Du «pot» plutôt que des tomates

La récolte de cannabis des Serres Bertrand et de Canopy Growth serait destinée d’abord et avant tout au Québec, assure Adam Greenblatt.
Photo: Getty Images La récolte de cannabis des Serres Bertrand et de Canopy Growth serait destinée d’abord et avant tout au Québec, assure Adam Greenblatt.

Le producteur de tomates Les Serres Bertrand se recycle… dans le cannabis. L’entreprise québécoise s’associe au producteur de marijuana Canopy Growth pour faire pousser 60 tonnes de cannabis par année dans ses serres de Mirabel.

Stéphane Bertrand a hésité lorsque Canopy Growth l’a approché en août dernier.

« La première décision, c’était non », admet-il au Devoir, en raison de « préjugés » à l’endroit des producteurs de marijuana. Mais le patron des Serres Bertrand est tout de même allé rendre visite à Canopy Growth, un gros joueur ontarien de l’industrie de la marijuana médicale. Les appréhensions de Stéphane Bertrand ont été apaisées.

« Ce n’est pas des Joe Bleau [n’importe qui]. C’est des professionnels. Et on est revenus avec une image totalement différente », raconte le président des Serres Bertrand.

Sa compagnie souhaite donc se joindre à Canopy Growth pour créer la coentreprise Vert Cannabis, qui ferait pousser de la marijuana sur les 700 000 pieds carrés de terres de la serre de Mirabel. À terme, la production atteindrait 60 tonnes de cannabis par année, pour un chiffre d’affaires annuel de 100 millions, prédit Adam Greenblatt de Canopy Growth.

La demande de permis a été présentée lundi à Santé Canada, qui octroie les permis de production de marijuana médicale en attendant la légalisation de la marijuana récréative. Les partenaires de Vert Cannabis visent les deux marchés, lorsque le second sera légalisé.

Stéphane Bertrand y voit une occasion d’affaires. « Il y a une niche qui se présente à moi. […] Je devrais être, au Québec, le joueur majeur en ce moment. »

La part du lion

Le Québec ne compte que deux autres producteurs approuvés par le gouvernement fédéral pour l’instant : Hydropothecary, à Gatineau, et Aurora, qui a obtenu un permis de production pour son usine de Pointe-Claire fin octobre.

La récolte des Serres Bertrand et de Canopy Growth serait destinée d’abord et avant tout au Québec, assure Adam Greenblatt.

« Nous ciblons tous les marchés du cannabis au Québec. La part du lion qu’on fera pousser dans cette serre-là est destinée au marché québécois. C’est clair qu’il y a un manque de producteurs homologués ici, et beaucoup d’inquiétudes par rapport à l’alimentation du marché [lorsque la marijuana récréative sera légalisée]. Donc on se positionne pour être des leaders dans tous les marchés du cannabis, y compris au Québec. »

Stéphane Bertrand ne délaisse pas pour autant entièrement la production de tomates du Québec. Sa serre de Mirabel en produisait, de même que des concombres et des poivrons, mais sa nouvelle serre de 100 000 pieds carrés à Lanoraie continuera de faire pousser des tomates roses.

« Ce n’est pas de gaieté de coeur qu’on a dit “c’est fini” après 27 ans de production », a confié le patron. Mais Canopy Growth a cogné à sa porte, au moment où il trouvait déjà difficile de rivaliser avec les producteurs mexicains qui vendent leurs caisses de tomates à bas prix, explique-t-il.

Production timide au Québec

Le Québec ne représente qu’une petite part de la production de marijuana au pays. Seuls deux permis de production de cannabis ont été approuvés pour la province, sur 221 demandes présentées au fédéral, selon des données récentes de Santé Canada.

L’Ontario compte 44 permis approuvés sur un total de 664 demandes, tandis que, pour la Colombie-Britannique, 18 permis ont été octroyés sur un total de 527 demandes. C’est dans ces deux dernières provinces que le plus grand nombre de permis ont été délivrés.

Suivent l’Alberta et la Saskatchewan, avec quatre permis chacune, puis le Manitoba, le Nouveau-Brunswick, la Nouvelle-Écosse et le Québec, avec deux permis par province. L’Île-du-Prince-Édouard en compte un seul.

Au Québec, 22 permis ont été refusés, mais 197 autres demandes étaient toujours à l’étude il y a dix jours.

« La rapidité avec laquelle l’autorisation est accordée dépend beaucoup de l’état de préparation du demandeur », a expliqué Santé Canada au Devoir, puisque les antécédents judiciaires des employés sont vérifiés, tout comme les futurs sites de production.

« Plusieurs demandeurs du Québec ont des installations complètes et Santé Canada prévoit que d’autres producteurs recevront des autorisations au cours des prochains mois », a fait valoir le ministère.


6,2 milliards
C’était la valeur (en dollars) du marché noir du cannabis au Canada en 2015, selon une nouvelle étude de Statistique Canada. L’étude estime que le marché du cannabis atteignait la moitié ou les deux tiers de la taille du marché de la bière, dont la valeur était de 9,2 milliards. L’agence fédérale calcule aussi qu’il peut équivaloir à entre 70 et 90 % des 7 milliards du marché du vin. La Presse Canadienne

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