Statut de Jérusalem: le Canada s’abstient de réprimander les États-Unis

La délégation palestinienne à l’ONU se réjouit de la résolution, approuvée par une large majorité de pays, condamnant la décision américaine de reconnaître Jérusalem comme la capitale d’Israël.
Photo: Eduardo Munoz Alvarez Agence France-Presse La délégation palestinienne à l’ONU se réjouit de la résolution, approuvée par une large majorité de pays, condamnant la décision américaine de reconnaître Jérusalem comme la capitale d’Israël.

Le Canada s’est abstenu de voter sur une résolution condamnant la décision américaine de reconnaître Jérusalem comme capitale d’Israël — un texte qui a tout de même été adopté avec une imposante majorité aux Nations unies.

La résolution sur laquelle Ottawa a préféré ne pas se prononcer a été adoptée par l’Assemblée générale dans le cadre d’une séance extraordinaire d’urgence jeudi. Elle stipulait que la décision des États-Unis n’avait pas de force légale et qu’elle devait être révoquée.

Elle a été approuvée par une large majorité : les représentants de 128 États membres l’ont appuyée, tandis que 9 ont voté contre (États-Unis, Israël, Guatemala, Honduras, Togo, Micronésie, Nauru, Palaos et les îles Marshall), que 35 se sont abstenus et que 21 n’ont pas voté.
 

 


Avant la mise aux voix de la résolution, l’ambassadrice américaine aux Nations unies, Nikki Haley, s’était présentée devant l’Assemblée générale pour déconseiller aux autres États membres d’infliger ce camouflet au gouvernement Trump.

« Les États-Unis se souviendront de cette journée où ils ont été mis à l’index et attaqués à l’Assemblée générale pour le simple fait d’avoir exercé leur droit en tant que nation souveraine », a-t-elle pesté.

« Nous nous en souviendrons lorsqu’on nous demandera, encore une fois, de faire la plus importante contribution mondiale aux Nations unies », a menacé la représentante américaine.

Le Canada, qui convoite un siège au Conseil de sécurité des Nations unies, a choisi de ne pas prendre position dans l’enceinte onusienne. À l’issue du vote, l’ambassadeur canadien aux Nations unies, Marc-André Blanchard, a pris la parole pour expliquer la décision d’Ottawa.

« Nous sommes déçus que cette résolution soit unilatérale et ne fasse pas avancer la paix à laquelle nous aspirons ; c’est pourquoi nous nous sommes abstenus de voter aujourd’hui sur la résolution », a-t-il expliqué.

« La question du statut de Jérusalem ne peut être réglée que dans le cadre d’un règlement global du conflit israélo-palestinien », a indiqué M. Blanchard.

Le gouvernement Trudeau a jusqu’à présent timidement réprouvé la décision du président américain, Donald Trump, de reconnaître Jérusalem comme capitale d’Israël et d’y déménager plus tard l’ambassade des États-Unis, qui a actuellement pignon sur rue à Tel-Aviv.

Un peu plus tôt cette semaine, à l’issue d’une rencontre bilatérale avec son homologue américain, Rex Tillerson, la ministre des Affaires étrangères, Chrystia Freeland, avait refusé de dénoncer explicitement la position des États-Unis.

L’impression que ça va laisser à plusieurs pays est celle que le Canada ne s’est pas levé, que le Canada a été timoré

 

Lorsqu’on lui avait signalé que la position canadienne sur la question était floue, elle n’avait pas voulu la clarifier davantage. « Le Canada et les États-Unis ont des positions diverses », s’était contentée d’offrir comme réponse la diplomate en chef du Canada aux côtés du secrétaire d’État américain dans le foyer de la Chambre des communes à Ottawa, mardi.

« Nous avons toujours des discussions candides et directes », avait-elle ajouté.

Le Canada a été « timoré »

Selon la députée néodémocrate Hélène Laverdière, la décision du Canada de s’abstenir est « peut-être un peu moins pire » que celle d’enregistrer des votes qui placent « souvent » le Canada « tout seul avec les États-Unis, Israël et une couple de petits pays » sur les questions du Proche-Orient.

En revanche, « l’impression que ça va laisser à plusieurs pays est celle que le Canada ne s’est pas levé, que le Canada a été timoré », a-t-elle laissé tomber en entrevue à La Presse canadienne.

« Et je pense que ça va handicaper la candidature du Canada pour un siège au Conseil de sécurité », a indiqué l’élue montréalaise.

Car si les libéraux continuent la « tradition de vote » des conservateurs sur la question israélo-palestinienne, ils risquent de « continuer à avoir l’air un peu le chien de poche des États-Unis » et de s’aliéner ainsi un bloc de pays, dont ses alliés européens, croit Mme Laverdière.

Le Parti conservateur n’avait pas encore communiqué sa réaction à l’abstention canadienne au moment de publier ces lignes, jeudi en fin d’après-midi. La formation promettait, il y a deux semaines, de formuler une prise de position claire et limpide à la décision de Donald Trump.

Au Centre consultatif des relations juives et israéliennes (CIJA), on aurait « préféré » voir le Canada enregistrer un vote contre la résolution.

Cela aurait permis d’envoyer un signal clair qu’Ottawa « rejette les efforts continus visant à se servir des Nations unies comme une plateforme pour attaquer, délégitimer, dénigrer et isoler Israël », a déclaré par voie de communiqué le président de l’organisation, David Cape.

Si le vote de l’Assemblée générale constitue une « victoire substantielle » pour les Palestiniens, ces derniers « s’attendaient à plus », a déclaré en entrevue Sami Aoun, professeur à l’École de politique appliquée de l’Université de Sherbrooke.

Le refus de 35 pays de se prononcer, conjugué au fait que 21 autres nations n’ont pas pris part au scrutin, les a cependant privés d’un gain encore plus substantiel — en plus de prouver à quel point il y avait « un embarras » autour de cette résolution, a noté le politologue.

8 commentaires
  • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 22 décembre 2017 04 h 44

    On-dirait que ... ?!?

    « La résolution sur laquelle Ottawa a préféré ne pas se prononcer (…) stipulait que la décision des États-Unis n’avait pas de force légale et qu’elle devait être révoquée. » (Mélanie Marquis, La Presse canadienne)

    Des mondes de l’idiotie ou de la sagesse, on-dirait que le Canada (« ce » pays si loin et si proche de nulle part), s’abstenant de voter ni pour ni contre, aime s’entourer d’aucun mystère susceptible de l’éveiller avec ou sans discernement-intelligence !

    On-dirait que … ?!? - 22 déc 2017 -

    • Danièle Jeannotte - Abonnée 23 décembre 2017 07 h 49

      Pour citer Charles de Gaulle, « Les états n'ont pas d'amis, ils n'ont que des intérêts » et M. Trudeau, dont la superficialité défie l'imagination, semble avoir décidé (dans la mesure où sa capacité de réflexion lui permet de prendre des décisions) que les intérêts du Canada seront mieux servis s'il se prosterne servilement devant les diktats de M. Trump, quels qu'ils soient. Il y a de quoi s'ennuyer de Jean Chrétien (!), qui avait eu au moins le courage de s'opposer à la guerre en Iraq.

  • Michel Lebel - Abonné 22 décembre 2017 09 h 57

    Ne pas céder!


    Mauvaise décision du gouvernement canadien; il ne faut jamais céder devant un ''bully'' (brute). Ce n'est pas ainsi qu'on gagne un siège au Conseil de sécurité ou qu'on se fait respecter.


    M.L.

  • Benoit Samson - Inscrit 22 décembre 2017 09 h 58

    Boycotter le ''party'' de remerciements de l'embassadrice américaine

    Que signifie donc cette décision du Canada de s’abstenir de voter pour la résolution de l’ONU qui condamne les États-Unis, i.e. Donald Trump pour son attitude cavalière, intempestive et incendiaire concernant Jérusalem ?

    Avons-nous eu peur des représailles annoncées par le président et son ambassadrice contre ceux qui oseraient manifester leur opinion librement comme il se doit dans l’enceinte des Nations Unies si elle différait de celle des États-Unis?

    En sommes-nous déjà arrivés à la période d’apaisement de ce monstre américain orgueilleusement gonflé de sa toute puissance et devant lequel il demande que l’on fasse des courbettes comme son vice-président et les membres de son cabinet ont fait de manière si dégelasse hier même?

    L’histoire nous enseigne que de tels autocrates ne peuvent être apaisés et considèrent toujours comme faiblesse ceux qui les aspergent de compliments non mérités et refusent de les confronter.

    Souhaitant que 2018 apportera une approche moins complaisante pour cet autocrate américain et qu’aucune invitation de notre gouvernement ne lui sera faite pour qu’il nous rendre visite au Canada.

    À tous le moins le Canda se doit de boycotter la réception offerte le 2 janvier par l’ambassadrice américaine pour remercier ceux qui ont choisi de lécher les bottes américaines l’ors de ce vote hier et auquel nous sommes invités. De grâce profitons de la période de la grippe comme excuse pour justifier notre absence s’il le faut, mais ne portons pas cette coupe américaine aux lèvres sous aucune considération.

  • Patrick Daganaud - Abonné 22 décembre 2017 10 h 35

    PRENDRE CONSEIL...

    Sophie, Sophie, qu'en pense l’Aga Khan?

    • Sylvain Bolduc - Inscrit 22 décembre 2017 17 h 39

      Sûrement ça: l'absention.....On ne se mouille pas et on reste toujours sur les lignes de côté.

  • Claude Gélinas - Abonné 22 décembre 2017 11 h 02

    Perte de crédibilité du Canada !

    En refusant de joindre sa voix aux 128 états membres qui ont rejeté l'intimidation et les menaces des États-Unis sans oublier les cris d'orfraies du PM d'Israël, le Canada s'est comporté en pleutre en plus d'indisposer des alliés comme la France et la Grande Bretagne.

    Et cette abstention du pays assis entre deux chaises, ni pour ni contre bien au contraire, il faut le rappeler, repose essentiellement sur un leurre et une tromperie.

    Croire que les négociateurs américiains seront plus d'arrangement dans la négociation portant sur le renouvellement de l'entente sur l'Aléna, dans le dossier sur le bois d'oeuvre ou sur les frais compensateurs envers Bombardier.

    Le Gouvernement du Canada est naïf s'il pense qu'en agissant ainsi il sera respecté par le Président américain dont l'art du deal repose essentiellement sur le harcèlement, l'intimidation et les menaces.

    En somme, le Canada sort perdant de cette absention peu courageuse.