L’enquête sur les femmes autochtones connaît un autre raté

La commission fédérale d’enquête sur les femmes autochtones, présidée par Marion Buller et à laquelle siège Michèle Audette (notre photo), devait présenter au gouvernement une demande de prolongation de son mandat et des budgets conséquents avant Noël.
Photo: Fred Chartrand La Presse canadienne La commission fédérale d’enquête sur les femmes autochtones, présidée par Marion Buller et à laquelle siège Michèle Audette (notre photo), devait présenter au gouvernement une demande de prolongation de son mandat et des budgets conséquents avant Noël.

Combien de temps et d’argent faudra-t-il de plus à l’enquête nationale sur les femmes autochtones pour achever son travail ? Les commissaires avaient promis de le chiffrer en déposant leur demande officielle de prolongation de mandat avant la fin de l’année 2017. La date butoir est cependant passée, sans que la demande formelle soit acheminée au gouvernement fédéral. Ce sera fait au début de la nouvelle année, assure maintenant l’équipe.

« Nous ne prenons pas cette demande de prolongation à la légère, et nous travaillons de façon diligente afin de soumettre notre demande au premier ministre en début d’année 2018 », a fait valoir cette semaine une attachée de presse de l’enquête, Nadine Gros-Louis, au Devoir.

L’automne a été chargé pour la commission d’enquête nationale sur les femmes autochtones disparues et assassinées. Les commissaires ont tenu des audiences avec les familles de victimes ou de survivantes dans six villes canadiennes — notamment à Maliotenam, sur la Côte-Nord. L’équipe a en outre dû gérer cinq démissions — dont celles de deux de ses avocats — et trois licenciements. Lorsque les audiences se sont terminées à Thunder Bay en décembre, « on était essoufflés », résumait vendredi la commissaire Michèle Audette au Devoir.

Les commissaires avaient martelé, cet automne, qu’ils enverraient leur demande officielle de prolongation de mandat au gouvernement avant Noël. Mais ils ont manqué de temps, explique Mme Audette, qui avoue avoir été elle-même déçue de ne pas pouvoir respecter l’échéancier qu’ils s’étaient fixé. « C’est le résultat d’un essoufflement », affirme-t-elle, en citant également « le manque de ressources humaines ». L’équipe était sur le terrain tout l’automne pour participer aux audiences. Il leur a été impossible de préparer simultanément la requête détaillée que les commissaires souhaitent pouvoir présenter à la ministre des Relations Couronne-Autochtones, Carolyn Bennett, et au premier ministre Justin Trudeau.

Ce sera fait « la semaine prochaine », prédit Michèle Audette, qui n’a pas voulu préciser le budget supplémentaire qui sera réclamé avant que ce soit fait par les canaux officiels.

Le mandat de deux ans de l’enquête nationale doit se terminer à la fin de l’année 2018. Un budget de 53,8 millions y avait été consacré.

La commissaire en chef, Marion Buller, avait fait valoir, en déposant le rapport intérimaire de la commission d’enquête en novembre, que son équipe avait « besoin d’assez de temps pour faire notre travail correctement » — en faisant allusion au mandat de cinq ans qui avait été octroyé à la Commission vérité et réconciliation sur les pensionnats autochtones. La ministre Bennett n’avait pas commenté cette première demande officieuse de prolongation de mandat. Les commissaires Buller et Audette ont laissé entendre, au fil des mois, qu’elles réclameraient deux ans de plus à Ottawa.

La direction de communautés autochtones du pays a soutenu cette possibilité, lors d’une rencontre de l’Assemblée nationale des Premières Nations en décembre. Mais les chefs ont du même coup réclamé le licenciement de la commissaire en chef, Marion Buller.

L’enquête nationale a non seulement perdu huit employés cet automne, mais au total ce sont 12 démissions — dont l’une de ses commissaires, Marilyn Poitras, et sa directrice exécutive, Michèle Moreau — et quatre licenciements qui se sont succédé depuis la création de la commission en août 2016.

« Tout au long de l’automne, la priorité des commissaires et employés a été de faire avancer le processus de consignation de la vérité et d’honorer les histoires de nos êtres chers et des survivantes », a plaidé Nadine Gros-Louis dans une déclaration écrite au Devoir. « On nous a confié une responsabilité qui est sacrée et nous n’avons qu’une seule occasion de bien faire les choses. »

Les commissaires ont prévu de reprendre leurs audiences fin janvier à Yellowknife, dans les Territoires du Nord-Ouest, et de poursuivre leur travail à Rankin Inlet, au Nunavut, à la fin de février.

4 commentaires
  • Serge Pelletier - Abonné 6 janvier 2018 04 h 18

    On veut des $$$, toujours plus de $$$.

    Un autre gouffre monétaire sans aucun fond, d’une Commission qui se confond entre une thérapie de groupe et ce que devrait une enquête. Quant aux causes des ci et des ça, elles sont amplement étudiées et décrites dans une multitude de rapports et études en tous genres. Les rayons des différentes bibliothèques universitaires, entre autres, en débordent.

    Or, actuellement les accusations fusent toujours dans un même sens : les blancs ont fait ci on fait ça, ne nous ont pas donné des ci et des ça… Tout y passe, le vrai et le faux, sans jamais remettre en cause leurs propres agissements. À cet effet, Le Devoir publiait dernièrement le témoignage d’un dentiste qui œuvrait sur la Basse Côte-Nord voici quelques décades. Il mentionnait en gros ceci : le jeune enfant était depuis plus de 48 heures exactement au même endroit, au bout du quai, sans avoir mangé… personne de la réserve ne s’en était occupé. Heureusement que l’enfant n’était pas tombé à l’eau… Cela aurait été encore la faute aux blancs.

    Mais il y pire, la population « blanche » du Canada ignore généralement, outre les clichés, ce que le statut d’indien accorde de « plus » aux détenteurs d’un tel statut. Il en va de même pour les territoires dits de réserves : certains sont très biens gérés, d’autres vont de décadences en décadences, pire encore certains sont aux mains de pégreux. Mais cela, il ne faut surtout pas le dire.

    • Serge Picard - Abonné 6 janvier 2018 09 h 35

      Il est vrai que si c'était des femmes de Westmount ou Outremont hors des réserves et si Justin versait quelques larmes l'enquête serait terminée depuis fort longtemps et cela nous coûterait beaucoup moins cher $$$$.

    • Jacques Patenaude - Abonné 6 janvier 2018 10 h 13

      Pourtant les audiences à Maliotenam ont été fort instructives et bien menées. Vrai que le système de réserves imposées à l'époque de la création du Canada par le gouvernement fédéral de Macdonald a créé des problèmes dont vous décrivez certains effets. Il est inutile de se sentir inclut comme les "blancs" dans le portrait. Ce qui est en cause c'est la politique raciste et jamais abolie d'un gouvernement qui est en cause. Tout le monde n'a pas à porter le chapeau, ceux qui l'ont fait en sont les véritables responsables. Malheureusement le gouvernement Trudeau comme dans la plupart de ses actions est plus fort avec les babines qu'avec les bottines.

  • Denis Paquette - Abonné 6 janvier 2018 05 h 15

    Pauvres peuples

    Pauvres peuples toujours prisonniers des manigances politiques, quand ce n'est pas celles des églises,c'est celles des fonctionnaires, leur malheur celle d'avoir existé avant tous les autres, hé, oui, ils sont devenus les pupiles du roi, quelle belle facon d'en annuler pour toujours, tous les droits, de les infantiliser pour toujours, dans leur petit parc, leur malheur avoir existé avant tous les autres et confronté a la culture européenne qui ne rêvait plus, que d'or, de diamants et d'épices, ils venaient de perdre tout leur droit, sinon celle d'être esclave et citoyen de seconde zone