L'ancien patron de Via Rail attaque la vérificatrice générale

Marc LeFrançois a témoigné devant le comité des Comptes publics, mais les députés sont demeurés sceptiques devant les explications fournies.
Photo: Agence Reuters Marc LeFrançois a témoigné devant le comité des Comptes publics, mais les députés sont demeurés sceptiques devant les explications fournies.

Ottawa — Visiblement frustré d'être «injustement» associé au scandale des commandites jusqu'à en avoir perdu son poste de dirigeant de Via Rail, Marc LeFrançois s'est lancé, hier, dans une charge à fond de train contre la vérificatrice générale du Canada tout en se défendant d'avoir agi à l'encontre des règles de la société d'État.

Témoignant devant les membres du comité parlementaire chargé d'enquêter sur l'affaire des commandites, M. LeFrançois s'est posé en victime, disant ignorer tout du système de lucratives commissions à une poignée d'agences de publicité, système que dénonçait la vérificatrice générale dans son rapport de février dernier.

Non seulement affirme-t-il qu'il n'a jamais fait quelques malversations que ce soit, l'ex-dirigeant de Via dit avoir les preuves justifiant toutes les transactions. Il a d'ailleurs déposé une série de documents au comité, dont une facture qualifiée de «fictive» par la vérificatrice.

«Humilié» par les événements des derniers mois, M. LeFrançois dit qu'il ne peut que conclure «que la vérificatrice générale a employé un langage péjoratif teinté d'inexactitude et d'imprécision».

À son avis, cette conclusion de la vérificatrice a entraîné la suite des événements et causé son renvoi. M. LeFrançois poursuit d'ailleurs le gouvernement fédéral pour 2,7 millions de dollars pour congédiement sans motif et atteinte à sa réputation.

Dans son rapport, la vérificatrice générale, Sheila Fraser, faisait la lumière sur l'utilisation de certaines sociétés d'État dans le programme de commandites. Par exemple, elle expliquait comment, dans le cas de la série télévisée sur Maurice Richard, Via Rail avait reçu 750 000 $ du ministère des Travaux publics pour participer au projet.

Or, au lieu de transférer la somme directement à la société d'État, comme c'est le cas habituellement, l'argent a transité par l'agence de publicité Lafleur, qui empochait du coup une commission de plus de 112 000 $.

Le rapport dévoilait de plus que toute l'affaire s'était déroulée sans contrat dûment signé, mais plutôt en vertu d'un accord verbal, ce qu'a confirmé le témoin. À l'époque, M. LeFrançois occupait le poste de président du conseil d'administration et avait d'abord refusé de participer au projet. Mais lorsque le gestionnaire des commandites, Charles Guité, l'appelle pour lui proposer de verser de l'argent à Via pour se joindre au projet, les choses changent.

Toutefois, mentionne-t-il, il n'était pas au courant du rôle de l'agence de publicité à ce moment-là. M. LeFrançois estime d'ailleurs que c'est le gouvernement qui avait décidé d'intégrer les sociétés d'État au programme de commandites, et non le contraire.

Si l'hypothèse d'un stratagème entre le gouvernement et les agences de publicité se confirme, M. LeFrançois admet qu'il sera «obligé de conclure que nous avons été victimes d'un système dont nous n'étions pas au courant et dont nous n'avions aucune espèce d'information».

Plusieurs députés, notamment ceux de l'opposition, se sont dits incrédules face à la version offerte par l'ex-président-directeur général de Via Rail. Ils ont d'abord mis en question le fait que Charles Guité l'avait appelé, alors qu'il était président du conseil d'administration, pour le projet. Ils ont ensuite voulu connaître les liens entre M. LeFrançois et le président de Lafleur Communication, Jean Lafleur.

Le témoin a avoué que M. Lafleur était un «bon ami». Les deux hommes ont participé à des voyages d'affaires ensemble et également à un faste déjeuner où il était l'invité de M. Lafleur.

«Il n'aurait pas dû prendre part à cette transaction, ça ne relevait pas de son mandat de président du conseil d'administration [...] et c'est pourquoi tout cela est curieux», a fait valoir le député conservateur Vic Toews.

«Je ne crois pas qu'il soit une victime, a renchéri son collègue John Williams, président du comité. Il savait ce qu'il faisait.»

Le député du Bloc québécois, Mario Laframboise, se fait moins accusateur mais ne peut s'empêcher de constater que tout le déroulement des faits «laisse plusieurs questions sans réponses». Les sociétés d'État représentaient de bons véhicules pour faire transiter des sommes importantes pour un programme «qui finalement servait à laver les cerveaux des Québécois», a ajouté M. Laframboise.

Du côté libéral, le député Robert Thibault tend plutôt à croire que certaines personnes ont tiré avantage d'une situation «où les procédures normales et les contrôles ne fonctionnaient pas».

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