Vacances chez l’Aga Khan: Justin Trudeau était en conflit d’intérêts

Le premier ministre Justin Trudeau, en compagnie de l'Aga Khan, dans ses bureaux d'Ottawa
Photo: Sean Kilpatrick Archives La Presse canadienne Le premier ministre Justin Trudeau, en compagnie de l'Aga Khan, dans ses bureaux d'Ottawa

Le premier ministre Justin Trudeau a enfreint la Loi sur les conflits d’intérêts en se rendant sur l’île privée de l’Aga Khan en compagnie de sa famille et d’amis pendant les Fêtes, l’hiver dernier, a tranché la commissaire Mary Dawson dans une décision rendue mercredi.

L’avis de la commissaire sortante, qui est étayé dans un volumineux document intitulé Le rapport Trudeau, est sans appel : les vacances qu’a passées Justin Trudeau sur l’île privée du milliardaire constituent un cadeau au sens des régimes en matière de conflit d’intérêts.

Rapidement, le premier ministre s’est présenté devant la presse. Il a dit accepter le verdict de Mary Dawson et voulu « rassurer les Canadiens qu’à l’avenir, nous allons nous assurer de travailler avec la commissaire pour qu’on ne soit pas dans des situations de conflit d’intérêts ».

« Je prends la responsabilité entière », a-t-il assuré en parlant de cette décision de passer les vacances des Fêtes sur l’île privée de l’Aga Khan avec sa famille et quelques invités, dont son ami aujourd’hui ministre, Seamus O’Regan, du 26 décembre 2016 au 4 janvier 2017.

Selon ce qu’a déterminé la commissaire aux conflits d’intérêts et à l’éthique dans cette décision qui ne vient avec aucune pénalité ou sanction pour le premier ministre, ce dernier a contrevenu à quatre articles de la loi.

Au moment où, « en tant que premier ministre », il a « accepté le cadeau d’hospitalité de l’Aga Khan [...], des rapports officiels étaient en cours avec l’Aga Khan, et la Fondation Aga Khan Canada était enregistrée à titre de lobbyiste auprès de son cabinet », note-t-elle.

Par conséquent, selon Mary Dawson, « les vacances acceptées par M. Trudeau et sa famille pourraient raisonnablement donner à penser qu’elles ont été offertes pour l’influencer dans l’exercice de sa charge de premier ministre ».

Le principal intéressé s’est défendu d’avoir mêlé plaisir et affaires d’État. « On a parlé d’enjeux globaux. C’est un ami avec qui j’ai beaucoup de discussions sur le contexte international. [...] On n’a pas discuté précisément d’enjeux de politique canadienne », a dit le premier ministre.

L’Aga Khan, un ami ?
Dans le rapport étoffé qu’elle a déposé à quelques jours de son départ, la commissaire Dawson a analysé la relation unissant Justin Trudeau à l’Aga Khan, le richissime chef spirituel des ismaéliens que le premier ministre a toujours présenté comme un ami de la famille.

La commissaire a cependant déterminé que « la nature de [leurs] rapports ne permet pas d’établir que les deux hommes entretiennent une relation d’amitié » au sens de la Loi et que l’exception permettant d’accepter un cadeau d’un ami ne s’appliquait donc pas.

Le premier ministre s’est dit « en désaccord avec cette conclusion-là ». Il a affirmé avoir parlé à l’Aga Khan lors des funérailles de son père Pierre Elliott Trudeau, en 2000, mais également « à plusieurs reprises depuis [qu’il est] devenu député ».

Voyage en hélicoptère
La commissaire a par ailleurs conclu que le premier ministre aurait pu utiliser un autre moyen de transport que l’hélicoptère privé qu’avait nolisé l’Aga Khan pour la famille Trudeau. En choisissant de se prévaloir de cette option, il a donc violé la loi, a-t-elle déterminé.

« Le voyage en question n’avait rien d’inhabituel, d’imprévisible ou d’inévitable. Ayant déjà séjourné sur l’île de l’Aga Khan, en 2014, M. Trudeau savait parfaitement qu’il fallait emprunter un moyen de transport privé pour y arriver », a souligné Mme Dawson.

« Il était peut-être habituel, pour les invités de l’Aga Khan, d’utiliser son hélicoptère pour se rendre à l’île, mais M. Trudeau savait que ce n’était pas le seul moyen de transport », a-t-elle fait remarquer.

Le premier ministre a été blanchi sur d’autres aspects : il n’a, par exemple, pas enfreint la disposition interdisant aux élus « d’accepter des cadeaux ou d’autres avantages qui pourraient raisonnablement donner à penser qu’ils ont été donnés pour l’influencer [...] ».

« J’ai conclu que M. Trudeau n’a pas enfreint cette disposition puisqu’il n’a jamais discuté d’affaires de la Chambre des communes avec l’Aga Khan ou avec l’un de ses représentants, et qu’aucun élément de preuve n’indique que M. Trudeau aurait participé à des débats ou à des votes à la Chambre des communes concernant l’Aga Khan ou ses institutions », a-t-elle spécifié.

« Tout m’est dû »
La décision de la commissaire sortante, qui tombe à l’aube des vacances des Fêtes, a eu l’effet d’un coup de tonnerre sur la colline, où les partis d’opposition trépignaient depuis des mois dans l’attente du verdict.

L’opposition conservatrice s’est empressée de réagir au rapport de la commissaire. « Justin Trudeau a démontré qu’il est quelqu’un qui ne prend pas au sérieux les normes qu’on doit respecter. [...] Pour lui, les normes sont faites pour les autres », a lâché le député Pierre Paul-Hus.

Dans le camp néo-démocrate, on est insatisfait des explications fournies par celui dont les gestes sont « symptomatiques d’une culture du “tout m’est dû” », a déclaré par voie de communiqué le député Nathan Cullen.

« C’est la première fois qu’un premier ministre en fonction est reconnu coupable d’avoir enfreint la loi. Point à la ligne. Si vous travaillez dans n’importe quel autre milieu de travail et que vous acceptez des cadeaux illégaux, vous pourriez être congédié sur-le-champ », a-t-il dit.

On peut s’attendre à ce que l’affaire prenne une place prépondérante en Chambre au retour des vacances des Fêtes — des vacances que la famille Trudeau passera au pays, a spécifié mercredi le premier ministre lorsque la question lui a été posée.

« Nous passerons du temps en famille au lac Mousseau [dans le parc de la Gatineau, là où se trouve la résidence secondaire du premier ministre du Canada], puis nous irons dans les Rocheuses canadiennes », a-t-il détaillé.

4 commentaires
  • André Tremblay - Abonné 20 décembre 2017 13 h 26

    Va t-il...

    ...encore pleurer ?

  • Jean-Marc Simard - Abonné 20 décembre 2017 14 h 39

    Pourquoi cette fréquentation ?

    Dans quel but fréquente-t-il Aga Khan ? On sait qu'il est milliardaire...Et puis après, ça n'en fait pas un dieu pour autant...Serait-ce parce qu'Aga Khan est son ami que Justin Trudeau a tendance à surprotéger les Musulmans, à appuyer la demande d'acccomodement faite par une nouvelle citoyenne d'être assermentée le visage cachée ou de ne pas trop incommoder judiciairement parlant les djihadites canadiens de retour au pays ? Si c'est le cas le conflit d'intérêt pourrait s'avérer très néfaste pour les citoyens canadiens et du Québec...

  • Gilles Théberge - Abonné 20 décembre 2017 18 h 17

    « Selon ce qu’a déterminé la commissaire aux conflits d’intérêts et à l’éthique dans cette décision qui ne vient avec aucune pénalité ou sanction pour le premier ministre, ce dernier a contrevenu à quatre articles de la loi. »...

    Ah bon..... aucune conséquence?

    La cote de popularité de jus..tin tin va bondir. J’en suis certain.

    Et vous...?

  • Pierre Fortin - Abonné 20 décembre 2017 18 h 40

    Faute aggravée


    Non seulement celui qui se prend pour un homme d'État semble incapable de reconnaître ce qui lui est reproché, qui oblige tout premier ministre à élever sa fonction au-dessus de lui-même, mais le gentil Justin promet qu'il ne recommencera plus en préférant mettre ses crasses sous le tapis plutôt que de faire face à la musique.

    Si, comme le veut l'adage, ça prend un village pour éduquer un enfant, qu'est-ce que ça prend pour éduquer un adulte ?

    Justin doit aller réfléchir dans sa chambre !