Visions divergentes au sein de la commission sur les femmes autochtones

Robert Pictou montre la photo de sa fille, Virginia Pictou Noyes, disparue il y a 24 ans.
Photo: Andrew Vaughan La Presse canadienne Robert Pictou montre la photo de sa fille, Virginia Pictou Noyes, disparue il y a 24 ans.

Un autre démissionnaire de l’enquête nationale sur les femmes autochtones déplore des philosophies professionnelles divergentes au sein de l’équipe. L’avocat Alain Arsenault accuse en outre la commission d’enquête d’avoir menti sur les raisons de sa démission.

« J’ai quitté l’enquête nationale non pas pour des raisons personnelles ou en raison d’un nombre d’heures épuisées à mon contrat, mais bien pour des divergences professionnelles importantes », a statué Me Arsenault au Devoir, vendredi, en réfutant les raisons évoquées par l’enquête nationale pour expliquer sa démission à la mi-décembre et dont Radio-Canada a fait état jeudi soir. « Je crois toujours à une commission d’enquête sur les femmes autochtones disparues, assassinées et victimes de toutes formes de violence », a plaidé l’avocat. Mais pour le reste, il n’a pas voulu donner plus de détails sur les problèmes internes qui l’ont convaincu de claquer la porte.

La commission d’enquête a connu son lot d’ennuis depuis sa mise sur pied en 2016.

Il semble, selon nos sources, que certains départs s’expliquent par l’affrontement de deux visions différentes. Les commissaires favoriseraient les témoignages des familles de victimes et de survivantes. D’autres souhaiteraient une approche plus judiciaire, qui puisse aller au-delà de ces récits pour les étoffer de dossiers ou de témoignages de la part des autorités qui viendraient prouver des problèmes de discrimination systémique.

La présidente de Femmes autochtones du Québec, Viviane Michel, est notamment de ce second camp. « Si on veut que justice soit faite, le côté juridique est vraiment important », a-t-elle affirmé au Devoir vendredi. « Il faut appeler des gens concernés à venir témoigner, comme des enquêteurs, la Sûreté du Québec ou des policiers. »

L’inquiétude est à son comble, chez Femmes autochtones du Québec. « J’ai beau être optimiste, ces démissions-là nous inquiètent », a reconnu Mme Michel, dont une collègue songe carrément à retirer son appui à l’enquête nationale. Viviane Michel n’est pas rendue là. Mais elle réclame des comptes aux commissaires, qui doivent partager un plan de match détaillé pour convaincre les familles de continuer de leur faire confiance. « On a besoin d’être rassurés. » L’Association des femmes autochtones du Canada s’est dite « choquée et outrée » d’apprendre les plus récents départs de Me Arsenault et de la directrice générale Debbie Reid, qui a quitté son poste jeudi.

Le constat est le même pour la présidente du conseil des femmes de l’Association nationale des Premières Nations, Denise Stonefish. « Les préoccupations des familles se voient légitimées. Et qu’est-ce que tout cela nous dit sur l’enquête, quand on voit se succéder toutes ces démissions ? » s’est demandé la chef ontarienne. Mme Stonefish refuse cependant elle aussi de trop se décourager. « Je suis encore optimiste parce que je ne veux pas voir échouer cette importante enquête, pour les familles et pour les femmes qui ne sont plus des nôtres. »

Certains chefs autochtones ont réclamé le départ de la commissaire en chef Marion Buller, en décembre dernier, lors d’une rencontre de l’Assemblée des Premières Nations. La commissaire leur avait rétorqué, stoïque, qu’elle resterait en place, tout comme les trois autres commissaires.

Selon nos sources, Mme Buller ne se sentirait pas concernée par les problèmes qui hantent l’enquête nationale.

Des membres de l’équipe à l’interne lui ont cependant reproché de « manquer de vision » et d’être à la tête d’une commission d’enquête qui change constamment de stratégie.

Sue Montgomery, qui a quitté l’équipe des communications l’été dernier, déplorait au Devoir en septembre un « manque de leadership ». « Le gros problème, c’était qu’il n’y avait pas de plan. Chaque jour, on avait des réunions et on décidait d’un plan. Et le lendemain, ça changeait », relatait l’ancienne journaliste, qui est devenue depuis mairesse de Côte-des-Neiges–Notre-Dame-de-Grâce.

Depuis son départ début juin 2017, treize autres employés ont quitté l’enquête nationale — notamment la commissaire Marilyn Poitras — et quatre autres ont été licenciés.

2 commentaires
  • Josée Duplessis - Abonnée 14 janvier 2018 07 h 44

    Tout cela est déplorable.
    Est-ce que ça se passerait de la sorte si cette commission visait des femmes non-autochtones?
    Est-ce que la vérité ou la recherche de la vérité est trop dangereuse?
    Jamais je croirai qu'une planification n'a pas pu ou ne pouvait pas être faite.
    C'est élémentaire.

  • Denis Paquette - Abonné 15 janvier 2018 06 h 38

    une société est toujours en pratique un tout homogène

    une commission pour étudier les moeurs de peuple a peuple, ce n'est pas évident, ce n'est pas parce que l'ONU a décrété que les authoctones devaient être libres, que nous y parviendrons, en fait beaucoup d'authoctones sont maintenant du coté de la société dominante et y trouvent leurs avantages, la justice est toujours une institution protégeant la société dont elle est issue, elle est toujours créer a partir de la société dominante a moins de vouloir faire une revolution