Affaire Dykstra: Andrew Scheer lance une enquête

Depuis trois jours, Andrew Scheer et son parti refusaient de commenter le dossier.
Photo: Adrian Wyld La Presse canadienne Depuis trois jours, Andrew Scheer et son parti refusaient de commenter le dossier.

Après avoir martelé qu’il ne discuterait pas du passé de son parti, le chef conservateur Andrew Scheer a changé d’avis. Il y aura finalement une enquête sur le cas de Rick Dykstra, à qui les conservateurs ont permis de briguer l’élection de 2015 malgré qu’une plainte d’agression sexuelle ait été déposée contre lui.

Depuis trois jours, le chef et son parti refusaient de commenter le dossier. Mais certains députés réclamaient des explications, dans les couloirs du parlement mercredi. En fin de journée, Andrew Scheer a annoncé qu’il avait commandé une enquête externe.

« Récemment, de sérieuses allégations ont été faites au sujet d’une décision prise par des individus non nommés ayant participé à la campagne de notre parti en 2015 », a-t-il déploré.

« Il est difficile d’affirmer les faits quand des sources parlent anonymement aux médias. »

Le parti a été sommé de confier cette affaire à une tierce partie. Ni le chef ni le Parti conservateur n’ont précisé si les personnes concernées faisaient toujours partie de la formation ou si elles seraient les bienvenues dans l’équipe pour la prochaine campagne électorale.

L’ex-député Rick Dykstra a quitté son poste de président du Parti progressiste-conservateur ontarien dimanche, après qu’il fut révélé qu’il avait fait l’objet d’une plainte à la police pour agression sexuelle en 2014 lorsqu’il était encore député fédéral.

Une ancienne employée parlementaire l’a accusé de l’avoir rejointe dans un taxi au terme d’une soirée arrosée, d’avoir insisté pour qu’elle l’accompagne chez lui et de l’avoir alors forcée à lui faire une fellation. M. Dykstra nie ces allégations.

L’équipe de campagne du Parti conservateur fédéral en aurait cependant eu vent, selon le magazine Maclean’s, et permis à M. Dykstra d’être candidat pour le parti à l’élection de 2015.

« Si ces allégations s’avèrent véridiques, on doit s’assurer que cela ne se reproduira pas, a insisté le chef Andrew Scheer, sans jamais nommer Rick Dykstra. Il est essentiel, pour ce faire, de comprendre ce qui s’est passé exactement. »

Pas tous pour l’enquête

Cette introspection n’était toutefois pas le souhait de tous. Le député Maxime Bernier exigeait mercredi des explications du parti.

« C’est eux qui savaient ces faits-là à l’époque et ils doivent nous répondre », scandait-il à son arrivée au parlement.

« Il y a des questions qui doivent se poser », acquiesçait Gérard Deltell, estimant toutefois que parler d’une « enquête » était un « grand mot ».

Les deux Québécois semblaient faire partie d’une minorité au caucus.

La chef adjointe du parti, Lisa Raitt, plaidait qu’il fallait plutôt regarder vers l’avant et s’assurer qu’un processus sera en place dorénavant pour recueillir ce genre de plainte. À l’avenir, ce sera tolérance zéro, a-t-elle martelé.

« Je ne veux pas que ce soit une chasse aux sorcières rétrospective », a pour sa part argué Erin O’Toole.

« Mais comment allez-vous aller de l’avant si vous ne savez pas ce qui a mal fonctionné dans le passé ? » leur a rétorqué Marilyn Gladu, la seule autre élue dans le camp de Maxime Bernier et Gérard Deltell.

Andrew Scheer a promis que les résultats de l’enquête seraient rendus publics.

Le premier ministre Justin Trudeau, qui a réclamé une enquête sur son ministre démissionnaire Kent Hehr, accusé d’avoir fait commentaires à connotation sexuelle déplacés et d’avoir mis la main sur les fesses d’une employée politique, n’a pas voulu faire la même promesse mercredi.

Une source conservatrice a relaté au magazine Maclean’s que le sort de Dykstra avait été discuté autour d’une table, au quartier général de la campagne en 2015.

Le directeur de la campagne, Guy Giorno, a affirmé au Globe and Mail qu’il ne se souvenait pas d’une telle rencontre. Il n’a pas poussé l’allégation plus loin, lorsqu’il l’a apprise, car le dossier policier avait été fermé et qu’il n’avait pas plus d’informations.

De l’avis de Maxime Bernier, la décision d’approuver ou non une candidature électorale en était une donnée « par le parti, avec le chef du parti » — soit Stephen Harper à l’époque.

D’autres conservateurs soutiennent qu’il est fort possible que le chef n’ait pas été informé pour le protéger d’une telle décision.