Enquête nationale sur les femmes autochtones: il est temps de faire table rase

La conservatrice Cathy McLeod estime que la commissaire en chef, Marion Buller (sur la photo), doit être remplacée pour donner un nouveau souffle à la commission d'enquête.
Photo: Darryl Dyck La Presse canadienne La conservatrice Cathy McLeod estime que la commissaire en chef, Marion Buller (sur la photo), doit être remplacée pour donner un nouveau souffle à la commission d'enquête.

Les difficultés de l’enquête nationale sur les femmes autochtones ont assez duré, de l’avis des partis d’opposition à Ottawa. Néodémocrates et conservateurs estiment que le gouvernement doit s’en mêler et faire le ménage à la tête de la commission d’enquête.

C’était au tour de la nouvelle directrice générale de l’équipe, Debbie Reid, de quitter son poste la semaine dernière. On apprenait du même coup qu’un des avocats de l’aile québécoise de la commission, Me Alain Arsenault, avait lui aussi claqué la porte en décembre dernier en citant des divergences professionnelles importantes. L’enquête nationale compte maintenant 14 démissions et cinq licenciements depuis sa mise sur pied en septembre 2016.

« Ce processus a été truffé de problèmes depuis sa création et cela crée un traumatisme pour les familles de devoir voir tout cela se dérouler ainsi. À ce stade-ci, il doit y avoir une refonte complète », a affirmé le néodémocrate Charlie Angus lundi. Le gouvernement de Justin Trudeau devrait consulter les familles et les chefs autochtones, afin de convenir de la meilleure façon d’assurer le bon fonctionnement de l’enquête. Mais celle-ci, à son avis, ne peut plus continuer telle quelle.

« Tout le processus doit être relancé », a-t-il conclu, en rappelant que la Commission de vérité et réconciliation qui se penchait sur les pensionnats autochtones avait elle-même connu des débuts difficiles avant que ses trois commissaires ne soient remplacés un an après le début de ses travaux. Le gouvernement devrait faire de même selon lui pour l’Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées.

La conservatrice Cathy McLeod estime quant à elle que la commissaire en chef, Marion Buller, doit être remplacée pour donner un nouveau souffle à la commission. Une demande formulée par plusieurs chefs autochtones qui ont adopté, lors d’une rencontre de l’Assemblée nationale des Premières Nations en décembre, une résolution réclamant le licenciement de Mme Buller. La commissaire en chef avait rétorqué qu’elle ne quitterait pas son poste.

« Les conservateurs appuient l’enquête nationale […], tant que celle-ci apporte des réponses et apaise les familles des victimes qui en ont tant besoin, et qu’elle leur permette de tourner la page », a fait valoir Mme McLeod sur Twitter vendredi dernier, à la suite de la démission de la directrice générale, Debbie Reid.

Les appels de l’opposition sont restés sans réponse. La ministre des Relations Couronne-Autochtones, Carolyn Bennett, s’est contentée de réitérer lundi par l’intermédiaire d’une porte-parole que son « gouvernement est déterminé à faire en sorte que les familles obtiennent les réponses qu’elles attendent » et que « le mandat de la commission est clair — les familles doivent être au coeur de son travail ». La ministre s’était dite « préoccupée », vendredi dernier, du rythme du « roulement de personnel à la commission d’enquête », mais elle ne s’est pas prononcée sur les demandes de licenciement de la commissaire en chef, Marion Buller.

La Commission de vérité et réconciliation avait vu ses trois commissaires démissionner de leurs postes moins d’un an après leur nomination en 2008. Le gouvernement leur avait nommé trois successeurs en 2009, dont le nouveau sénateur Murray Sinclair. Le mandat de l’enquête nationale sur les femmes autochtones est cependant différent, puisqu’il a obtenu l’aval de toutes les provinces. Le fédéral aurait donc besoin de l’accord de l’ensemble de ses homologues s’il voulait remplacer la commissaire en chef ou l’ensemble des commissaires.