Inconduite sexuelle: les conservateurs ontariens secoués par le départ de leur chef

Patrick Brown a nié catégoriquement les allégations et affirmé qu’il se défendrait en cour.
Photo: Aaron Vincent Elkaim La Presse canadienne Patrick Brown a nié catégoriquement les allégations et affirmé qu’il se défendrait en cour.

Le Parti progressiste-conservateur de l’Ontario choisira un chef intérimaire vendredi pour remplacer Patrick Brown, qui a démissionné dans la nuit à la suite d’allégations d’inconduite sexuelle portées par deux femmes.

La chef adjointe du parti Sylvia Jones n’a pas précisé, jeudi, si ce chef intérimaire mènera les troupes conservatrices dans la campagne électorale en vue du scrutin prévu dans moins de cinq mois, le 7 juin. Mme Jones a précisé que ce sera au caucus de décider si une course à la direction du parti sera organisée entre-temps.

M. Brown a annoncé, au début de la nuit jeudi, par communiqué, qu’il démissionnait de la direction du parti en raison d’allégations d’inconduite sexuelle qui le visent. Il avait tenu en fin de soirée mercredi une conférence de presse à Toronto au cours de laquelle il avait nié catégoriquement les allégations, et affirmé qu’il se défendrait devant les tribunaux. Il a alors soutenu qu’il avait été mis au fait des allégations plus tôt en journée, mais il n’a rien dit sur la nature de ces allégations.

Le réseau de télévision CTV soutenait mercredi avoir parlé à deux femmes qui ont dénoncé un comportement inapproprié à caractère sexuel de M. Brown à leur endroit à l’époque où il était député fédéral. Les allégations n’ont pas été vérifiées par La Presse canadienne ni examinées par un tribunal.

Le communiqué du parti précisait que M. Brown avait pris sa décision après avoir consulté des membres de son caucus, des amis et sa famille. Il demeurera toutefois député à l’Assemblée législative de l’Ontario. Mme Jones a expliqué jeudi que le parti ne pouvait se présenter en campagne électorale avec de telles allégations qui flottent dans l’air.

M. Brown avait été élu pour la première fois comme député fédéral en 2006, puis réélu en 2008 et en 2011, avant de prendre la tête du Parti progressiste-conservateur de l’Ontario en 2015. Sous sa gouverne, les conservateurs avaient récemment réussi à prendre la tête dans les sondages face aux libéraux de Kathleen Wynne.

La première ministre Wynne n’a pas voulu commenter spécifiquement le cas de M. Brown, jeudi, se contentant de dénoncer de façon générale les agressions sexuelles et le harcèlement.

Qui sera chef intérimaire ?
Les spéculations allaient bon train, jeudi, sur le choix du futur chef intérimaire. Certains songent tout naturellement à Christine Elliott, qui avait terminé deuxième lors de la course à la direction du parti en 2015. Mme Elliott était alors depuis neuf ans députée de Whitby-Oshawa, circonscription représentée auparavant par son défunt mari, Jim Flaherty, avant qu’il ne fasse le saut en politique fédérale. Mme Elliott est Protectrice des patients en Ontario depuis 2016.

D’autres suggèrent le nom de Lisa MacLeod, vétérane de la politique en Ontario. Élue depuis 2006, elle avait été un moment candidate dans la course à la direction en 2015, mais elle avait finalement appuyé Christine Elliott. Elle a été l’une des premières conservatrices à commenter, par communiqué, les allégations visant M. Brown mercredi.

On a aussi évoqué le nom de Caroline Mulroney, qui est devenue récemment la candidate progressiste-conservatrice dans la circonscription de York-Simcoe. La fille de l’ex-premier ministre canadien Brian Mulroney était jusque-là vice-présidente d’une firme d’investissements de Toronto.

Le député de Nipissing, Vic Fideli, a démontré de l’intérêt pour le poste, jeudi.

Réaction de Justin Trudeau


Le premier ministre Justin Trudeau a salué, jeudi, le courage des femmes qui ont dénoncé les inconduites sexuelles du chef du Parti progressiste-conservateur de l’Ontario.

 

En voyage officiel à Davos, en Suisse, M. Trudeau a indiqué jeudi que de telles allégations doivent toujours être prises très au sérieux. Il dit avoir une pensée pour ces femmes qui ont eu le courage de se manifester, et il espère qu’elles trouveront du réconfort parmi leurs proches et dans la communauté en général.
 

Le premier ministre a dit espérer que leur exemple trouvera des échos.
 

L’actuel chef conservateur à Ottawa, Andrew Scheer, a estimé que les allégations qui visent M. Brown doivent faire l’objet d’une enquête approfondie.

L’inconduite sexuelle et le harcèlement sexuel n’ont pas leur place dans la société canadienne, en particulier dans notre système politique.

M. Trudeau, qui répète que son gouvernement pratique la politique de tolérance zéro en cette matière, avait d’ailleurs profité de son allocution au Forum économique mondial de Davos, plus tôt cette semaine, pour encourager les chefs d’entreprises et les politiciens à en faire davantage pour lutter contre ce problème.
 

« #MoiAussi, #TimesUp, la Marche des femmes: ces mouvements nous enseignent qu’il faut entamer une discussion sérieuse sur les droits des femmes, l’équité, et les dynamiques de pouvoir entre les genres », disait M. Trudeau mardi.