvoir depuis le début du siècle, selon le dernier sondage Léger–Le Devoir. Bref, le PQ est dans les câbles, pour ne pas dire a un genou par terre, et il lui faut contre-attaquer, quitte à inventer un poste de deuxième chef.

Confier ce dernier à Mme Hivon semble tout naturel. Cette politicienne demeure une des plus estimées du Québec, avec un taux d’évaluation négatif d’à peine 5 %, selon un coup de sonde récent. Elle a été décrite par le chroniqueur politique de L’actualité comme « une femme dynamique, jeune, respectée et associée à une manière noble de faire de la politique ».

Le noeud de l’affaire semble loger là. Véronique Hivon annonce ce que Justin Trudeau réalise, ce que Valérie Plante confirme : une manière de « faire de la politique autrement », selon le nouveau slogan des faiseurs de rois et de reines. Et, non, la volte-face sur la réforme du mode de scrutin fédéral ou la hausse des taxes municipales ne changent rien au fait que ces politiciens montrent effectivement une nouvelle manière de faire de la politique.

Il y a aussi Emmanuel Macron en France. Ou le mouvement Run for Something aux États-Unis, qui encourage les jeunes, les femmes et les candidats issus des minorités à se présenter. En novembre, un scrutin en Virginie a fait élire une première candidate transgenre de l’histoire de la démocratie américaine.

Question de présentation

Le style, c’est l’homme. Et la femme aussi. Et toutes les nuances sont maintenant intersectionnées.

« Ces exemples de Véronique Hivon, de Valérie Plante ou d’Emmanuel Macron s’inscrivent dans une forme de renouveau de la pratique politique positive au lieu de la politique négative et critique qui s’en prend constamment aux opposants », commente la professeure Mireille Lalancette, spécialiste de la communication politique et des représentations médiatiques de l’UQTR. « C’était d’ailleurs un des éléments clés de la campagne de Trudeau : il a fait une campagne positive, ce qu’ont aussi fait Macron et Valérie Plante. Je pense que les gens, surtout les jeunes, sont tannés d’une forme de politique agressive avec des publicités d’attaque. »

Elle cite l’exemple des comptes des réseaux sociaux du Parti conservateur du Canada, toujours dans la même vieille veine développée du temps de Stephen Harper autour d’une logique d’affrontement et de dénonciation des libéraux et de Justin Trudeau en particulier. « Le négativisme peut encore fonctionner, ajoute la professeure Lalancette. Donald Trump en fournit la preuve. Mais je pense aussi que la politique américaine constitue un cas différent du nôtre. »

Âme de leader

Le style de leadership en progression apparente repose sur une personnalité liante qui entraîne les autres dans un projet ambitieux par la force de sa conviction optimiste. La sociologie et la science politique parlent de « charisme » pour décrire cette rare capacité, notion empruntée à l’étude des religions.

À la base, l’idée du charisme évoque une relation forte faite d’allégeance et d’obéissance. Le mot a servi à décrire les dictateurs modernes, surtout Hitler et Mussolini. Mais il peut effectivement encore aider à comprendre la capacité de certaines personnalités à séduire, incarner, convaincre et parfois subjuguer par le sourire et la confiance, l’altruisme et l’authenticité.

Photo: Frederic J. Brown Agence France-Presse L’icône de la télévision Oprah Winfrey a fait l’objet de rumeurs de candidature à la présidence, après son discours touchant de la soirée des Golden Globes, début janvier.

« On retrouve dans l’approche très charismatique actuelle les qualités positives recherchées chez un leader politique : l’honnêteté, l’intelligence, la bienveillance, la sincérité, la fiabilité », dit encore Mme Lalancette, en citant cette fois les recherches de la politologue Amanda Bittner de l’Université Memorial, auteure d’une étude sur le rôle des leaders en politique (Platform or Personality ? Oxford UPr, 2011). « Mme Bittner dit que ce sont les qualités clés pour évaluer un politicien. Quand on vote, la personnalité joue un rôle central. »

Les librairies spécialisées en administration regorgent de bouquins à la sauce HEC psychopop vantant le leader positif, le leader vertueux, le leader tranquille, le réflexe Soft Skills, le leader collectif (que des titres authentiques), sans oublier le délicieux et récent Comment Jésus a coaché douze personnes ordinaires pour en faire des leaders extraordinaires (Salvator), qui n’a peut-être aucun rapport, d’autant moins qu’à douze apôtres, la démonstration inclut un certain Judas…

Galvaniser les foules

Cela pour dire que l’esprit du temps semble moins être au chef de guerre qu’au diplomate gentil, généreux, altruiste, rassembleur et consensuel. Après le très senti discours d’Oprah Winfrey à la soirée des Golden Globes début janvier, la mégastar a immédiatement été citée comme candidate potentielle à la présidentielle états-unienne de 2020. Les sondages des jours suivants la donnaient gagnante.

Elle-même nie vouloir entrer en lice. Un commentateur a conclu qu’il s’agissait maintenant de tirer les leçons données par cette célébrité hors norme aux hommes et aux femmes politiques d’aujourd’hui.

« Ce n’est pas qu’une affaire de personnalité, d’image, de surface, enchaîne la professeure Lalancette. Il faut un fond d’authenticité. Sinon, le vernis craque rapidement. On peut apprendre à mieux faire des discours, utiliser le verbal et le non-verbal, maîtriser le storytelling. Quand c’est faux, ça paraît. C’est d’ailleurs encore plus vrai dans notre nouvel univers médiatique qui renforce la nécessité d’authenticité positive. Quand on est constamment surveillé par les nouvelles plateformes, on peut encore moins tricher. »

Le cas Justin Trudeau

Justin Trudeau vit sous les projecteurs et dans les médias sociaux. La professeure Mireille Lalancette, qui a démonté dans une étude le mythe du leader obsédé par les égoportraits (il n’y en a pas sur son compte Instagram), ajoute que le jeune premier ministre canadien, néanmoins photogénique, défend une réelle volonté de réformer le vieux système politique, le boy’s club macho, par exemple en imposant la parité des femmes dans son cabinet.

Myriam Durocher propose une autre vision, plus critique, dans son mémoire intitulé Analyse des représentations et des enjeux de pouvoir produisant la personnalité publique politique célèbre au Québec : le cas Justin Trudeau (UdeM 2014). Sa lecture du célèbre cas se fait à partir des cultural studies.

« Je ne voulais pas développer une approche psychologique, explique au Devoir la doctorante en communications de l’UdeM. Je m’intéressais à l’engouement pour une personne par l’entremise des médias, à la représentation du personnage célèbre, mais aussi aux enjeux de pouvoir liés à la représentation de politiciens en tant que personnalités publiques célèbres. »

La course à la chefferie libérale a fourni le « terrain ». Mme Durocher a mis en évidence la « biographisation » et l’hétéronormativité de Justin Trudeau.

« Je me suis intéressée à certaines représentations (l’homme politique, le chef d’État, le père de famille, le fils de…) en me demandant pourquoi elles reviennent constamment. Les enjeux d’hétéronormativité dominaient. On voyait constamment Trudeau avec sa famille et on le présentait donc comme un bon chef pour la nation. »

Le célèbre combat de boxe Trudeau-Brazeau de mars 2012 a accentué l’image du leader fort, masculin, capable de tendresse à ses heures, mais puissant et déterminé. « C’est empreint d’une symbolique très forte. L’histoire du combat de boxe a été déterminante dans la constitution de la représentation de cette personnalité publique. »

L’image a fait le tour du monde. Elle sera dans le nouveau dessin animé Our Cartoon President (Showtime) caricaturant le gouvernement Trump, qui débute le 11 février. Les concepteurs ont annoncé qu’un épisode mettrait en évidence la tablette de chocolat abdominale de Justin Trudeau pendant un dîner officiel à la Maison-Blanche…

3 commentaires
  • Jean-François Trottier - Abonné 3 février 2018 08 h 00

    Et pourquoi une liste si courte ?

    Je me demande par quel miracle Gabriel Nadeau-Dubois ne fait pas partie de cette liste.

    Le suspense qu'il a entretenu pendant plusieurs semaines pour "créer l'événement" quand il a fait son entrée officielle chez QS a été du grand théâtre. On y a vu un sens du rythme remarquable. Il a ponctué cette entrée en martelant des accusations de traîtrise généreusement et sans nommer personne, ce qui dit bien comment il manie à la perfection les effets de manche.
    Depuis, il reste dans les clous de l'orthodoxie QS, parfaitement lisse et toujours la main sur le coeur. Si on regarde son visage on constate comment il sait rester impassible en toute circonstance, ce qui pour beaucoup représente une force, une distance face à l'événement. D'autres parlent de "poker face", c'est selon.

    En tout cas il a la caractéristique d'être entier. Quel que soit le sujet il ramène tout à une vision générale assez simple pour être comprise de tous, ce qui est très important pour l'image en politique. Il renvoie une image d'intellectuel-qui-a-réfléchi, un peu froid mais "forcément honnête".

    Certains ont le charisme de la proximité, comme Plante qui pourrait être ma voisine. D'autre ont celui du leader un peu lointain empreint d'une "mission". comme GND.
    Un beau show.

    Je pourrais aussi décrire le personnage Manon Massé, aussi droit qu'une statue, très on-va-voir-c'qu'on-va-voir". On a bien travaillé autour d'elle pour la garder aussi frustre tout en polissant légèrement son discours.

    Enfin je prie M. Baillargeon d'expliquer : "Véronique Hivon annonce ce que Justin Trudeau réalise, ce que Valérie Plante confirme".

    Justin Trudeau n'a à peu près rien réalisé depuis son arrivée sauf asseoir son pouvoir. Presque chaque semaine il fait le contraire de ce qu'il a déjà dit. Alors, réalisé ????

    Valérie Plante a débuté son mandat en blâmant l'administration précédente et en faisant le contraire d'une promesse de campagne.

  • Yvon Bureau - Abonné 3 février 2018 09 h 11

    De la noblesse et de l'humilité et de la solidarité

    V Hivon «associée à une manière noble de faire de la politique ».
    Oui. Oui. Oui.
    Ce dont nous avons besoin le plus en politique actuellement, c'est de la NOBLESSE!

    J'ai été témoin privilégié et expert depuis la création de la Commission sur la question de mourir dans la dignité (déc. 2009) à l'adoption de la Loi sur les soins de fin de vie en juin 2014. De la noblesse et de l'intense plaisir du Travailler ensemble pour une Cause, tout cela j'en ai vu et vécu+++. Ce fut de beaux et bons moments de vie de création.

    Le plaisir de créer du Bon et du Pour longtemps en politique, ça n'en prend de la noblesse, de l'humilité et de la solidarité!

  • David Cormier - Abonné 5 février 2018 09 h 18

    N'importe quoi

    "Et, non, la volte-face sur la réforme du mode de scrutin fédéral ou la hausse des taxes municipales ne changent rien au fait que ces politiciens montrent effectivement une nouvelle manière de faire de la politique."

    Ces politiciens vous ont trahis. Ils vous ont menti pour se faire élire. Mais fiez-vous à Stéphane Baillargeaon qui, lui, a vu la lumière : Trudeau et Plante font de la politique autrement. Ok? Avez-vous compris? Aussi, n'oubliez pas! Jean-François Lisée est "réputé hautain et distant". Ils l'ont dit à l'émission "À la semaine prochaine", donc j'imagine que ça doit être vrai! Couillard, lui, cet homme si "intelligent" (comme on l'a souvent lu dans les pages du Devoir), lui il n'est pas hautain du tout et il est si proche de la population!