Décès de l’ancien haut-commissaire John Ford

La reine Elizabeth II et le premier ministre Pierre Elliot Trudeau, au moment de signer la Loi de 1982, qui a permis le rapatriement de la Constitution canadienne en avril 1982.
Photo: Ron Poling La Presse canadienne La reine Elizabeth II et le premier ministre Pierre Elliot Trudeau, au moment de signer la Loi de 1982, qui a permis le rapatriement de la Constitution canadienne en avril 1982.

John Ford, l’ancien haut-commissaire britannique au Canada, est décédé le 16 janvier, a annoncé sa famille. En 1981, Ford s’était opposé aux visées du premier ministre Pierre Elliott Trudeau, lequel souhaitait alors rapatrier à Ottawa la Constitution de Londres afin de l’adapter à ses vues politiques.

Le 30 avril 1981, dans une dernière dépêche diplomatique, le haut-commissaire affirme que Trudeau manipule les médias canadiens sur la question du rapatriement.

Trudeau, selon lui, avait, « dans une certaine mesure, déterminé la réaction du public ». Il ajoute que René Lévesque avait raison : « Il s’agissait d’un tour de force, comme l’a décrit M. Lévesque, une véritable tentative de coup d’État pour changer l’équilibre des forces dans la fédération. »

Selon Frédéric Bastien, auteur, sur cette question du rapatriement de la Constitution, d’un livre intitulé La bataille de Londres, le diplomate Ford était manifestement opposé à Trudeau.

« Il avait critiqué non seulement le projet de rapatriement, mais aussi la politique énergétique de Trudeau. Ford prenait fait et cause pour les provinces qui étaient opposées au premier ministre. »

Pourquoi ? Selon l’historien, les archives à ce sujet sont très claires : « Foncièrement, il croyait que l’attitude de Trudeau était inacceptable et que l’appui du Parlement à Londres ne pouvait pas être tenu pour acquis d’emblée. Trudeau affirmait avoir l’appui de Margaret Thatcher, la première ministre anglaise, mais l’appui de la Dame de fer était tout de même plus calibré qu’il ne le disait. »

Trudeau entendait alors profiter de la fenêtre de possibilités politiques que lui donnaient sa réélection impromptue du 18 février 1980 et la défaite référendaire québécoise du 20 mai 1980. Le diplomate de carrière fut accusé d’exercer des pressions afin qu’échouent les plans du premier ministre canadien.

À Londres, on s’inquiétera de l’action de Ford. Sa retraite, déjà prévue, fut précipitée.

En février 1981, le ministre des Affaires étrangères du Canada, Mark MacGuigan, affirmait pourtant en public que rien ne prouvait les allégations lancées contre le diplomate britannique. John Ford fut en poste au Canada de 1978 à 1981. Il est décédé à l’âge de 95 ans.