Le mouvement #MoiAussi inspire un projet de loi

La ministre de l’Emploi et du Travail, Patricia Hajdu
Photo: Adrian Wyld La Presse canadienne La ministre de l’Emploi et du Travail, Patricia Hajdu

Le Parlement fédéral a repris du collier lundi, entamant ses travaux avec un débat tout à fait dans l’air du temps : le harcèlement en milieu de travail. Les élus ont convenu d’accélérer l’adoption du projet de loi C-65 obligeant les employeurs, incluant les députés fédéraux, à se doter d’un mécanisme formel de traitement des plaintes.

Le débat a été l’occasion pour certaines élues de se vider le coeur. « Les femmes sont encore touchées. Nos cheveux sont encore caressés. Nos épaules sont encore massées. On nous fait encore des accolades ou des baisers sur les joues qui s’étirent un peu trop longtemps », s’est désolée la conservatrice Michelle Rempel. Elle offre ce conseil à ses collègues masculins : « Les gens devraient se servir de leur tête et ne pas faire les imbéciles. Ils ne devraient pas se saouler avec un groupe de jeunes employées et prendre un taxi avec l’une d’elles pour la ramener à la maison. »

La libérale Pam Damoff s’est elle-même souvenue d’un député qui lui avait fait « des avances sexuelles complètement inappropriées » lorsqu’elle travaillait sur la colline parlementaire dans sa jeunesse. « Malheureusement, les choses ont peu changé depuis le début des années 1980. »

La ministre de l’Emploi et du Travail, Patricia Hajdu, a soutenu que « la colline parlementaire est le théâtre d’un déséquilibre de pouvoirs, qui perpétue une culture où les gens avec beaucoup de pouvoir et de prestige peuvent l’utiliser pour victimiser les gens qui travaillent pour nous ». Elle a parlé de son projet de loi comme d’une initiative « qui va abattre la culture patriarcale dans laquelle nous vivons, pensée par les hommes pour les hommes ».

Le projet de loi C-65 oblige tout employeur sous juridiction fédérale (transport aérien, télécommunication, banque) à se doter d’un processus pour traiter les plaintes de harcèlement, incluant la désignation d’un tiers pour agir à titre de médiateur lorsque l’agresseur présumé est l’employeur. Le médiateur rédigera des recommandations qui devront être respectées.

Chacun des 338 petits bureaux de députés devra se doter d’un tel mécanisme. Ils pourront s’inspirer de gabarits conçus par le ministère du Travail.

Quant à l’absence de pénalité dans le projet de loi, la ministre Hajdu se fait rassurante. Un rapport public serait déposé à la Chambre des communes en cas de non-application des recommandations du médiateur. « Il y a, comme vous le savez, des implications politiques importantes pour un député ou un parlementaire quand une chose aussi terrible est discutée à la Chambre de communes. »

Conservateurs et néodémocrates comptent proposer des amendements au C-65. Ils demandent que les notions de harcèlement sexuel et de consentement soient clairement définies, et que le lieu de travail soit défini de manière à inclure les lieux associés aux activités parlementaires.

Hehr et Dykstra

Ce débat survient alors que d’autres allégations ont fait surface au cours de la fin de semaine.

Rick Dykstra a quitté son poste de président du Parti progressiste-conservateur ontarien (PPCO) après qu’il a été dévoilé qu’il avait fait l’objet d’une plainte à la police pour agression sexuelle en 2014 alors qu’il était encore député fédéral.

Une ancienne employée parlementaire l’a accusé de l’avoir rejointe dans un taxi au terme d’une soirée arrosée et d’avoir insisté pour qu’elle l’accompagne chez lui. Une fois dans l’appartement, il l’aurait forcée à lui faire une fellation. La jeune femme dit avoir avisé à l’époque le bureau du whip conservateur. M. Dykstra a néanmoins pu être candidat à l’élection de 2015. Il n’a pas été réélu et s’était recyclé au sein du PPCO. M. Dykstra nie ces allégations.

Le chef conservateur fédéral, Andrew Scheer, a refusé d’expliquer cette situation lundi. « Je ne peux pas discuter des décisions prises par les équipes de campagne précédentes, mais si le parti était mis au courant d’une allégation d’agression sexuelle aujourd’hui, la personne en cause serait immédiatement rejetée en tant que candidat du Parti conservateur du Canada, jusqu’à la fin d’une enquête », a-t-il martelé.

Il a cependant refusé d’indiquer s’il demanderait des comptes au parti ou la démission des personnes impliquées à l’époque.

Pour sa part, le ministre déchu Kent Hehr s’est fait reprocher d’avoir placé sa main sur l’arrière-train d’une jeune femme au moment de prendre une photo avec elle. Cette seconde allégation visant M. Hehr a été transmise à l’enquêteuse externe retenue par le Parti libéral pour faire la lumière sur le cas de M. Hehr.

Au tour d’Elizabeth May

Le Parti vert du Canada a retenu les services d’un cabinet d’avocats de Toronto pour mener une enquête indépendante sur les allégations de harcèlement visant sa chef. Trois ex-employés du parti reprochent à Elizabeth May d’avoir instauré un climat de travail malsain caractérisé par la violence « verbale et émotive ». L’un d’eux a parlé de la chef comme d’une « intimidatrice » qui est « mesquine jusqu’à la moelle ». Certains des faits reprochés datent de 2006. « Ces histoires sont risibles, même si je ne ris pas », a indiqué Mme May. C’est elle-même qui a demandé cette enquête dont les résultats seront rendus publics d’ici quatre semaines. « Ces trois individus ont esquissé une caricature de ma personne qui n’a aucune ressemblance avec la réalité. »

1 commentaire
  • Serge Lamarche - Abonné 30 janvier 2018 16 h 19

    Sans commentaire?

    Des accollades, des baisers sur les joues, des épaules massées. C'est incroyable la souffrance des femmes! Je comprend soudain la trans-sexualité.